DNA 26/04/2016

Le déploiement impressionnant des forces de l’ordre (un peu moins de 250 personnes) et le subterfuge de la délégation présidentielle dont les voitures sont passées par la porte arrière de l’aéroport ont réduit la manifestation d’Unser Land à un exercice de figuration.

Au pied de la statue de la Liberté qui marque la principale entrée dans Colmar, environ 200 membres et sympathisants d’Unser Land avaient pris place dès 9 h du matin. Le président de la République devait passer à proximité immédiate vers 11 h, en empruntant l’avenue de la Foire-aux-Vins à la sortie de l’aéroport. En attendant, Jean-Georges Trouillet, porte-parole du mouvement qui se revendique troisième parti politique d’Alsace, armé d’un mégaphone, donnait de la voix, histoire d’assurer l’ambiance au sein de la troupe. Les manifestants brandissaient de nombreux drapeaux Rot un Wiss (rouge et blanc), les couleurs emblématiques d’Unser Land, et des banderoles sur lesquelles ils invitaient le président Hollande à démissionner. Les mêmes termes ou presque étaient repris en chœur à intervalle régulier avec des variantes : Hollande Rüss (en alsacien) ou encore « Nous sommes chez nous ».

À force de patienter, l’heure H pointait. Vers 10 h 45 cependant, on apprenait que l’avion présidentiel atterrirait avec une demi-heure de retard. Vers 11 h 20, on a vu le Falcon opérer une grande boucle dans le ciel. Le passage du président s’annonçait imminent. Les manifestants sont alors descendus sur la chaussée pour se faire voir et entendre. Juste avant l’arrivée de deux pelotons de CRS, à petite foulée, qui ont repoussé sans forcer tout ce monde sur la pelouse au pied de la statue de Bartholdi. Puis les militaires sont restés là, pour éviter que certains individus ne débordent et se lancent vers la petite route à moins d’une centaine de mètres de là.

Manœuvre de diversion ou non, en tout cas aucune voiture n’a emprunté l’axe prévu. À 11 h 30, le président de la République était déjà arrivé au parc-expo et les régionalistes étaient évidemment déçus. Ils ont plié bagages et pour terminer leur démonstration, ils ont entamé en voiture une sorte de cortège de protestation en se rendant à petite allure au rond-point des Diables Rouges en empruntant les voies de la zone commerciale et industrielle.

« Gauche et droite, c’est la même caste »

Jean-Georges Trouillet, qui a déploré que le premier de Français ne puisse pas sortir par la grande porte, avait néanmoins mis à profit le temps d’attente pour réaffirmer la position du mouvement qu’il représente : « Personne ne veut revenir sur la réforme territoriale, ni à gauche, ni à droite. C’est la même caste. Nous sommes le seul parti qui propose une alternative au système parisianiste ». Il a aussi affirmé que dorénavant, à chaque passage du président ou d’un membre du gouvernement dont les responsabilités ont un rapport avec la région, Unser Land manifesterait au même endroit « qu’on soit dix, cent ou mille ». « Nous ne pouvons pas admettre que l’on considère, comme l’a dit Hollande, que “l’Alsace n’existe plus” ou comme l’a dit Valls qu’“il n’y a pas de peuple alsacien” ».

Parmi les personnes qui ont manifesté hier, on relevait une majorité de Haut-rhinois mais aussi des Bas-Rhinois, dont certains venus de fort loin, ainsi qu’une quarantaine membre du ‘‘Parti des Mosellans’’ qui avaient fait le chemin depuis Metz en bus.

À peine l’avion du président avait-il décollé pour gagner la capitale que des trombes d’eau sont tombées sur Colmar. Était-il là, le changement ?

 
 
Jean-Luc Will

26/06/2016 à 05:00

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