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Le 5 janvier, c’est fête nationale !

La Lorraine a, comme beaucoup d’Etat et de nations, sa propre fête nationale. Celle-ci, loin d’être le 14 juillet français, se déroule le 5 janvier et commémore avec force et émotions, la victoire des Lorrains lors de la fameuse Bataille de Nancy, un certain 5 janvier 1477. En effet, cette date marque un important tournant dans l’histoire tumultueuse de notre belle province. Revenons donc sur les grandes étapes de ce conflit, afin de mieux cerner la signification de notre fête nationale.

Tout d’abord, cette guerre trouve ses origines dans les velléités expansionnistes de la Bourgogne. L’ensemble des Etats bourguignons était divisé en deux parties, avec d’une part le Duché de Bourgogne et d’autre part, les futurs « Pays-Bas » espagnols (environ actuel Benelux). Entre ces deux parties se tenaient la Champagne et les Duchés de Lorraine et de Bar.

En 1467, Charles le Téméraire succède à son père Philippe III le Bon. Le projet de sa vie est de relier territorialement ses Etats, et d’obtenir une investiture royale, afin de recréer l’ancien royaume de Lotharingie. Dans cette optique, il commença par prendre possession de la Haute-Alsace que l’Empereur Frédéric III lui donna en garantie d’un prêt de cinquante mille florins qu’il était d’ailleurs incapable de rembourser. La Haute-Alsace aurait put se révéler une excellente tête de pont pour conquérir les cantons suisses. En 1473, le Téméraire s’empara du Duché de Gueldre, de part et d’autre du Bas-Rhin. Le duc de Bourgogne se tourna alors naturellement vers la Lorraine. Profitant de la jeunesse du nouveau duc, René II, il le rencontra à Trèves et signa un traité par lequel ils s’engagèrent à ne pas s’allier à Louis XI. De plus, René II accorda au Téméraire le libre passage de ses Etats et autorisa l’installation de garnisons bourguignonnes à Charmes, Darney, Epinal, Neufchâteau et Prény. Il faut dire que René II n’avait guère le choix, car il ne pouvait pas compter sur le soutien de Louis XI qui venait également de signer une trêve avec Charles. Mais très rapidement, les incidents se multiplièrent entre la population lorraine et les garnisons bourguignonnes.

Pour pallier ce problème, René II prit contact avec les adversaires du Duc de Bourgogne, à savoir Louis XI, les Confédérés Suisses, eux-aussi menacés par les projets d’expansion du Téméraire, et les villes de Haute-Alsace qui subissaient également les abus de l’administration bourguignonne.

Louis XI signa plusieurs traités, avec les Suisses en octobre 1474, Frédéric III en décembre 1474 et surtout avec Edouard IV en août 1475 qui isolèrent ainsi Charles le Téméraire. Pour sortir de son isolement, le Duc de Bourgogne commença par signer une nouvelle trêve avec Louis XI, puis attaqua la Lorraine à l’automne. Il prit rapidement Charmes, Epinal et enfin Nancy le 24 novembre 1475 après un mois de siège. La Lorraine sembla perdue pour René qui, prudent, se réfugia à Joinville. Par cet acte hautement symbolique, le Téméraire reconstituait ainsi l’ancien royaume de Lothaire avec Nancy pour capitale. De nouveaux baillis furent nommés, des officiers et des capitaines bourguignons furent de même établis dans les places fortes. Les Etats de Lorraine se rallièrent au vainqueur et Charles se proclama Duc de Lorraine. Le 11 janvier 1476, il quitta la Lorraine pour combattre les Confédérés Suisses.

Mais René II, de son côté, avait rejoint la Ligue de Constance, composée des adversaires suisses et alsaciens du Téméraire. Une première bataille eut d’ailleurs lieu le 2 mars 1476 à Grandson, où les troupes du Duc de Bourgogne s’enfuirent, abandonnant un énorme butin aux Confédérés. Pour venger cet affront, Charles de Bourgogne marcha sur Morat, où il fut à nouveau sévèrement battu le 22 juin 1476. Son armée y fut taillée en pièces et ce qui lui restait d’artillerie fut perdu. Le duc se replia alors à Dijon, où il essaya, tant bien que mal, de reconstituer une armée en levant de nouvelles troupes.

A l’annonce des défaites bourguignonnes, la Lorraine commença à se révolter. Des partisans lorrains s’emparèrent de Vaudémont, puis chassèrent les garnisons installées à Arches, Bruyères, Remiremont et Bayon. René II les rejoignis à Lunéville. La ville fut reprise le 20 juillet. Deux jours plus tard, ce fut au tour d’Epinal de se rendre.

Puis, le 22 août 1476, à la tête d’une armée de quatre à cinq mille hommes, le Duc de Lorraine mit le siège devant Nancy, défendue par une garnison bourguignonne de deux mille soldats, majoritairement anglais. Aucun des messages envoyés par Charles pour annoncer son arrivée prochaine ne parvint à Nancy, dans la mesure où ils furent tous interceptés par les agents lorrains. Au bout d’un mois et demi, c’est-à-dire le 7 octobre, les Anglais forcèrent la ville à ouvrir ses portes. Le lendemain, la garnison bourguignonne quitta Nancy pour le Luxembourg, où de nouvelles armées bourguignonnes se préparaient.

Cependant, le 25 septembre, le Téméraire avait quitté Gex à la tête d’une armée de dix mille soldats en direction de Nancy. Le 9 octobre, René II l’attendait sur la rive Est de la Moselle pour l’empêcher de traverser le fleuve, mais Charles resta sur la rive Ouest et se dirigea vers Toul, où, le 10, il fit la jonction avec son armée de six mille hommes qui arrivait du Luxembourg. Le 16 octobre, les Bourguignons traversèrent la Moselle. Le Duc de Lorraine, à la tête de neuf mille hommes ne put rien faire pour les en empêcher et se replia à Saint-Nicolas-de-Port. Il se rendit ensuite et immédiatement en Alsace et en Suisse pour obtenir des renforts.

Le 22 octobre, Charles le Téméraire mit le siège devant Nancy, défendu par deux mille soldats, principalement des vétérans de Morat. Son armée s’installa sur une butte qui se trouve sur l’emplacement actuel de la Place Thiers. Même si les différent capitaines bourguignons préconisèrent de lever le siège et de se rendre à Pont-à-Mousson ou à Metz, pour reprendre l’offensive au printemps, le Duc de Bourgogne s’obstina à poursuivre le siège. De partisans lorrains harcelèrent les Bourguignons régulièrement et l’hiver fut rigoureux. Ce ne fut donc guère étonnant de voir le moral des troupes bourguignonnes baisser. Ainsi, les désertions se multiplièrent.

René II de son côté, ne resta pas inactif. Même si la Confédération Suisse ne souhaita pas intervenir, elle l’autorisa à engager neuf mille mercenaires. Huit mille soldats alsaciens le rejoignirent également. Un détachement bourguignon envoyé en éclaireur le 2 janvier 1477 fut complètement anéanti. Ainsi, ce fut avec une armée de dix-neuf à vingt mille hommes que René II se présenta pour la Bataille de Nancy.

Le Duc de Bourgogne ne disposait plus quant à lui que d’environ trois mille hommes. Livrer donc bataille dans ces conditions fut pure folie. Mais en apprenant l’arrivée prochaine de l’armée de René II, le Téméraire prit position, avec le peu de troupes qu’il lui restait, sur un promontoire près de Jarville. Le dimanche 5 janvier, peu avant l’aube, René II quitta Saint-Nicolas-de-Port avec son armée qui avançait dans la campagne lorraine recouverte de neige. A Laneuveville, des éclaireurs repérèrent un guetteur bourguignon et le tuèrent. A partir de ce moment, le Téméraire ne sut plus rien de l’armée qui arrivait. Les capitaines et René II, sur les rapports des éclaireurs décidèrent de contourner l’armée bourguignonne par le Bois de Saurupt pour l’attaquer de flanc. L’effet de surprise fut total et le sort de la bataille se joua en quelques minutes. Charles le Téméraire tenta de se retourner contre l’assaillant, mais l’ensemble de ses maigres troupes se disloquèrent et s’enfuirent. Ce n’est que le surlendemain que son corps méconnaissable fut retrouvé et identifié. La tradition rapporte sans grande certitude qu’il fut en partie dévoré par des loups. Il fut par la suite inhumé avec grand soin à la collégiale Saint-Georges. Une croix est posée pour marquer le lieu de la mort du Téméraire, qui correspond à l’actuelle Place de la Croix de Bourgogne. Enfin, devant le numéro 30 de la Grand-Rue à Nancy, une indication « 1477 » sur les pavés indique l’emplacement où le corps du Téméraire fut déposé avant son inhumation.

Quelques temps plus tard, sur les lieux même de la bataille, René II fit édifier l’église Notre-Dame-de-Bonsecours, qui fut reconstruite par Stanislas pour en faire son tombeau (voir :http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2008/11/17/leglise-notre-dame-de-bonsecours-de-nancy-le-sanctuaire-de-stanislas/). René II fit également bâtir dans la ville la Chapelle des Cordeliers, appelé à devenir le mausolée des Ducs de Lorraine. De même, le duc victorieux éleva à Saint-Nicolas-de-Port, un édifice imposant pour symboliser sa reconnaissance au Saint patron de la Lorraine (voir :http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2009/12/01/saint-nicolas-patron-de-la-lorraine/). En souvenir de la défaite du Téméraire, la Ville de Nancy adopta comme emblème le chardon et comme devise « non inultus premor », c’est-à-dire « nul ne s’y frotte », ou « qui s’y frotte s’y pique ».

Le Parti Lorrain organise chaque année la Fête de la Lorraine et des Lorrains à Place Saint-Epvre Nancy pour commémorer cet évènement.

Plus d’info sur : http://parti-lorrain.e-monsite.com/pages/projets-et-actions/fete-nationale-des-lorrains.html.

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