Strasbourg, le 17 septembre 2019

Monsieur le Président,

Le 4 septembre dernier, à la soirée de rentrée du conseil départemental du Bas-Rhin, vous vous êtes félicité de la naissance prochaine de la Collectivité européenne d’Alsace. Vous lui associez les valeurs alsaciennes : « une grande humanité, une profonde générosité et ce désir permanent d’innover ». Belles formules, mais concrètement… ? Et pour commencer : quid du bilinguisme français-allemand ? S’il s’agit, comme annoncé, d’ « effacer les frontières » sur le Rhin supérieur, une politique linguistique volontariste s’impose.

Vous évoquez le nom de Life Valley qui « pourrait s’imposer pour désigner cet espace » du Rhin supérieur, à la transformation duquel vous souhaitez associer la Collectivité européenne d’Alsace. Il semblerait que ce nom sans âme fasse déjà son chemin de part et d’autre du Rhin. Quel non sens ! Si l’anglais devient la langue de référence entre l’Alsace, le Pays de Bade et la Suisse du nord-ouest, la notion d’Oberrhein perd sa pertinence : renoncer à l’allemand comme langue de communication, c’est méconnaître le lien spécifique et puissant entre ces territoires.

Il vous revient de rappeler à nos partenaires et voisins notre héritage commun, « das Erbe am Rhein » (René Schickele) : Die deutsche Sprache ist die historische Sprache der Elsässer, Badener und Basler und wenn es heutzutage – unsrerseits – weniger der Fall ist, soll sie in der Zukunft eine feste Bindung wieder werden. Saisissons l’opportunité de donner du sens à la future Collectivité européenne d’Alsace en affirmant son ambition et sa détermination à s’ancrer par la langue dans l’économie et la culture rhénanes. Osons faire porter à l’Alsace une alternative à l’hégémonisme anglo-saxon et une redécouverte de nous-mêmes et proposons de remplacer cette appellation insipide de Life Valley par le nom qui existe déjà : Oberrhein.

Nous espérons qu’à la soirée du 4 septembre n’était invité aucun représentant de ce futur partenariat. En effet, la présence à vos côtés, comme animatrice, de Marlyse Riegenstiehl, avec accent, balai et bigoudis, donnait une piètre idée de votre projet de politique culturelle. Si vous voulez effectivement exalter la « double culture » des Alsaciens, nous vous conseillons de vous abstenir de vous flanquer d’une caricature de ménagère alsacienne, ne donnant à entendre notre langue qu’à travers des interjections vulgaires ponctuant un sabir français avec un accent qui a les sonorités du renoncement.

Nous espérons vraiment que cette soirée du 5 septembre dernier n’est pas annonciatrice d’une Collectivité européenne d’Alsace au carrefour du globish et d’une folklorisation grossière.

Rire jaune. Bitteres Lachen.

Restant à votre disposition, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de nos salutations alsaciennes,

in elsässischer Verbundenheit,

Andrée Munchenbach

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