Courriers adressés l’un à Dr. Hans Zehetmair, Président du Rat für deutsche Rechtschreibung et l’autre à Messieurs Jean-Marie Le Guen, Secrétaire d’État chargé du Développement et de la Francophonie. Le tout, suivi de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires (CELRM). Nous nous étonnons de l’absence de l’Alsace dans cette instance et plaidons pour qu’une place lui soit accordée en raison de son rôle historique dans le rayonnement de la langue allemande.


Lettre à Dr. Hans Zehetmair, Staatsminister

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Schiltiheim, den 5. Dezember 2016

Betrifft : Teilnahme am Rat für deutsche Rechtschreibung

Sehr geehrter Herr Staatsminister,

Als Vorsitzende der elsässischen Partei Unser Land, die sich unter anderem um das Bewahren der elsässischen Sprache aktiv einsetzt, erlaube ich mir, mich an Sie zu wenden.

Frankreich ist ein natürlicher Motor für die Verteidigung und die Verbreitung der französischen Sprache in der Welt und wichtigstes Mitglied der Internationalen Organisation für die Francophonie. Da es in Frankreich auch Gebiete deutscher Sprache gibt – das Elsass und Teile des Moseldepartements – könnte sich Frankreich an ähnlichen Institutionen für die deutsche Sprache beteiligen. Dazu gehört insbesondere der Rat für deutsche Rechtschreibung, in dem deutschsprachige Länder vertreten sind: Deutschland, Österreich, die Schweiz, das Fürstentum Liechtenstein, die Deutschsprachige Gemeinschaft Belgiens, die Autonome Provinz Bozen-Südtirol und als kooptiertes Mitglied Luxemburg. Umso erstaunlicher ist es, dass Frankreich trotz seiner deutschsprachigen Gebiete nicht mitarbeitet.

In Frankreich hat das Deutsche noch keinen offiziellen Status, und Frankreich hat die Europäische Charta der Regional- und Minderheitensprachen bislang nicht ratifiziert. Dennoch ist Elsässerdeutsch eine lebende Sprache. Es blickt auf eine mehr als 1500-jährige Geschichte zurück.

Im Jahre 842 haben Ludwig der Deutsche und Karl der Kahle, die beiden Enkel Karls des Großen, die Straßburger Eide unterzeichnet, eins der ersten zweisprachigen Schriftstücke überhaupt, verfasst in Althochdeutsch und Altfranzösisch.

Das erste literarische Werk in deutscher Sprache, das Evangelienbuch, stammt von Otfried von Weißenburg, einem elsässischen Schriftsteller des 9. Jahrhunderts. Im Mittelalter, in der Renaissance, zur Zeit des Humanismus und während der Reformation, bis ins 15. Jahrhundert hinein waren Elsässer unter den bedeutendsten Schriftstellern der deutschen Sprache – darunter Gottfried von Straßburg, Autor von Tristan und Isolde, Johannes Tauler, Beatus Rhenanus und Sebastian Brant, Autor des Narrenschiffs.

„Das Elsass war Vorreiter in Deutschland beim Übergang vom Lateinischen zur Deutschen Sprache“, schreibt Professor Paul Lévy. Die erste auf Deutsch erstellte Urkunde datiert von 1255 und wurde im Elsass vom Lautenbacher Ordenskapitel verfasst. Im übrigen Deutschland begann man erst im 14. Jahrhundert, Urkunden auf Deutsch statt auf Latein zu verfassen.

Die deutsche Sprache ist in unserem Land tief verwurzelt. Das Elsass hat eine ganz besondere Rolle im deutschen Sprachraum gespielt – es könnte als „Hüterin“ der deutschen Sprache gelten.

Es scheint uns legitim und notwendig, auf diese besondere Rolle des Elsass hinzuweisen. Frankreich könnte stolz sein darauf, zusammen mit vielen anderen wichtigen europäischen Ländern an der Weiterentwicklung der deutschen Sprache mitzuwirken. Dies wäre auch eine Bestätigung der Rolle des Elsass als Brücke zwischen zwei Sprachen und zwei Kulturen.

Die Verantwortlichen der kulturellen Vereinigungen im Elsass und im Moseldepartement, allesamt perfekt zweisprachig, sind bereit, Frankreich bei den nächsten Sitzungen des Rates für deutsche Rechtschreibung zu vertreten.

Wir hoffen, dass dieser Vorschlag Ihr Interesse geweckt hat und verbleiben

mit freundlichen Grüßen

 Andrée Munchenbach


Lettre à Monsieur Jean-Marie LE GUEN,

Secrétaire d’État chargé du Développement et de la Francophonie

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Schiltigheim, le 5 décembre 2016

Objet : Participation de la France au Conseil de l’orthographe allemande / Rat für deutsche Rechtschreibung

Monsieur le Secrétaire d’État à la Francophonie,

En ma qualité de Présidente du Parti Alsacien Unser Land, impliqué activement dans la défense de la langue alsacienne, je vous adresse la présente en lien avec vos missions en faveur du rayonnement culturel de la France.

La France est, tout naturellement, moteur dans la défense et la promotion de la francophonie. Cependant, à travers ses territoires germanophones – l’Alsace et une partie du département de la Moselle – elle aurait également sa place dans les instances au service de la langue allemande. Ainsi le Rat für deutsche Rechtescheribung, le Conseil de l’orthographe allemande, réunit des représentants des pays de langue allemande, l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse, le Liechtenstein, les régions germanophones de Belgique, le Südtirol-Alto Adige et, avec voix consultative, le Luxembourg. Il est étonnant que la France ne soit pas invitée à participer à ces travaux au titrer de ses territoires germanophones.

Certes l’allemand langue régionale ne bénéficie pas pour l’heure du statut d’officialité et la France n’a pas ratifié la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Néanmoins l’allemand d’Alsace est encore vivant. Il s’appuie sur une existence historique de plus de 1500 ans.

C’est à Strasbourg en 842 que Louis le Germanique et Charles le Chauve, les petits-fils de Karl der Grosse/Charlemagne, prononcent le Serment de Strasbourg, en langue romane et en tudesque dont la retranscription constitue le premier document bilingue, dans les deux langues ancêtres du français et de l’allemand contemporains.

C’est à un auteur alsacien du IXème siècle, Otfried von Weissenburg, que l’on doit la première œuvre littéraire en allemand, « das Evangelienbuch », « le livre des Évangiles ». Au Moyen-Age, au moment de la Renaissance, de l’Humanisme et de la Réforme, jusqu’à la fin du XVIème siècle les écrivains d’Alsace, de Gottfried de Strasbourg, auteur de « Tristan und Isolde » à Johannes Tauler, en passant par Beatus Rhenanus et Sebastien Brant, « das Narrenschiff » – « la Neff des fous », ont joué un rôle souvent de premier plan dans la littérature allemande.

« L’Alsace, en quittant le latin et en adoptant l’allemand, précède en cela l’Allemagne », note le professeur Paul Levy. La plus ancienne charte en langue allemande date en effet de 1255. Elle est rédigée en Alsace par le chapitre de Lautenbach. En Allemande ce n’est qu’à partir du XIVème siècle qu’on commence à user de l’allemand à la place du latin, dans les documents officiels.

La langue allemande a de belles racines dans notre pays. L’Alsace a une place particulière dans l’espace germanophone. Elle est en quelque sorte « dépositaire » de la langue allemande.

Il nous semble intéressant, légitime et nécessaire de faire valoir cette spécificité. La France s’honorerait de permettre à une de ses langues régionales d’être représentée dans des travaux concernant son évolution, travaux menés à l’échelle européenne. Elle confirmera ainsi la vocation de l’Alsace comme pont entre deux langue et deux cultures à fort rayonnement.

Des responsables d’associations culturelles, parfaitement bilingues, seraient aptes à représenter l’Alsace et la Moselle et à travers elles la France lors des prochaines sessions du Rat für Deusche Rechtschreibung.

Persuadés que notre proposition retiendra votre attention, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Secrétaire d’État, l’expression de nos respectueuses et alsaciennes salutations,

Andrée Munchenbach


Pour aller plus loin :

Charte européenne des langues régionales ou minoritaires (CERLM)

Conseil de l’Europe, Strasbourg, 5.X.I. 1992

Préambule

Les États membres du Conseil de l’Europe, signataire de la présente Charte,

Considérant que le but du Conseil de l’Europe est de réaliser une union plus étroite entre ses membres, notamment afin de sauvegarder et de promouvoir les idéaux et les principes qui sont leur patrimoine commun ;

Considérant que la protection des langues régionales ou minoritaires historiques de l’Europe, dont certaines risques, au fil du temps, de disparaître, contribue à maintenir et à développer les traditions et la richesse culturelles de l’Europe ;

Considérant que le droit de pratiquer une langue régionale ou minoritaire dans la vie privée et publique constitue un droit imprescriptible, conformément aux principes contenus dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques des Nations Unies, et conformément à l’esprit de la Convention de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales du Conseil de l’Europe;

Prenant en compte le travail réalisé dans le cadre de la CSCE, et en particulier l’Acte final d’Helsinki de 1975 et le document de la réunion de Copenhague de 1990;

Soulignant la valeur de l’interculturel et du plurilinguisme, et considérant que la protection et l’encouragement des langues régionales ou minoritaires ne devraient pas se faire au détriment des langues officielles et de la nécessité de les apprendre;

Conscients du fait que la protection et la promotion des langues régionales ou minoritaires dans les différents pays et régions d’Europe représentent une contribution importante à la construction d’une Europe fondée sur les principes de la démocratie et de la diversité culturelle, dans le cadre de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale;

Compte tenu des conditions spécifiques et des traditions historiques propres à chaque région des pays d’Europe,

Sont convenus de ce qui suit:

Partie I – Dispositions générales

Article 1 – Définitions

Au sens de la présente Charte : Lire la suite de la Charte

 

Donnons la parole aux langues régionales et minoritaires !

Historique du texte pour la France :

La France et la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires (CELRM)

La France a signé la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires (CELRM) le 7 mai 1999, mais ne l’a pas encore ratifiée. En janvier 2014, l’Assemblée nationale a adopté à une large majorité un amendement constitutionnel permettant la ratification du traité. Le Sénat débattra de l’amendement proposé le 27 octobre et le 3 novembre 2015. L’approbation par le Congrès, l’amendement de la Constitution et la ratification de la Charte sont toujours en attente.

Lors du débat public au sujet de la ratification, il a été suggéré qu’un très grand nombre de langues régionales devraient alors être couvertes par la Charte, certains annonçant un chiffre supérieur à 70 – ce qui pourrait compliquer l’application du traité. Cependant, la définition par la Charte du concept de « langues régionales ou minoritaires »[1] n’a pas été suffisamment prise en compte. Pour déterminer les langues devant être couvertes par la Charte en France, il convient d’appliquer les critères ci-après, conformément à la lettre et l’esprit de la Charte :

  1. La Charte concerne les langues. Elle n’inclut pas les dialectes des langues régionales en soi. En revanche, les dialectes des langues régionales sont couverts par la Charte en association avec leur forme standard traditionnellement utilisée sur le territoire concerné. Par conséquent, la Charte s’applique globalement à une langue régionale « dans son intégralité » (formes dialectales et standard) plutôt qu’à une seule forme de cette langue.
  1. La Charte concerne des langues qui sont différentes de la langue officielle de l’État. Elle n’inclut pas les dialectes de la langue officielle de l’État.
  1. La Charte s’applique à des langues pratiquées traditionnellement sur un territoire d’un État par des ressortissants de cet État. Elle n’inclut pas les langues des migrants.
  1. La Charte a pour objectif la protection des langues régionales ou minoritaires historiques de l’Europe, comme énoncé dans son préambule.
  1. La Charte concerne aussi des langues qui sont souvent les langues officielles ou majoritaires d’autres États. La plupart des langues régionales ou minoritaires dans les présents États parties à la Charte sont de fait les langues officielles ou majoritaires d’autres États (par exemple, l’italien est à la fois la langue officielle et majoritaire de l’Italie et une langue régionale ou minoritaire en Slovénie).
  1. La Charte s’applique à des langues qui sont encore parlées. Elle ne concerne pas les langues qui ont disparu.

A la lumière des critères susmentionnés, la Charte s’appliquerait aux sept langues régionales de France ci-après :[2] le basque, le breton, le catalan, le corse, le néerlandais (flamand occidental et néerlandais standard), l’allemand (dialectes de l’allemand et allemand standard, langue régionale d’Alsace-Moselle)[3] et l’occitan.

Par conséquent, les préoccupations actuellement exprimées dans le cadre du débat public sur l’application de la Charte, et notamment la difficulté à la gérer compte tenu d’un très grand nombre de langues régionales, sont totalement infondées.

 

 

[1] Conformément à la définition donnée à l’article 1 (a) de la Charte, « les langues régionales ou minoritaires » sont des langues pratiquées traditionnellement sur un territoire d’un État par des ressortissants de cet État qui constituent un groupe numériquement inférieur au reste de la population et s’expriment dans une (des) langue(s) autre(s) que la (les) langue(s) officielle(s) de cet État. La charte n’inclut ni les dialectes de la (des) langue(s) officielle(s) de l’état ni les langues des migrants;

[2] Voir aussi, Commission européenne : The Euromosaic study, http://ec.europa.eu/education/languages/euromosaic/doc4681_en.htm.

[3] En 2014 et 2015, la Région Alsace, les départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin et plusieurs villes et municipalités alsaciennes ont adopté des versions locales de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, qui contiennent toutes la définition suivante de la langue régionale : « Par l’expression « langue régionale », on entend la langue allemande dans ses formes dialectales (dialectes alémaniques et franciques parlés en Alsace et en Moselle) et dans sa forme standard (Hochdeutsch). » / „Im Sinne dieser Charta bezeichnet der Ausdruck „Regionalsprache“ die deutsche Sprache in ihren Mundartformen (die in Elsass-Lothringen gesprochenen alemannischen und fränkischen Mundarten) und in ihrer Standardform (Hochdeutsch).“ (Charte de la Région Alsace, du Département du Bas-Rhin et du Département du Haut-Rhin pour la promotion de la langue régionale sur la base de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires du 19 juin 2014, article 1 / Charta der Region Elsass, des Departements Unterelsass und des Departements Oberelsass zur Förderung der Regionalsprache auf der Grundlage der Europäischen Charta der Regional- oder Minderheitensprachen vom 19. Juni 2014, Artikel 1. Voir aussi, Bulletin officiel [B.O.] hors-série n° 2, 19 juin 2003.

 

 

 

 

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