Madame la présidente du Conseil départemental,

Nous avons bien reçu votre courrier exprimant vos préventions à l’égard de l’autonomisme. Elles nous inquiètent car elles traduisent un conservatisme un peu étriqué et un manque de courage et d’ambition pour l’Alsace.

Rappelons que l’autonomie est considérée par les plus hautes autorités internationales – qu’il s’agisse des institutions européennes ou de l’ONU – comme un objectif de bonne gouvernance vers lequel toutes les sociétés doivent tendre. 

La France a ratifié la Charte européenne de l’autonomie locale, de sorte qu’elle souscrit au principe suivant : «Par autonomie locale, on entend le droit et la capacité effective pour les collectivités locales de régler et de gérer, dans le cadre de la loi, sous leur propre responsabilité et au profit de leurs populations, une part importante des affaires publiques ». Malheureusement la Vè République ne sait pas l’appliquer.

Unser Land ne demande pas moins, ni plus que la mise en oeuvre des normes de gouvernance arrêtées au niveau intergouvernemental : l’autonomie est une évidence.

Stigmatiser l’autonomisme, c’est stigmatiser l’aspiration à une démocratie parfaite. C’est réfuter un des fondamentaux de l’Union européenne et sa devise : l’Union dans la diversité. La diversité ne peut s’affirmer sans autonomie.

Il ressort de votre courrier et de votre préjugé à l’égard de l’autonomisme, que vous méconnaissez l’histoire de l’Alsace, précisément celle de ce mouvement courageux, parfaitement respectable, issu de tous les partis alsaciens pour défendre à travers le Heimatbund les droits du peuple alsacien face à l’intransigeance du gouvernement français. Les amalgames que vous suggérez avec un courant extrémiste sont mensongers. Ils ne correspondent pas à la réalité historique et ne vous honorent pas.

Nous ne nous faisons aucune illusion sur la Collectivité européenne d’Alsace dès lors que ses promoteurs, dont vous, restent enfermés dans des clichés et une conception de la démocratie héritée de la France d’avant la décolonisation. Sans autonomie, il ne peut y avoir d’épanouissement des spécificités alsaciennes au sein de la République. Sans autonomie cette spécificité se résumera à du folklore. Notre combat pour une Alsace autonome, libérée du carcan du centralisme et incarnant les principes européens de démocratie et de subsidiarité, nous le menons avec fierté et forts de nos convictions.

« La défense et le renforcement de l’autonomie locale dans les différents pays d’Europe représentent une contribution importante à la construction d’une Europe fondée sur les principes de la démocratie et de la décentralisation du pouvoir, et le principe de l’autonomie locale doit être reconnu dans la législation interne et, autant que possible, dans la Constitution. » (article 2 de la Charte).

Nous ne pouvons que vous inviter à vous débarrasser de vos oeillères et à vous affranchir des vieux schémas pour orienter votre action pour l’Alsace vers des objectifs résolument européens et progressistes.

Dans cette perspective, je vous prie d’agréer, Madame la Présidente, l’expression de mes salutations alsaciennes et autonomistes,

Andrée Munchenbach
Secrétaire fédérale d’Unser Land

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