Depuis la fin des années 90, l’Alsace recule sur tous les fronts. Comme le Racing, c’est toute la Région qui a glissé lentement en 2e division ! Le meilleur indicateur de ce déclin est sans doute l’évolution du PIB par habitant qui permet de mesurer le niveau de richesse des Alsaciens. Ainsi, en 1996, avec un PIB/hab. de 21 442 €, l’Alsace se situait en 2e position derrière l’Île-de-France (31 491 €), très loin devant le PIB moyen de Province (18 373 €). Les ménages alsaciens déclaraient alors des revenus supérieurs à ceux de toutes les Régions françaises, hors Île-de-France.

Une dizaine d’années plus tard, en 2007 (derniers chiffres de l’INSEE), l’Alsace avait dégringolé à la 7e place avec un PIB/hab. de 27 148 €, devancée par les Régions Île-de-France (45 982 €), Rhône-Alpes (30 043 €), PACA, Champagne-Ardenne, Midi-Pyrénées et Aquitaine, et son PIB approchait le PIB moyen de Province (26 471 €).

Entre 2000 et 2007, la croissance du PIB national était de 13% contre seulement 5% pour l’Alsace. Force est donc de constater que l’accroissement du portefeuille des Alsaciens n’a pas suivi celui de la moyenne nationale : il est resté loin derrière !!
Depuis, l’Alsace continue de marquer le pas ; des projections montrent qu’elle est à présent devancée par une dizaine d’autres Régions !

Mais, il n’y a pas que le PIB/hab. pour montrer des signes alarmants : le chiffre du chômage augmente plus vite en Alsace que celui de la moyenne nationale (+ 21,3% en Alsace sur un an, jusqu’en mars 2009, contre + 19% au niveau national), l’emploi transfrontalier est en recul constant (le nombre des travailleurs frontaliers est tombé de 70 000 à la fin des années 90 à 55 000 début 2009), les faillites d’entreprises se succèdent à un rythme effréné, l’Alsace exporte moins etc. Plus préoccupant encore : les investissements étrangers – 1/3 des entreprises implantées en Alsace et 41,6% de l’effectif salarié industriel -, qui ont permis jusque-là d’empêcher l’Alsace d’être dégradée au rang de « région anciennement industrialisée », y sont aussi en recul. Ainsi, en est-il des implantations allemandes – 42,3% des investissements étrangers en Alsace – et suisses. Selon les conclusions d’une enquête Segec – Banque Populaire d’Alsace de janvier 2009, « les implantations allemandes accusent un ralentissement ».

L’Alsace compte aussi à présent parmi les Régions de France les plus endettées : 334 € par habitant), juste devant la Corse (1069 €), lanterne rouge, et ex æquo avec la Région Champagne-Ardenne (337 €)(1). La dette qui se monte actuellement à plus de 600 millions d’€ – pour un budget annuel de 866 millions d’€ (2009) -, continue ainsi d’enfler à raison d’environ 100 millions d’€ par an !
Un peu partout les clignotants se mettent donc au rouge.

Il y a bien sûr la crise. Mais le déclin amorcé par l’Alsace lui est pourtant bien antérieur. Or, il n’est pas interdit de remarquer que ce lent glissement coïncide avec l’arrivée à la tête de la Région, en 1996, de feu Adrien Zeller ! Il n’est bien sûr pas le seul en cause, les exécutifs des Conseils généraux portent également leur part de responsabilité dans cette évolution, mais sa gestion calamiteuse de dossiers majeurs comme celui du TGV, mal négocié tant en ce qui concerne la part du financement régional que le planning, ou du bilinguisme, le place en situation d’échec : « Le recul de l’enseignement de l’allemand et de la compétence des Alsaciens dans cette langue fait courir un grave péril à l’économie alsacienne », a prévenu, en mars 2007, le président de la Chambre régionale de commerce et d’industrie, J.-P. Lavielle.

Car ne l’oublions jamais : c’est sous sa présidence que l’Alsace a perdu, sans doute définitivement, son label de Région bilingue (expliquant le recul de l’emploi transfrontalier, la chute des nuitées allemandes dans nos hôtels ou le tarissement des investissements étrangers en Alsace notamment allemands et suisses). Adrien Zeller est ainsi resté sourd à l’appel angoissé des 9 plus grands décideurs économiques de la Région qui, en mars 2007, demandaient dans une lettre ouverte que « la responsabilité de l’enseignement bilingue en Alsace soit déléguée aux collectivités régionales », les Ministères et l’E.N. ayant montré leur incapacité à l’organiser. À ce jour, le successeur du président Zeller n’en a pas encore, lui non plus, formulé la demande, feignant d’ignorer qu’aux problèmes alsaciens, il faut des solutions alsaciennes ! (idem pour les présidents de commissions du CRA qui ont délégation de signature depuis son hospitalisation).

D’ailleurs, Adrien Zeller ne songeait même pas à revendiquer un Parlement d’Alsace, avec plus de prérogatives, plus de budget et doté d’un pouvoir normatif… Non, pour lui une simple « clarification des compétences » entre les collectivités existantes suffisait ! Ce raisonnement est du même acabit que celui du président du CG67, G.-D. Kennel, qui, auditionné par la commission Balladur, a résumé ses ambitions pour l’Alsace à cette phrase : « L’Alsace ne veut pas de particularisme ; elle souhaite s’inscrire dans l’évolution institutionnelle nationale » (DNA 15.1.09). Tout est dit.

Reste à donner une explication à cette servilité « légendaire » de nos élus à l’égard de Paris …qui s’est pourtant toujours montrée contre-productive !! Cette mollesse de la colonne vertébrale de nos représentants vient, semble-t-il, d’une inclinaison ancienne à la docilité, à la génuflexion, à la reptation qui a son explication dans l’histoire particulière de ce pays et qu’il serait trop long d’analyser ici. Mais cette inclinaison est encore amplifiée par la perversité du système centralisé français qui, en transformant les décideurs régionaux en quémandeurs, en mendiants, finit par les pousser à la servilité, à la sujétion.

En effet, quand on sait qu’à peine « 20% du budget de la Région Alsace est couvert par une fiscalité qu’elle maîtrise », dixit F. Bouchard DGS de la Région Alsace (2), et que tout le reste, soit 80%, est couvert par des emprunts ou des dotations de l’Etat soumises à un choix souverain et discrétionnaire de celui-ci, on s’explique un peu mieux cette constante dérive vers la servilité : c’est que Paris tient toujours fermement les cordons de la bourse et cela en dépit de la loi organique du 29.7.2004 qui visait pourtant à assurer l’autonomie financière des Régions.

Cette situation ne peut plus durer. Pour nous représenter, depuis des décennies, nous n’avons envoyé à Paris ou à la direction de nos assemblées que des hommes aux petits rêves, des hommes aux petits horizons, le regard figé vers la capitale et qui n’osent plus l’Alsace, des hommes frileux qui n’ont plus « l’ambition d’Alsace », qui ne croient plus en leur Heimet et qui acceptent tous les oukases parisiens comme une fatalité.

C’est principalement à eux, et à leur mentalité de « caniche » qui nous fut si préjudiciable, que les Alsaciens doivent leur déclassement présent tant social, qu’économique ou culturel (nous sommes passés du bilinguisme au monolinguisme). Il faut en finir d’urgence avec eux, rompre avec leur servilité, affirmer notre exigence de responsabilisation et notre ferme volonté de forger notre destin collectif. À la doctrine et au projet des jacobins conduisant à l’assujettissement, nous devons opposer une doctrine émancipatrice et un projet libérateur qui tiennent en un mot : autonomie ! L’Alsace y gagnera et la France aussi car nos faiblesses ne sauraient la renforcer, bien au contraire.

Bernard Wittmann

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