Réforme territoriale précipitée dans un déni de démocratie digne de certains régimes totalitaires,réforme du collège précipitée contre l’avis d’anciens ministres, de philosophes et de plus de 70% des enseignants, déficits et chômage aggravés ; autant d’indicateurs de la méforme avérée de l’Etat qui lui aurait besoin d’être réformé, et en profondeur.

Alors que le Premier ministre pioche dans l’escarcelle du contribuable la bagatelle de 16.000 euros pour  un  aller-retour  Paris-Berlin  footeux  en  famille  en  Falcon  élyséen,  le  nouveau  président  du Conseil Départemental du Haut-Rhin doit gérer la pénurie, tout en voyant la masse salariale des 34élus des 17 cantons, redessinés à la hâte, augmenter (+3) par rapport au défunt Conseil Général qui comptait 31 élus pour 31 cantons.

René Dosière, député de l’Aisne, spécialiste des dépenses publiques et apparenté PS, critique la loi NOTRe et estime que la fusion des régions seule ne va pas permettre de réaliser des économies. Les300 ou 400 millions  d’économies  estimées par  le  gouvernement  sur  les  2  milliards  de dépenses administratives des régions seraient donc un leurre. Les dépenses additionnées des communes, de l’intercommunalité  et  des  divers  syndicats  représentent,  selon  lui,  en  fonctionnement  et investissements, plus de 150 milliards. Si la réforme territoriale avait été abordée par l’autre bout,c’est-à-dire par le système communal, on aurait vraiment réduit le « mille-feuilles administratif » si coûteux. En effet, la fusion de communes et de communautés de communes, permettrait de réaliser à terme, selon René Dosière, 20 milliards d’économies.

Dans  l’appel  des  six  pour  un  «  collège  de  l’exigence  »*,  trois  anciens  ministres  de  l’éducation nationale, François Bayrou, Luc Ferry, Jean-Pierre Chevènement, et trois philosophes, Pascal Bruckner, Jacques Juilliard, Michel Onfray, auxquels il convient d’ajouter Alain Finkielkraut qui, dans un article de  Die  Zeit  daté  du  21  mai  2015  intitulé,  Welche  Unverschämtheit ,  « Quelle  impertinence », critiquent  avec  la  même véhémence  la  nouvelle  réforme du  collège.  Tous  constatent  l’échec  du collège unique qui au lieu d’augmenter les chances de réussite des enfants de familles modestes, a creusé et creusera encore davantage les inégalités. Au lieu d’avoir une école qui assure, selon la maxime de Paul Langevin, «  la promotion de tous et la sélection  des  meilleurs »,  le  système  éducatif  français,  confondant  égalitarisme  et  égalité  des chances, excelle dans la publication de circulaires, par BO interposés, qui se singularisent par l’emploi d’une terminologie  absconse pour  les  vendre au chaland enseignant,  soucieux  de nager  dans  le courant de son inspecteur pédagogique régional, qui lui rêve de devenir inspecteur général, voire recteur ou plus si affinités politiques électives. Certains enseignants peuvent de ce fait se montrer encore plus obséquieux et opportunistes que leur hiérarchie, et appliquent avec zèle les « toujours nouvelles » instructions pédagogiques, sensées révolutionner le métier d’enseignant et qui, en fait,conduisent, avec une constance stupéfiante, à un nivellement par le bas, et ce avec la bénédiction  de quelques organisations peu représentatives, subventionnées par l’Etat.

Ce « pédagogisme » incarné par une cohorte de bien-pensants, bien placés au ministère, n’hésite pas à  lancer  des  concepts  révolutionnaires  comme  la  « pédagogie  inversée »,  où  l’élève  est  censé apporter sa contribution active à l’élaboration d’un cours. Il n’hésite pas à ranger dans le placard des vieilleries des notions comme la transmission de connaissances et de savoirs, l’importance de repères chronologiques pour mieux appréhender l’histoire et le monde contemporain. Il saborde sans états d’âme l’enseignement des langues vivantes, régionales et anciennes, y compris celle du français au profit d’une pédagogie par projets dits transversaux ou interdisciplinaires qui représenteront 20 % de l’horaire du « collégien nouveau » et ce dès la rentrée 2015-16 !

Depuis la réforme Haby en 1975 qui institua le collège unique, l’école et l’université ont fait l’objet de réformes multiples et variées où le maître mot fut « expérimentation ». Ces expérimentations se sont succédées  à  un  rythme effréné  sous  des  gouvernements  de gauche  comme de droite.  Ce  qui  fut nettement moins connu, ce sont les bilans de ces expérimentations.

Alain Finkielkraut, membre de l’Académie française, démystifie l’empressement des pouvoirs publics à digitaliser les écoles, sous prétexte qu’aux Etats-Unis, on a remplacé dans certains Etats les cours de langues  par  des  cours  d’informatique,  essentiels,  selon  les  décideurs,  à  la  survie  de  l’individu moderne  dans  un  monde  globalisé.  Il  rappelle  que  l’école  n’a  pas  à  se  soumettre  au  diktat  du capitalisme et du néo-libéralisme et signale au passage que les patrons de « Apple », « Yahoo » et« Amazon » envoient leurs enfants dans des écoles complètement déconnectées d’Internet. Le modeste membre de l’Académie d’Alsace que je suis rejoint l’Académicien prestigieux dans son analyse qui consiste à rappeler que la fonction essentielle de l’école est  de former des individus autonomes, dotés d’une solide culture générale, capables de penser par eux-mêmes et doués d’esprit critique. Les dernières orientations du pouvoir en place, au nom des impératifs de la mondialisation et /ou d’économies budgétaires urgentissimes, privilégient clairement l’anglais au détriment de l’allemand sous le prétexte fallacieux que l’allemand serait une langue élitiste. La suppression des classes bi-langues (néologisme de l’Administration centrale qui entretient la confusion avec bilingue), et des sections européennes qui ont fait la preuve de leur efficacité, portera un coup fatal à l’allemand.

Hasard du calendrier ? Le sociologue Vincent Goulet (DNA, 22.5.2015) après six mois d’études sur le travail frontalier dans le sud de l’Alsace, en appelle à « décrisper » l’enseignement de l’allemand, en proposant davantage d’enseignement immersif, c’est-à-dire des cours non pas d’allemand, mais en allemand.  Or,  enseigner  en  langue  allemande  des  matières  appelées  DNL  (disciplines  non linguistiques) se fait précisément en section européenne et en AbiBac. La suppression des sections européennes menacera à très court terme l’existence du cursus AbiBac, qui délivre le double diplôme Abitur  et  Baccalauréat.  En effet,  si  les  classes  bilingues  fournissent  l’essentiel  du contingent  des AbiBac, les sections européennes en représentent environ 30%. Et ceci est valable pour l’Académie de Strasbourg. Qu’en sera-t-il dans les autres académies, où les classes bilingues « Französisch-Deutsch »sont « ein Fremdwort » ?

L’impression que ce pays marche sur la tête ne date pas d’hier. Le constat, à partir des faits évoqués dans cet article, que le pouvoir en place est impénitent ne me désole pas, non ! Il me révolte ! Je fais partie dorénavant des indignés qui ont mal pour ce pays à la dérive et mal surtout pour cette région Alsace, engloutie par la volonté d’une caste aux desseins obscurs dans une informe « ACAL »,alors  qu’il  est  urgent  de  développer  en  Alsace,  au  même titre  que  l’anglais,  l’enseignement  de l’allemand et de l’alsacien depuis l’école jusqu’à l’université. Et ceci pour des raisons économiques,philosophiques et culturelles.

Au lieu de cela, le pouvoir feint d’ignorer que les langues régionales et étrangères sont des ponts vers d’autres cultures, qu’elles sont des garants de paix entre des peuples capables de se parler et de se comprendre.

Au lieu de cela, le pouvoir impénitent « désintellectualise » et désacralise le métier de professeur,nivelle toujours davantage le système éducatif par le bas et instaure ipso facto une école à deux vitesses,  fusionne des  régions contre leur  gré,  maltraite la  démocratie,  campe sur  ses  privilèges,étourdi par les ors des palais de la République qui jadis abritaient des monarques ou des despotes qui mirent l’Europe à feu et à sang.

Edgar Zeidler
Auteur, poète, chroniqueur
Professeur agrégé d’allemand, Docteur en linguistique
Membre de l’Académie d’Alsace
Président de l’A.G.A.T.E (Académie pour une Graphie Alsacienne Transfrontalière)
Chevalier des Palmes Académiques
Bretzel d’’Or

* www.pouruncollègedelexigence.fr

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