Général Weygand

Pourquoi y avait-il plein de monde le 19 septembre 1932,  à l’inauguration du monument Turenne par le général Weygand, chef d’état-major de l’armée française ?

500 figurants bâlois ont été invités et conduits par train spécial à Türkheim.

Étonnant n’est-ce pas ?

Le général avait sans doute peur des Autonomistes…

JDG 1932 Monument turenne

Journal de Genève du 22/09/1932

Cette inauguration est une vraie mascarade royaliste.

Weygand était anti-dreyfusard, monarchiste, maurrassien proche de l’Action française et grand admirateur de Turenne et de Pétain. En 1940, Weygand sera ministre sous Vichy puis Délégué général en Afrique du nord, où il fera appliquer avec la plus grande vigueur les lois raciales.
Weygand serait le fils illégitime  de l’impératrice Charlotte du Mexique, fille de Léopold 1er de Belgique.
Dans son livre*, Weygand qualifie les horreurs de 1674/75,  de « dernière et plus belle campagne de Turenne » qui ne déplore que la perte de son cheval à Türkheim. Dans la conclusion Weygand écrit : « Sa vie est un hymne à la louange de l’Humanité ».
Une souscription nationale a été organisée par la « Ligue française » sous l’impulsion de Jules Arragon de Vincennes.
Pour mémoire : le 5 janvier 1674, La Ville est saccagée par l’armée de Turenne, les habitants n’ayant pu fuir par les brèches sont massacrés, les femmes et les jeunes filles violées et éventrées, les enfants et les bébés ne sont pas épargnés. La folie meurtrière a duré deux semaines.

 

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L’obélisque aux armes de Turenne de la Tour d’Auvergne, érigé à la gloire de la royauté sous la 3ème République.

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L’obélisque depuis sa reconstruction : la fleur de lys et les armes de Turenne en métal doré ont été remplacées par de la pierre taillée grossièrement.

En sus des figurants suisses, on peut voir à cette inauguration :

  • Un obélisque royal, surmonté d’une fleur de lys et orné des armes de Turenne. Ce monument est une insulte à l’Alsace, mais aussi à la République française.
  •  Une compagnie de soldats vêtus de costumes militaires royaux et portant des drapeaux également royaux prêtés par le Musée des armées.
  • Une grande couronne de fleurs de lys, déposée officiellement par les royalistes d’Alsace (Croix de feu Briscard).
  • La princesse douairière de la Tour d’Auvergne & sa famille.
  • Les Croix de feu Briscard de Colmar.
  • Les engagés volontaires aux armées françaises.
  • 15 sections de l’union nationale des combattants.
  • La délégation Turenne de Nancy.
  • Une délégation d’anciens combattants de Gerardmer.
  • M. Ableau, maire de Sedan (Ville natale de Turenne).

L'Humanité 20.09.1932

A gauche : le monument élevé à la gloire de Turenne, inauguré hier à Turckheim par les généraux Weygand et Gouraud, délégués officiels du gouvernement « de gauche ». On voit au-dessus du monument une gigantesque fleur de lys. –  A droite, les généraux Weygand et Gouraud saluent les emblèmes royalistes, et particulièrement le drapeau fleurdelisé qu’on aperçoit dans le fond. Les officiers de la République bourgeoise participent aux pires manifestations réactionnaires… (L’Humanité du 20/09/1932)

Dans les discours anti-germaniques sont citées toutes les âneries habituelles :

  •  Dix jours après la victoire de Türkheim, tous les Allemands ont repassé le Rhin (Weygand). Cette affirmation est fausse puisque l’Alsace n’a pas été vidée de ses habitants.
  • La monarchie a gagné le coeur des Alsaciens (Sénateur Bourgeois et ancien général). Son discours est lu par le sénateur Pfleger. Tous deux sont co-fondateurs en 1928 de l’Apna (Action populaire nationale d’Alsace), mouvement anti-autonomiste.
  • Après ce combat, l’Alsace a été définitivement gagnée par la France (Lieutenant Vivet).
  • L’illustre capitaine fut non seulement un grand soldat, mais « un homme qui faisait honneur à l’Humanité » (Weygand). Il oublie le carnage de Türkheim et la dévastation du Palatinat. Turenne était un criminel de guerre notoire. Actuellement, il serait jugé par la Cour européenne des Droits de l’Homme, pour crimes contre l’Humanité.
  • Ce maréchal a fait que pendant près de deux cents ans, cette province a pris au foyer national une place parmi les plus belles et les plus aimées, et, après la douloureuse séparation de 1870, il convenait que l’Alsace, redevenue cette fois irrévocablement française, marquât solennellement sa gratitude à celui qui lui avait donné, avec la paix, la conscience de sa personnalité et de son unité. (Wiederkehr, maire de Türkheim).
  • L’Alsacien, malgré les apparences est cocardier et aujourd’hui encore, il aime l’uniforme (sénateur Pfleger, ancien membre du Landtag).
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Caricature de Joseph Pfleger parue dans la revue satirique « Das Narrenschiff »


Cette cérémonie rappelle celle de l’entrée de Louis XIV à Straßburg le 24 octobre 1681. L’armée d’occupation française a fait venir des paysans du Kochesberg catholique, pour faire de la figuration et acclamer le roi de France. Les habitants de Straßburg, en majorité protestants, étaient meurtris par l’invasion française, la perte de leur souveraineté et la confiscation de leur cathédrale.

©Gaerwer

Sources : Archives municipales de Colmar – Bibliothèque municipale de Colmar – L’Action française 1932 – Colmarer Bote 1932 – Le Figaro 1932 – L’Humanité 1932 – Le Journal de Genève 1932 – Das Narrenschiff 1932 – Neueste Nachrichten 1932 –  Temps présent 1931, revue de la Ligue française – Turenne par Weygand 1929 Éditions Flammarion « les grands coeurs ».

 

 

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