Unser Land prend acte de la naissance de la collectivité européenne d’Alsace. Celle-ci ne peut en rien être considérée comme un aboutissement, mais comme une première reconnaissance de la mobilisation du peuple alsacien. La lutte pour nos droits continue.

L’Assemblée nationale a approuvé à une très large majorité la création de la Collectivité européenne d’Alsace. Sans grande surprise, cette collectivité se fera dans le cadre strict des accords de Matignon du 29 octobre 2018 qui imposent le maintien dans le Grand Est et refusent le statut particulier pourtant accordé à la Corse, au Grand Paris, à Lyon, etc. Une fois de plus, les Alsaciens ne sont pas entendus !

L’Alsace retrouve son nom et redevient une collectivité agissant sur son périmètre. Par cette loi, la République reconnait au moins partiellement les erreurs de la sinistre loi NOTRe, à défaut de les corriger. C’est là le résultat d’une intense mobilisation commencée en 2014. Unser Land n’a pas ménagé ses efforts, notamment par la pression mise sur les partis traditionnels lors de toutes les échéances électorales.

La bataille ne fait que commencer ! Nous exhortons les Alsaciens à ne pas se laisser aveugler par les discours triomphalistes qui seront tenus ces prochains temps par les élus. En effet, la CEA, c’est avant tout un nom ronflant pour ce qui n’est, juridiquement, qu’un gros département. Afin de faire passer la pilule et de ne pas perdre la face devant l’attente du peuple alsacien, nos chers élus ont simplement pris soin de négocier quelques compétences en plus. La compétence numéro un, celle qu’on nous vend comme une avancée formidable, est le transfert des autoroutes non concédées. Le département Alsace gagne donc des routes laissées à l’abandon par l’État depuis 30 ans, sur lesquelles plus aucun investissement ne sera réalisé avant la création de la CEA en 2021. À peine créée, la nouvelle Alsace aura le droit… de payer, comme d’habitude !

Les quelques miettes dans les domaines du tourisme, du bilinguisme, de la coopération transfrontalière, etc. nous laissent sur notre faim. Là aussi, entre chef de filât à la discrétion de la région Grand Est et subordination à l’accord du préfet, la soi-disant autonomie ressemble furieusement à une mise sous tutelle.

Dernier point qui, sur le papier, paraît prometteur : la possibilité pour les ligues et fédérations sportives, culturelles et professionnelles de s’organiser à l’échelle de l’Alsace. Mais même là, les conditions restent pour l’instant extrêmement floues : jouiront-elles d’une réelle indépendance ou les rattachera-t-on à une agence décentralisée ? Les fédérations seraient appelées à se prononcer sur le nouveau périmètre : autrement dit, sans l’accord des Lorrains et des Champardennais, les Alsaciens investis dans la vie associative mangeront du Grand Est encore longtemps. Et quand bien même elles réussiraient leur Elsassexit, avec quels moyens les fédérations alsaciennes fonctionneraient-elles ? Les fédérations fusionnées ont fait pot commun : comment une fédération alsacienne pourrait-elle récupérer ses billes et ses locaux ? Sur quelles bases ?

Emmanuel Macron et son gouvernement avaient l’occasion de corriger la réforme ratée des socialistes. Il n’en sera rien ! Pire, avec l’OVNI CEA, on augmente la confusion territoriale. L’Alsace pourra mener des projets qui ne se concrétiseront qu’avec l’accord du Grand Est et du préfet. Les lycées et les collèges resteront gérés par deux collectivités distinctes, sans aucune cohérence.

Le risque est que cette CEA devienne un hochet aux mains d’élus qui sont, pour la plupart, incapables mêmes de reconnaitre l’existence du peuple alsacien. Si l’on veut tirer le meilleur de cette amorce de renaissance institutionnelle de l’Alsace, et que cette CEA ne soit pas un jouet ou un leurre, il faudra des élus courageux, déterminés et dotés d’une vraie vision pour l’Alsace. Nous, Unser Land, souhaitons incarner ce renouveau. Alors nous pourrons apporter de vraies réponses aux 80 % d’Alsaciens qui souhaitent une région Alsace autonome hors du Grand Est.

Laurent Roth 
Secrétaire fédéral adjoint

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