Culture / Communication

Publié le jeudi 24 juillet 2014

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) publie son « Rapport 2013 sur les chaînes nationales éditées par le groupe France Télévisions ». Outre de nombreuses informations sur l’offre de programmes, la protection des publics, les enjeux de société et le financement de la création, ce document comporte également un chapitre sur la contribution des chaînes du groupe France Télévisions à « l’expression des langues régionales ».

644 heures pour la langue corse, 316 heures pour toutes les autres…

Cette obligation, qui incombe à France 3 en sa qualité de chaîne des régions, présente de très fortes disparités selon les langues concernées. Ainsi, le rapport du CSA relève qu' »en 2013, France 3 a contribué à l’expression des principales langues régionales parlées sur le territoire métropolitain en diffusant un volume total de 378 heures et 32 minutes d’émissions sur les huit antennes régionales concernées (Alsace, Aquitaine, Bretagne, Corse, Côte d’Azur, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Provence-Alpes). Mais s’ajoute à ce premier chiffre… 582 heures et 23 minutes en langue corse sur France 3 Corse Via Stella. Le total se trouve ainsi porté à 960 heures et 56 minutes, d’où une augmentation globale de 8,6% par rapport à 2012. Si l’on ajoute aux 582 heures et 23 minutes de Via Stella les 62 heures et 28 minutes de France 3 Corse, on obtient un total de 644 heures et 51 minutes en langue corse, ce qui représente 67% du total des émissions en langues régionales…

Pour être exhaustif avec la langue corse, il faudrait d’ailleurs rajouter 539 heures et 35 minutes de programmes bilingues français-corse (+15% par rapport à 2012).

Hors Corse, de forts écarts entre langues régionales

Même s’il n’y a pas – à proprement parler – de concurrence entre régions, les autres langues se trouvent réduites à la portion congrue avec, en outre, des écarts importants selon les chaînes régionales : 112 heures et 29 minutes d’émissions en alsacien en 2013 (-2,4% par rapport à 2012), 69 heures et 8 minutes en langue bretonne (+1,4%), 58 heures et 45 minutes en langue provençale (-4,5%), 48 heures et 13 minutes en langue occitane (+9,4%), 19 heures et 6 minutes en langue catalane (+10,8%) et 8 heures et 20 minutes en langue basque (+245%), les basques captant il est vrai des chaînes basques espagnoles.

Cette situation très spécifique de la langue corse tient au modèle particulier de Via Stella. Il s’agit en effet d’une chaîne de plein exercice, dont l’origine remonte au début des années 2000. Avec le développement de la TNT (télévision numérique terrestre), il était alors prévu de créer neuf chaînes régionales de ce type. Mais seule Via Stella a finalement vu le jour et a commencé à émettre en 2006. En outre, la chaîne bénéficie d’un financement de l’assemblée territoriale corse à hauteur de 667.000 euros.

Un modèle non duplicable

Bien que des rumeurs reviennent régulièrement sur une éventuelle relance du projet des huit autres chaînes initialement prévues sur le principe de France 3 Via Stella, le modèle semble avoir du plomb dans l’aile, compte tenu de son coût à un moment où le gouvernement entend limiter les dépenses de France Télévisions.

Dans son récent rapport « France 3 : un avenir régional », remis à Aurélie Filippetti le 30 juin, Anne Brucy se montre d’ailleurs très réservée sur la formule, qui ne devrait pas avoir de suite, du moins dans l’immédiat (voir notre article ci-contre du 1er juillet 2014). En attendant, cette situation crée un déséquilibre flagrant dans l’accès des langues régionales aux chaînes de France Télévisions.
A noter : le rapport du CSA consacre également plusieurs pages à la situation des langues régionales d’outre-mer. Celles-ci font apparaître une forte présence de ces langues, en radio comme en télévision.

Jean-Noël Escudié / PCA

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