DNA 7/06/2016

La similitude entre le drapeau de Monaco et le rot un wiss alsacien a suscité une guerre des emblèmes qui prend de l’ampleur. Si bien que le prince Albert est attendu aujourd’hui à Colmar et Ferrette, pour calmer le jeu.

Ce n’est pas encore un incident diplomatique, mais l’agacement monégasque est perceptible. L’affaire a commencé banalement en décembre dernier quand quelques résidents du Rocher venus acheter des rieslings ont photographié leur drapeau officiel – ou celui qu’il croyait être le leur, flottant fièrement à plusieurs fenêtres alsaciennes. En l’occurrence c’était le fameux rot un wiss.

Depuis, ces photos n’en finissent pas d’agiter les réseaux sociaux de la principauté. « Alsacos, Monaco, même drapeau, c’est du pipeau », commente ainsi un rimailleur survolté.

Les fans de football donnent de la voix. « Le 13 mars, lors du minuscule match Bastia-Racing, quand les caméras de France 3 ont fait un gros plan sur le drapeau rouge et blanc des supporters alsaciens, j’ai sauté au plafond, ça fait du tort à l’AS Monaco. Stop à la confusion », a explosé un supporter monégasque cité par nos confrères de Nice-Matin.

Une discrète association de nationalistes monégasques, que leurs adversaires surnomment perfidement les Durs du Roc, a pris la mouche. « Au début, quand les manifestations alsaciennes hostiles au mariage avec Champagne-Ardenne étaient modestes, nous n’avons pas bronché. Mais maintenant qu’on voit ce drapeau partout dans les journaux, il est temps de réagir. Que diriez-vous si des militants d’Espagne ou d’Allemagne s’emparaient du drapeau bleu-blanc-rouge de la France » ? Ainsi M. Amédée Molitor, premier secrétaire du Front monégasque, résume-t-il les griefs qu’il adresse au rot un wiss.

« S’emparer », le terme fait bondir l’historienne Andrée Dillenseger, proche d’Unser Land. « Nous n’avons pas volé le rot und wiss, nous ne l’avons pas copié, il existe depuis longtemps ! Ce n’est pas parce qu’il a été interdit par le gouvernement français entre les deux guerres mondiales que nous devrions y renoncer aujourd’hui sur injonction monégasque. »

Mais en termes d’ancienneté, le drapeau de la principauté n’est pas en reste : les deux couleurs sont associées à la famille Grimaldi depuis le XIVe siècle. « L’utilisation du rouge et blanc a fait l’objet d’une ordonnance du 4 avril 1881, confirmée par l’article 7 de la Constitution de Monaco de 1962 », précise le juriste Christian Mestre, professeur à l’université de Strasbourg, qui connaît le droit public sur le bout des doigts.

Le dernier geste public de Charles Buttner

Ces précisions ne vident malheureusement pas le litige. La grogne monte entre Monaco et l’Alsace si bien que l’affaire est remontée jusqu’au prince Albert, lequel ne veut surtout pas agiter le chiffon rouge. Hier M. Innocento Rossi, porte-parole du Département monégasque des relations extérieures, a fait la déclaration suivante : « En sa qualité de comte de Ferrette, Son Altesse écarte tout contentieux diplomatique avec les Alsaciens qui ont une place spéciale dans Son cœur. C’est pourquoi, dans le cadre d’une démarche de décrispation, Son Altesse se rendra ce mercredi matin à 10h au conseil général du Haut-Rhin en compagnie de la princesse Charlène ».

Le prince sera reçu par Charles Buttner, président sortant, qui fera ainsi son dernier geste public avant l’élection de son successeur. Durant l’entrevue, la princesse Charlène plantera symboliquement dans les jardins du département deux variétés de roses, la Polar Star (blanche) et la Papa Meilland (rouge) en vue d’un parterre bicolore qui devrait mettre tout le monde d’accord, à Monaco comme en Alsace. À 10h30, le prince hissera « en signe d’amitié » le drapeau monégasque tandis que Charles Buttner hissera le rot un wiss , « des drapeaux jumeaux, mais chacun conservant sa personnalité, à l’image des jumeaux auxquels la princesse Charlène a donné naissance », a encore précisé M. Innocento Rossi.

À midi à Ferrette dans la salle des baillis

Après la cérémonie à Colmar, le couple princier ira plus au sud, dans « son » comté de Ferrette (*), pour visiter une maison du XVIIe siècle en vente rue du Château, qui pourrait être transformée en musée.

Cette maison abrite la salle des baillis où la justice seigneuriale était rendue avant 1789. Jean-Jacques Kielwasser, président de l’association Trésors de Ferrette, a lancé un appel au mécénat. La venue (prévue à midi) du prince Albert et de la princesse Charlène donnera prestige et visibilité à ce projet. Et sera peut-être l’occasion d’un don princier.

(*) Le titre de comte de Ferrette a été donné en 1659 par Louis XIV à son ministre Mazarin. Il passa ensuite à Hortense Mancini, nièce de Mazarin. En 1777, une descendante d’Hortense, Louise d’Aumont, épousa Honoré IV (1758-1819), prince de Monaco, lequel hérita ainsi du titre de comte de Ferrette.

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