Unser Land dénonce la marche forcée vers le numérique dans les lycées du « Grand Est », au mépris de la bonne gestion des deniers publics et de la réflexion pédagogique.

En 2019, Noël aura lieu en septembre, tel l’a décidé le gouverneur de notre oblast. Tous les élèves de Seconde recevront un ordinateur portable, qu’ils garderont après la fin de leur scolarité. On serait tenté de remercier Petit Papa Rottner… s’il ne finançait pas ses largesses avec les deniers du contribuable, notamment alsacien. En ces temps de rigueur budgétaire et de crise sociale et environnementale, le citoyen ne peut que rester perplexe devant la facilité avec laquelle on trouve et dépense des dizaines de millions d’euros pour un projet qui relève de l’effet de mode et dont le bilan carbone s’annonce monstrueux.

Quelle est la ligne budgétaire affectée par cet investissement colossal ? Il ne peut s’agir que du budget exponentiel dédié à la communication, ou plus exactement à la propagande, qui vise à graver le logo artificiel du Grand Est dans la mémoire vive des jeunes générations. Et qu’on ne prétende pas qu’il s’agit de « lutter contre la fracture numérique ». On lutte contre la fracture numérique en faisant accéder les fonds de vallée à l’internet à haut débit, pas en distribuant des ordinateurs à des lycéens qui en disposent très majoritairement chez eux et qui en usent, voire en abusent. Un parti politique porteur de valeurs humanistes devrait interroger la place du numérique dans notre société, et pas foncer tête baissée vers une nouveauté pas nécessairement synonyme de progrès.

Unser Land s’interroge, comme beaucoup d’Alsaciens, sur l’emprise que prend le numérique sur nos enfants. Au printemps dernier, le conseil d’administration du Lycée Koeberlé, à Sélestat, a refusé sa transformation en « lycée 4.0 » (DNA, 15 avril 2018, édition de Sélestat). Le lycée du haut lieu de l’humanisme y passera donc de force, comme les autres ! Le « Grand Est » a soif d’homogénéité. À défaut d’unité historique ou géographique, il crée une unité numérique… au détriment de la jeunesse ?

La chose mérite un minimum de réflexion. Nous voyons tous, autour de nous, des bébés qu’on « occupe » avec des smartphones. Les bébés et jeunes enfants nourris au numérique peuplent désormais les salles de classe. Leurs faibles capacités de concentration et de mémorisation, mais aussi une orthographe plus que défaillante, même chez les meilleurs élèves, laissent perplexes les équipes pédagogiques. Ajoutons à cela les problèmes oculaires et le déficit de sommeil et la conclusion s’impose : les magnifiques possibilités offertes par le numérique doivent être utilisées, comme toute chose, avec modération.

D’ailleurs, dans d’autres régions, la raison l’emporte sur l’emballement. Ainsi, en Auvergne-Rhône-Alpes, on a fait tout le contraire de Rottner : le conseil régional a financé l’achat de manuels scolaires. Pourquoi n’avons-nous pas suivi cette voie ? Pourquoi ne pas financer des manuels sur l’histoire de l’Alsace, comme cet excellent ouvrage dirigé par le Prof. Vogler, « L’Alsace, une histoire », qui avait ravi des générations de collégiens et lycéens bénéficiant de l’option Langue et Culture régionale ? Une région serait dans son rôle en faisant cela ; une région reposant sur des bases réelles, entendons-nous bien. Et, plus utile encore, pourquoi ne pas donner plus de moyens pour le bilinguisme, ou pour soutenir l’immersion en alsacien autrement que par des déclarations d’intention ? De l’interaction, de la culture, de l’humain, voilà les principes qui devraient guider une politique éducative qu’Unser Land s’honorerait de soutenir. Un projet en contradiction avec tout ce que représente le « Grand Est ».

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