Sans titre-1Monsieur le Ministre,

Les menaces que fait peser sur l’Alsace le projet de redécoupage des régions porté par votre gouvernement induisent une prise de conscience et un regard critique sur les liens entre notre région et la nation.

La décision prise au sommet de l’Etat de modifier le périmètre administratif de l’Alsace semble l’ultime étape vers l’assimilation forcée et la négation définitive d’une histoire et d’une identité spécifiques. Cette perspective exacerbe la sensibilité de la population alsacienne conscientisée (le « peuple alsacien »). Subitement elle perçoit mieux la méconnaissance voire le mépris dont elle fait l’objet en maintes circonstances.

Ainsi à la veille de la session parlementaire qui tranchera son destin, les modalités de la commémoration de la fin de la guerre 1914-18 tout à coup nous interpellent. Cette cérémonie organisée selon des protocoles semblables et autour du même discours officiel, de Lille à Marseille et de Brest à Strasbourg, ne colle absolument pas à l’Histoire de l’Alsace et particulièrement à la tragédie qu’a vécue sa population il y a cent ans.

Les honneurs rendus aux Poilus tombés pour la France, le déploiement du drapeau tricolore et la reprise à l’unisson de la Marseillaise sont de fait parfaitement décalés et incongrus devant les monuments aux morts alsaciens, eu égard à la vérité historique .

Personne ne peut ignorer que dans leur grande majorité les milliers de jeunes Alsaciens morts dans les tranchées, des Vosges à l’Artois, ont péri revêtus de l’uniforme allemand. Les Alsaciens étaient en effet citoyens allemands depuis le traité de Francfort ratifié en 1871 par l’Assemblée Nationale. Réunis à Bordeaux, 546 députés français sur 739 votèrent l’abandon de l’Alsace et d’une partie de la Moselle « en pleine souveraineté » à l’Allemagne. Les Alsaciens, auxquels on n’avait pas demandé leur avis, redevenaient Allemands. Quarante trois ans plus tard, les conscrits revêtaient, sans que cela puisse leur être aucunement reproché, l’uniforme feldgrau. Au retour à la France, ils subissaient un mépris que pourtant rien n’autorisait.

La transposition pure et simple d’une même cérémonie sans prise en compte de la spécificité tragique de ce territoire est un déni et une insulte à l’Histoire. En taisant et en occultant la réalité, on perpétue une honte collective qui n’a pas lieu d’être. Dans le contexte politique sensible actuel, cela n’est plus supportable.

C’est pourquoi nous demandons que soient revus le sens et la forme donnés aux manifestations du 11 novembre et que soit accordée une exception mémorielle à l’Alsace. En cohérence avec l’Histoire et dans le respect de nos morts, nous demandons que dorénavant la commémoration de l’Armistice se fasse sous les couleurs de l’Alsace et de l’Europe et au son de l’hymne européen.

C’est dans cet esprit que, en amont des cérémonies officielles, des fleurs aux couleurs de l’Alsace, rouges et blanches, seront déposées au pied du monument aux morts place de la République, par des Alsaciens atterrés.

Vous remerciant pour l’attention bienveillante que vous porterez à notre demande, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de nos salutations distinguées,

Andrée MUNCHENBACH Présidente d’unser Land, le parti alsacien

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