Pour les pères fondateurs qui nous font pâlir par leur audace, la construction européenne -dont l’Union Européenne est le dernier avatar en date- était l’ultime chance pour les citoyens européens de mettre un terme au suicide collectif de notre civilisation. La frontière du Rhin, qui n’a rien de naturel dans sa prétention à séparer les Hommes, fut bel et bien un lieu de séparation et d’affrontement entre peuples frères.

A l’heure du consensus mou et des ajustements permanents, l’Europe est souvent un alibi comme un autre, pour un système politique étatique défaillant. Les Alsaciens sont entretenus dans leur ignorance de ce qu’est l’Europe ainsi que des enjeux véritables de la « question européenne ».
La vérité est que la « politique des petits pas » qui a longtemps prévalu n’est tout simplement plus adaptée au projet européen. L’Europe est une terre d’ambition, pas la terre de « petites ambitions mesquines ».

Car quelles sont les réalités d’aujourd’hui ? Les frontières d’Etat ont été largement restaurées. Le chauvinisme nationaliste- en témoignent les réactions de certaines sommités – reprend du poil de la bête. Les promesses électoralistes de lendemains meilleurs ne sont plus crues.
Alors que pouvons-nous faire ? Sur les ruines de politiques pusillanimes qui visent à préserver des prébendes qui constituent souvent l’objectif d’une vie, un nouveau monde peut émerger. Mais celui-ci pourrait être encore plus égoïste et cynique.
Un monde qui, par instinct de survie compréhensible, se replierait pour contrer les attaques d’un autre monde toujours enclin à user de métaphores de matamore.

Les peuples ne sont pas dupes. La crise nous montre que l’Etat français est prêt à concéder, à son grand regret, une timide décentralisation rendue impérieuse par l’ébranlement de son système. Mais on ne changera pas, par incantation puérile, un « système » qui repose sur des fondements anciens qui garantissent son existence.

L’Europe est une planche de salut. Pas l’Europe des égoïsmes, celle des banquets mondains qui voient défiler les m’as-tu-vu dont la fatuité de l’autocélébration est devenue risible, mais celle du vieux projet européen qui repose sur des cultures, et dont l’avenir impose une solidarité et un respect mutuel effectifs, par-delà les États.


Jean Faivre
Attaché Parlementaire R&PS au député européen François ALFONSI

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