La réforme de la carte des régions de Manuel Valls a rayé de la carte, d’un simple trait de plume, la région Alsace. Un peu comme si on recréait ici « PACAC », la défunte région Provence-Alpes-Côte d’Azur-Corse, en supprimant brutalement l’Assemblée de Corse. La révolte corse des années 70 a fait voler en éclat la construction technocratique parisienne. Avec Unserland, le parti alsacien qui monte, l’Alsace pourrait faire de même pour obliger l’Etat à rétablir son identité territoriale.

En les obligeant à se présenter pour le scrutin régional dans la nouvelle région ACAL (Alsace-Champagne-Ardennes-Lorraine), le pouvoir espérait bien que la cause serait entendue et que la voix de l’Alsace, dissoute dans cet ensemble informe, ne pourrait se faire entendre. Unserland est en train d’apporter la preuve du contraire, et un des enjeux du scrutin de Décembre prochain pourrait être le score de la formation alsacienne, membre de RPS et de l’ALE*.

Le mouvement autonomiste alsacien a traversé un demi-siècle de difficultés. Pourtant l’Histoire de l’autonomisme alsacien est riche d’un passé glorieux, quand Bismarck avait, entre les deux guerres où l’Alsace était repassée sous contrôle allemand (entre 1870 et 1914), établi l’autonomie pleine et entière du territoire, créé la première sécurité sociale européenne dont l’Alsace et la Lorraine alémanique bénéficient encore, comme d’autres dispositions d’un « droit local » bénéfique que les Alsaciens ont conservé alors que, nous autres Corses, nous avons perdu les Arrêtés Miot.

Mais la guerre de 39-45 est arrivée et le sentiment germanique culturellement très puissant de la société alsacienne a été refoulé au plus profond des consciences. Politiquement, la moindre velléité autonomiste était taxée au mieux de pan-germanisme, le plus souvent de néo-nazisme. L’étouffoir a failli aller à son terme et asphyxier toutes les démarches autonomistes, mais la flamme a quand même été maintenue, et la solidarité de RPS a joué un rôle notable pour cela. Une relève s’est fait jour en 2006, quand notre Université d’Eté s’est tenue à Mulhouse, et c’est elle désormais qui est à la tête de la protestation unanime des Alsaciens contre la réforme de Manuel Valls.

Aux départementales, malgré une organisation balbutiante, ils ont atteint 15% des voix dans la moitié des cantons où ils ont réussi à se présenter faute de cadres en nombre suffisants pour couvrir tout le territoire. Leur liste aux régionales s’inscrit dans la même dynamique : le nombre de militants a quadruplé en un an, les nouveaux cadres affluent, les meetings font salle pleine, le drapeau alsacien, banni il y a un demi-siècle, fleurit partout dans les manifestations et le paysage, jusqu’à un groupe de jeunes militantes qui, à la manière des Femen, arborent la coiffe traditionnelle de façon provocatrice.

L’Alsace est debout, et elle fera parler d’elle !

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