La duplicité de M. Rottner

Madame, Monsieur,

Dans le cadre de la réflexion et des débats en cours sur l’avenir institutionnel de l’Alsace, je me permets d’attirer votre attention sur la position retorse du président de la techno-région grandestienne, devant les maires haut-rhinois réunis le 12 mai dernier à Mulhouse, ville dont il a été le maire — élu sur la promesse de se consacrer exclusivement à ce mandat —, et ce 14 juin à Truchtersheim devant les maires bas-rhinois. 

À la façon d’un illusionniste, il tente de rassurer, voire d’éblouir son public avec des chiffres, invérifiables (1 milliard d’économies sur le mandat pour la Région, 50 millions d’investissements supplémentaires pour l’Alsace, subventions discrétionnaires aux maires…), des slogans relevant de la méthode Coué (« le Grand Est est une chance pour l’Alsace ») et une formule magique censée clore le « débat alsaco-alsacien » : Convention territoriale d’exercice concerté de compétences ! Formule techno-bureaucratique dans laquelle le préfixe triplement récurrent semble traduire le peu de considération de l’administration dirigeante à l’égard des territoires et des peuples.  

Mais comment l’Alsace pourrait-elle encore faire confiance à M. Rottner ?

Celui qui haranguait la foule en octobre 2014 place de Bordeaux à Strasbourg, au cri de « Elsass stand uff ! », qui déposait une pétition de plusieurs dizaines de milliers de signatures en faveur d’une Alsace responsable et respectée dans son intégrité territoriale, se réjouit à présent du refus du président de la République de toucher au Grand Est, devenu son fief, et s’active à confiner l’Alsace dans le carcan institutionnel d’un département unique. Non seulement il trahit ses engagements publics de manière éhontée au bénéfice de son plan de carrière, mais il méprise ouvertement le peuple alsacien — dont il est pourtant issu et dont il se revendique — en ignorant sa légitime aspiration, confirmée par des sondages récents, à sortir du Grand Est et à bénéficier d’une évolution institutionnelle vers davantage d’autonomie. 

Une Convention territoriale d’exercice concerté de compétences valable au maximum 6 ans et révisable au bout de 3 ans avec un partenaire aussi peu fiable que le président Rottner n’apporte aucune garantie sérieuse à l’Alsace.

Unser Land invite les élus alsaciens à ne pas se laisser endormir par les incantations de M. Rottner, qui visent à déconsidérer et étouffer le débat démocratique sur l’avenir de l’Alsace et prennent la vérité à contresens. Au contraire de ce qu’il prétend, la catastrophe serait précisément d’occulter la question institutionnelle et administrative et de renoncer à s’engager pour un statut particulier pour l’Alsace.  

Au demeurant, peu importe l’avis de M. Rottner, qui tente de s’imposer dans une négociation qui concerne d’abord l’Alsace et l’État. Aux Alsaciens d’obtenir que le Gouvernement soit à leur écoute et respecte leur demande de sortie du Grand Est ! 

Unser Land appuie la revendication légitime d’un statut particulier pour l’Alsace. Nous demandons des transferts de compétences de la Région, mais aussi de l’État dans des domaines cruciaux comme l’enseignement linguistique, la gestion du Droit local, l’aménagement du territoire, l’économie, le tourisme, etc. 

L’avenir de l’Alsace se joue sur des garanties réelles et des perspectives nouvelles, et non sur des vessies présentées comme des lanternes.

Vous remerciant pour votre attention, nous vous prions d’agréer nos salutations distinguées,

in elsässischer Verbundenheit,

Andrée Munchenbach
Présidente d’Unser Land, le parti alsacien

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