Circonscription de Saverne
Meeting de soutien à Nicolas Sarkozy

Entre deux tours et puis s’en vont
Le député Émile Blessig l’a dit : c’est sa dernière tournée électorale avant la retraite législative. Quant à Philippe Richert, il est fort probable, quel que soit le résultat de la présidentielle, qu’il ne soit bientôt plus ministre — mais sait-on jamais. Sur le point de quitter la vie politique nationale, ils organisaient tous deux lundi un meeting de soutien à Nicolas Sarkozy à Sarre-Union.
Des portraits de Nicolas Sarkozy affichés partout sur les murs de la salle. Menton bien droit, regard au loin. « La France forte », y est-il écrit en blanc sur fond d’un bleu charté caractéristique.
Avant l’arrivée dans la salle surchauffée de la Corderie, sur le parking, un homme crie des slogans hostiles à l’UMP et à Nicolas Sarkozy. Les militants, surpris, se retournent, puis laissent tomber. On ne va pas se laisser gâcher la soirée.
« La France est sur le bon chemin les amis »
À l’intérieur, ce sont salutations, bises et poignées de main. On se connaît. On est venu ce soir dans un but commun : soutenir le président. Et on est venu nombreux. La centaine de chaises disposée devant la petite estrade ne suffisant pas à accueillir tout le monde, des militants s’activent pour trouver des solutions. Malgré cela, quelques personnes resteront debout. « C’est bon signe. Ça veut dire que Sarkozy va gagner », indique Jean-Marie Lansac, délégué UMP de la circonscription. Si l’Alsace était la France, cela ne ferait en effet aucun doute.
Dehors, un enfant s’amuse à faire tournoyer le drapeau bleu-blanc-rouge. Dedans, on attend la star, l’enfant du pays qui a réussi, le ministre et président de Région Philippe Richert.
Ce soir encore, l’Alsace Bossue est le centre du monde (ou du moins de la circonscription) des campagnes électorales locales. Parmi les gens qui se sont déplacés, beaucoup de maires, dont bien sûr celui de Sarre-Union Marc Séné, mais aussi le conseiller général de La Petite-Pierre Gaston Dann, le 1 er vice-président de Région et sénateur André Reichardt, le tandem des candidats à la prochaine législative de Saverne Patrick Hetzel (UMP) et Laurent Burckel (NC). Tiens, ne serait-ce pas, là-bas, la moustache caractéristique du candidat Unser Land à la législative, Denis Lieb ?
Et voilà Philippe Richert qui arrive, ponctuel, serrant des mains aux premiers rangs, lançant, d’un signe des yeux et du menton, quelques saluts à l’arrière de la salle, s’adressant à chacun par son prénom et en dialecte. L’homme connaît son affaire. « Je suis heureux de venir », dit-il. On n’en doute pas. Il est ici chez lui. « On aurait dû prévoir la grande salle », murmure un organisateur. L’UMP aurait-elle été pessimiste sur ce coup-là ?
La dette, « question incontournable »
« Certains disent que la salle est trop petite, moi je préfère dire qu’elle est bien pleine », commente le député UMP Émile Blessig, entamant son allocution. Et c’est parti pour deux heures de discours pédagogique autour des thèmes de la crise et de la dette. C’est que les temps sont durs : « Nous vivons la crise la plus importante depuis les années 30 », insiste le député. Pour qui « tout n’a pas été parfait, mais dans les circonstances, notre pays s’en est plutôt bien tiré », même si désormais « la question de l’endettement de notre État devient incontournable. Nous ne pouvons pas continuer à entretenir les déficits que nous connaissons. Il va falloir rééquilibrer les comptes publics. » Encore un peu, et on se croirait en pleine séance du conseil municipal savernois…
Critiquant à la fois « le rôle majeur et souvent déstabilisant des médias » pendant cette campagne et « le candidat Hollande » qui « fait l’impasse totale sur la réduction des dépenses publiques », il insiste sur le fait que, ces dernières années, « malgré cette crise, les acquis sociaux ont été préservés ».
À la tribune, place maintenant à Philippe Richert. Il tombe la veste, desserre la cravate. S’exprimera sans la moindre fausse note. « Ça fait trente ans que je suis élu, et je n’ai jamais connu un moment aussi délicat dans la vie publique française », commence-t-il, solennel. « Pas simplement parce que ça risque de tomber à gauche, même si je ne le crois pas. » Mais à cause (tiens donc) de la gravité de la crise.
Une crise qu’« on ne sent pas, parce que le gouvernement a pris les mesures qu’il fallait ». « La France est sur le bon chemin les amis, mais on ne le dit pas », ajoute le ministre des Collectivités territoriales qui tape à son tour sur les « médias audiovisuels qui ne passent pas les messages ». Ces mêmes médias qui, en 2007, avaient pourtant si bien relayé le « story-telling » qui faisait alors la fierté de l’entourage de Nicolas Sarkozy.
Cette gauche qui « veut faire payer les riches »
Et quel est donc le message que Philippe Richert voudrait voir passer ? Que, concernant la dette, « l’effort a été fait, d’abord tout simplement pour tenir les budgets ». Que ça aurait pu être pire, vu « le fossé où Nicolas Sarkozy nous a évité d’aller ». Que le président « a pris les choses en main au niveau européen » et qu’ainsi « aujourd’hui les choses sont à peu près stabilisées ». « Mais si demain la France commence à ne pas respecter les indicateurs qui ont permis de redresser la situation, c’est l’euro et l’ensemble de l’Europe qui vont en pâtir », prévient le ministre.
« Ce quinquennat, après une courte période d’accalmie, a connu une succession de crises, insiste-t-il encore. Malgré tout, Nicolas Sarkozy n’a jamais abandonné », veillant aussi à « la place de la France dans le monde », par exemple en Côte d’Ivoire et en Lybie.
Un discours où aucune allusion (sauf peut-être la « nécessité d’éviter l’ouverture sans limite des frontières ») n’a été faite au vote massif pour le Front national au premier tour de la présidentielle, qui a pourtant vu dans beaucoup de communes du secteur Marine Le Pen devancer le président sortant. En revanche, le candidat socialiste en a pris pour son grade, alors que le président de Région moquait « la gauche qui, pour financer des postes de fonctionnaires, veut faire payer les riches » et dont la position sur le nucléaire provoquerait des pertes d’emplois et une hausse du prix de l’énergie, simplement « pour faire plaisir à ses amis Les Verts et Eva Joly ». Avant d’en remettre une couche, en conclusion, sur le Concordat qui serait menacé selon lui par les socialistes : « Si Hollande met la loi de 1905 dans la constitution, c’est deux siècles d’histoire alsacienne-mosellane qui seront mis au rebut ».
Et si Philippe Richert dit tout ça, ce lundi soir, « ce n’est pas pour retrouver un poste de ministre ». Non. Mais, rappelle-t-il, « quand le général De Gaulle est revenu, à la sortie de la guerre, c’est parce qu’on avait besoin de quelqu’un qui avait du courage. Je crois que Nicolas Sarkozy l’a largement. »
Dans les rangs, où l’on écoutait sagement, quelques militants étouffent un rire : un tract humoristique circule, illustrant le cataclysme supposé suivre une hypothétique victoire socialiste, avec pour slogan « 2012, les Mayas avaient raison ». Pendant ce temps, Philippe Richert répond aux questions de l’assistance. « Il a bien parlé », dit une militante en aparté. « On y croit encore. »
Étonnante Marseillaise
Puis viennent les applaudissements. Le ministre se retourne un bref instant pour récupérer sa veste, et voilà le trublion Denis Lieb qui, prenant tout le monde par surprise, saute sur l’estrade, s’empare du micro encore ouvert et déclare : « Et maintenant, la Marseillaise ! » Un peu gênés, les participants se lèvent et s’exécutent néanmoins de bonne grâce.
C’est certain : peu importe ce qui se passera dans les urnes dimanche, la campagne des législatives qui commence ne sera pas comme les autres…

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