logo_rouge

Schiltigheim, 08.10.2013

Monsieur le Président,

Vos propos repris dans l’article des DNA du 28 septembre m’amènent à réagir. Je ne reviendrai pas sur la jubilation et le lyrisme sécessionniste que vous laissez éclater en évoquant l’échec du référendum sur le Conseil d’Alsace. Rappelons cependant que la majorité des Alsaciens s’étaient exprimés le 7 avril dernier pour l’innovation institutionnelle que représentait la fusion de nos 3 collectivités. Bientôt seront dévoilées les modalités des prochaines élections départementales de 2015. Gageons que les effets de cette probable usine à gaz, en termes d’augmentation du nombre des élus et de redécoupage -politique- des cantons renforceront le sentiment d’un grand loupé et exacerberont les regrets des uns et les remords des autres.

Mais c’est votre « annonce » en matière de bilinguisme qui m’interpelle et sans doute avec moi l’ensemble des militants de l’enseignement de notre langue régionale. Présentée comme un projet ambitieux, l’expérimentation de « l’immersion des enfants de maternelle dans la langue allemande au moins un tiers de temps » nous ramène au contraire 30 ans en arrière.

Un tiers de temps, c’est 8 heures : ce n’est rien d’autre que « l’expérimentation » proposée par l’ex-rectrice Mme Muller-Le Pellec, entretemps mutée à Montpellier, contre laquelle se sont élevés avec raison les parents d’élèves des classes bilingues et le monde culturel alsacien.

Depuis plus de 20 ans qu’elles fonctionnent, grâce à l’engagement des parents et de certains élus précurseurs, les classes bilingues paritaires (12heures d’enseignement en allemand, 12h en français) et précoces font la preuve de leur efficacité. Le doublement des sites bilingues paritaires est l’objectif fixé par la Convention quadripartite que vous avez signée pour le Conseil Général 68 avec les présidents de la Région et du CG67 et avec l’Etat pour 2007-2013. Cet objectif est loin d’être atteint malgré les moyens financiers lourds engagés par les 3 grandes collectivités alsaciennes (3 millions d’euros par an).

Nous n’attendons pas du président du CG68 qu’il suive les traces d’une rectrice incompétente en matière de psycho-linguistique, mais qu’il mette en œuvre la politique qu’il a lui-même votée et pour laquelle paient les contribuables dont il se dit le défenseur ! Et qu’il ambitionne effectivement d’aller plus loin, dans l’intérêt des enfants.

L’expérimentation attendue est celle qui tendrait vers l’immersion totale dans notre langue régionale, sous sa forme dialectale (Elsasserditsch) et/ou sous sa forme standard (Hochdeutsch). L’immersion, telle qu’elle est pratiquée depuis 30 ans avec succès jusqu’au lycée par des enseignants, sous contrat avec l’Education Nationale, dans les écoles DIWAN en Bretagne, SEASKA au Pays Basque, BRESSOLA en Catalogne, CALANDRETA en pays occitan, malgré son incontestable efficacité pédagogique est absente dans l’Académie de Strasbourg, En Alsace, dans un contexte aujourd’hui -surtout dans le Haut-Rhin- presque exclusivement francophone, seule l’immersion conduirait à la double compétence linguistique qui caractérise encore nos générations mais qui fait de plus en plus cruellement défaut à nos jeunes – avec les conséquences sur l’emploi que l’on sait. Obtenir cela à l’échelle d’un ou de deux cantons (et pas pour une seule classe comme on le lit dans votre propos) serait une étape historique !

L’échange d’enseignants des deux côtés du Rhin est une option intéressante, mais qui doit rester transitoire ou marginale. On attend des pouvoirs publics qu’ils rappellent à l’Education Nationale (dont vous faites partie !) sa mission de recrutement et de formation d’enseignants en langue allemande. Il faut rouvrir de toute urgence un Centre de Formation des Enseignants Bilingues, comme celui de Guebwiller, fermé en 2010, et l’inscrire dans une politique affirmée et volontariste d’excellence linguistique pour notre région.

Recevez, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

In elsässischer Verbundenheit,

Andrée MUNCHENBACH
Présidente d’Unser Land

PS : Même une association de parents d’élèves comme la F.C.P.E. qui s’est toujours montrée plus que réservée vis-à-vis de l’allemand rappelle (dans un article des DNA de ce mardi 8 octobre 2013, page 35 ) qu’ « il manque au minimum 15 professeurs d’allemand dans le secondaire pour le seul Haut-Rhin, parfois trois dans un même collège » !

Share This