Schiltigheim, le 19 juin 2019.

Madame la Présidente,

« Nous ne voulons pas laisser cette question aux extrémistes, qui ont voulu s’emparer du sujet et ont été présents dans tous les cantons lors des dernières élections départementales. » Ce propos relatif à la question de la défense de l’Alsace dans l’interview que vous avez accordée à la Tribune, publiée le 12 juin dernier, nous interpelle – et nous amuse.

La dénomination « extrémistes » s’applique vraisemblablement aux candidats présentés par Unser Land lors des élections départementales de 2015, puisque, en effet, à cette date notre parti était le seul à porter les couleurs de l’Alsace et à rejeter sans ambiguïté la réforme territoriale et la disparition institutionnelle de l’Alsace. À la fin de la même année, Unser Land participait aux élections régionales en constituant une liste dont l’objectif clairement affiché était la défusion de la superstructure (qui allait devenir le Grand Est) et le retour à une région Alsace de plein droit. Vous-même souteniez alors la liste menée par Philippe Richert, qui dès son élection à la présidence de la mégarégion, s’est employé à tenter de rendre irréversible l’annexion de l’Alsace et à en faire oublier le nom, puis l’histoire propre. 

Néanmoins nous vous savons gré d’avoir, « dès octobre 2017 », à votre tour « voulu [vous] emparer du sujet » et user de l’autorité que vous accorde votre fonction pour le porter jusqu’à Paris. Nous vous reconnaissons le mérite d’avoir entendu le « malaise alsacien », sans doute à travers les résultats d’Unser Land aux élections territoriales de 2015, mais également à travers le sondage réalisé pour Unser Land en avril 2017, confirmé par ceux qui ont suivi, et de l’avoir relayé.

Dans l’ordre, les prétendus extrémistes vous ont devancée et vous courez derrière. 

Cependant, si être extrémiste c’est se montrer inflexible dans son ambition pour l’Alsace et son exigence de démocratie, nous revendiquons le qualificatif. Nous ne nous satisfaisons pas du semblant de considération et de quelques concessions somme toute très symboliques accordés par le gouvernement central à une « Collectivité européenne d’Alsace » claquemurée dans le Grand Est. Car, si l’on se réfère à la réalité des régions européennes hors de France, qui toutes bénéficient d’un minimum d’autonomie et de liberté de la part de leur État, le combat d’Unser Land pour un fonctionnement plus démocratique et une gouvernance décentralisée est simplement progressiste et de bon sens.

Votre famille politique est aux manœuvres en Alsace depuis sept décennies. Pour quels résultats ? Face à l’impasse dans laquelle a été conduite l’Alsace, il n’est ni absurde ni extrémiste — il devient même urgent — d’envisager une alternative. C’est précisément un projet nouveau, fédéraliste et fondé sur la proximité et le principe de subsidiarité, dans l’esprit de la Charte européenne de l’autonomie locale et régionale, qu’incarne Unser Land. 

Par ailleurs, l’audience que nous accordent les électeurs alsaciens devrait vous conduire à évoluer dans votre conception de la représentation politique. Or, concernant les modalités électorales pour la future Collectivité européenne d’Alsace, vous préconisez le maintien du suffrage majoritaire par cantons, sans envisager une part de proportionnalité qui permettrait un début de pluralisme dans les débats, et romprait avec la prédominance et le conservatisme d’un quasi parti unique. Au demeurant, les résultats des récentes élections européennes et les turbulences qui agitent le paysage politique inclinent à douter de la persistance de cet hégémonisme, caractéristique de l’ancien monde alsacien.

Nous regrettons que vous orientiez vers un rapport de concurrence une relation que nous souhaitions positive et constructive pour notre cause commune : l’Alsace.

Nous restons cependant avec l’espoir que vous surmonterez vos préventions et saurez envisager une alliance transpartisane large, à laquelle nous serions éventuellement prêts pour conserver toutes ses chances à une sortie du Grand Est et à l’obtention d’un statut particulier pour notre région.

Recevez, Madame la Présidente, l’expression de nos salutations alsaciennes,
in elsässischer Verbundenheit,

Andrée Munchenbach, secrétaire fédérale d’Unser Land.

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