Monsieur le Président

C’est avec un grand intérêt que nous observons les débats au sujet d’une « Marque Alsace ». Il nous semble en effet opportun de renforcer la visibilité de notre région, notamment sur le plan économique.

Néanmoins, les difficultés soulevées au sujet de l’image de l’Alsace dans le monde nous semblent en premier lieu liée à la perception même que les Alsaciens ont de leur propre identité : brouillée, folklorisée, refoulée. Vous n’êtes pas sans ignorer que ces difficultés identitaires ont été entretenues par des décennies de culpabilisation et de monolinguisme à marche forcée.

Quand nos voisins du Baden-Württemberg communiquaient sur l’adéquation entre particularisme et dynamisme économique avec leur célèbre slogan « Wir können alles ausser Hochdeutsch », l’Alsace vouait aux gémonies les éléments de son identité. Les conséquences de ce suicide culturel sont désormais d’ordre économique et nos concitoyens payent tous les jours le prix de l’idéologie jacobine française.

Il nous semble qu’en parlant de « marque Alsace », nous retombions dans les mêmes travers, celui d’une communication certes adéquate pour la région Centre ou la Picardie, mais en aucun cas pour l’Alsace, dont les atouts économiques résident essentiellement dans sa proximité géographique et culturelle avec l’espace germanophone.

Nous ne vous ferons pas l’injure de vous rappeler l’importance des investissements des entreprises germanophones en Alsace, ni l’importance des échanges avec les régions d’outre-Rhin. A l’heure où même les entreprises allemandes font de la publicité en langue allemande à la télévision française, ce serait une erreur stratégique grave que la « marque Alsace » puisse nier à ce point l’identité culturelle et géographique de l’Alsace, qui est son principal atout économique.

Aussi, il nous paraît bien plus porteur de parler de « marque Elsass ». L’Alsace montrerait ainsi qu’elle est prête à assumer ses atouts et son identité, au lieu de les renier.

En matière économique, la fortune sourit aux audacieux. Nous espérons que vous aurez l’audace nécessaire pour rendre à l’Alsace sa prospérité économique et sa légitime fierté.

Jean-Georges Trouillet, Président
David Heckel Conseiller général du Bas-Rhin

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