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REVUE DE PRESSE: Bilinguisme : le député fait son mea culpa
Dernières Nouvelles d'Alsace (18.09.2011)

Le député lors de la visite des classes bilingues. Au moment des allocutions il reconnaîtra avoir changé d'avis sur le sujet.

Il aura été clair, net et précis, comme on dit à l'école : « je me suis trompé », a reconnu le député Jean-Luc Reitzer en évoquant ses réticences face au bilinguisme.

 

 

Qu'il ait choisi l'école de Seppois-le-Bas pour faire son mea culpa n'a sans doute rien d'étonnant tant cette école symbolise toutes les embûches que peut rencontrer la mise en place d'un cursus bilingue. Il était donc certain d'y recueillir des applaudissements nourris. Il n'empêche qu'il fallait quand même franchir le pas. Surtout que pour expliquer cette erreur, il a courageusement -il faut le dire- évoqué son environnement familial, sa sphère intime : « je reconnais qu'au début j'étais réticent à l'idée de généraliser le bilinguisme. Maman était patriote réfractaire à l'annexion de fait, papa était réfractaire à l'incorporation de force, j'étais imprégné de cet arrière-fond lié à la dernière guerre, un arrière-fond que certains ont sans doute exagéré. Mais petit à petit, je me suis rendu compte que je me trompais. Aujourd'hui je suis devenu un farouche partisan du bilinguisme. Je suis convaincu que c'est notre fierté ». « C'est devenu une ardente obligation », a ajouté le parlementaire pour qui le volet économique de cette question, et notamment l'aspect travail frontalier en Suisse, a servi de déclic. « Longtemps je pouvais me prévaloir à Paris d'être le député de l'arrondissement de France qui connaissait le taux de chômage le plus bas de tout le pays. Mais ce temps est terminé. Ces dernières années, pour la première fois, la courbe des travailleurs frontaliers allemands a dépassé celle des Alsaciens. Deux facteurs expliquent ce phénomène: le manque de formation de nos jeunes mais aussi et surtout le fait qu'ils ne parlent plus ni l'alsacien, ni l'allemand. Or les entreprises suisses font de cette compétence une exigence. Tout ce qui peut être fait pour développer le bilinguisme doit donc être fait car c'est sauver notre langue, sauver notre culture mais aussi sauver un atout économique ».

Tout sauf du folklore

Avant le député, le président du conseil général du Haut-Rhin, Charles Buttner avait déjà abordé cette question. Sans détour lui aussi. « Les statistiques démontrent que ces dernières années, plus de 10 000 emplois ont été perdus pour des raisons linguistiques. C'est vrai pour le travail frontalier mais c'est aussi vrai pour le marché de l'emploi dans le département. Cette question de la langue est devenue fondamentale », a martelé Charles Buttner.

« Depuis 2005, j'ai pris conscience que notre langue et notre culture, c'est tout sauf du folklore », a-t-il ajouté soulignant le rôle moteur joué par Seppois-le-Bas dans ce domaine. « C'est ici, à Seppois-le-Bas, que le Conseil général a imaginé une règle de financement qui consiste à subventionner à hauteur de 15 000EUR la construction d'une salle de classe destinée à accueillir un cursus bilingue qui bénéficie non seulement aux enfants de la commune concernée mais aussi à des enfants qui viennent d'autres villages où l'offre n'existe pas ».

Dans l'assistance, le fraîchement baptisé «guépard du Sundgau» par son ancien collègue du Conseil général écoutait. Sans doute avec cette satisfaction que connaissent ceux qui ont le sentiment d'avoir eu raison avant les autres. Peut-être même trop tôt car, comme disait Schopenhauer, « toute vérité est d'abord moquée, puis violemment critiquée avant d'être admise comme une évidence ».

J.S.