A l’attention de Monsieur Lucas, Président du Crédit Mutuel,

J’entends depuis plusieurs semaines des rumeurs insistantes relatives à une restructuration voire même à l’abandon prochain de l’édition bilingue des DNA. La mort de l’édition bilingue serait «déjà programmée». Cette dernière information, si elle devait être confirmée, serait évidemment une très mauvaise nouvelle pour notre région et pour tous les défenseurs du bilinguisme. L’image flatteuse de l’Alsace labellisée « Région bilingue », que nos instances régionales se plaisent à véhiculer, s’en trouverait sérieusement ternie.

Le Crédit Mutuel est à présent propriétaire tant de l’Alsace que des DNA et l’hypothèse de la fusion des moyens administratifs et de production est évoquée. Cette opération pourrait être l’occasion de se « débarrasser » de toutes les éditions bilingues dans le cadre d’une restructuration. Or, d’après mes informations, l’édition bilingue représente toujours 40% des ventes dans le secteur de l’Alsace Bossue, y compris au sein des jeunes foyers qui continuent à lui donner la préférence. Aussi, en tant que Conseiller Général de Sarre-Union, je me dois de vous faire part de ma profonde inquiétude, ainsi que de celle de mes concitoyens abonnés à votre journal.

Aujourd’hui nous sommes nombreux en Alsace à nous battre pour permettre à nos enfants de suivre un enseignement bilingue qui est incontestablement la voie de l’avenir. Supprimer un journal local en partie en allemand et le remplacer par une édition monolingue serait un signal catastrophique, à l’heure où la maîtrise de la langue régionale est plus que jamais un véritable enjeu de société, en terme culturel, mais également et surtout en terme de retombées économiques et plus particulièrement d’emplois transfrontaliers. De plus le Crédit Mutuel, né en Rhénanie au 19ième siècle sous l’impulsion de Friedrich Wilhelm Raiffeisen, enraciné en Alsace depuis 1882, met en avant trois valeurs : la proximité, l’égalité et la solidarité. Ces valeurs seraient superbement illustrées par le maintien des éditions bilingues.

Je peux parfaitement comprendre les impératifs économiques et de rentabilité auxquelles la presse écrite doit faire face. Concernant les éditions bilingues, je suis néanmoins persuadé que d’autres solutions sont possibles pour peu qu’on le veuille bien (externaliser les traductions, faire une seule édition, bilingue, pour tous, obtenir un soutien des collectivités, se rapprocher d’un quotidien du Bade-Wurtemberg pour en faire une édition transfrontalière etc).

En attenant de connaître votre position sur ce sujet important, je vous prie de recevoir, Monsieur Lucas, mes salutations les plus sincères.

David Heckel

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