C’est sans doute une première depuis 1945 : le maire de Dannemarie Paul Mumbach a participé hier après-midi, avec les militants d’Unser Land, à un dépôt de gerbe sur la tombe d’Eugène Ricklin, figure de l’autonomisme alsacien des années 1900-1930. Le geste de Paul Mumbach risque d’être très commenté, tant évoquer la mémoire de son prédécesseur reste délicat. Et visiblement, le maire de Dannemarie avait beaucoup réfléchi avant de déclarer hier devant la tombe d’Eugène Ricklin : « L’an passé lors de cette cérémonie, j’ai eu un coup de fil des renseignements généraux. J’en ai été troublé. J’ai surveillé de loin. Il ne s’est rien passé. Depuis, je me suis documenté. Autant le dire et je le dis très clairement, dans tous les récits historiques de la vie de Ricklin, je n’ai rien trouvé qui ait quelque chose à voir avec les idées et les actions des abjectes nazis ».

« L’image que j’ai de Ricklin est celle d’un Alsacien pur et dur, parfois trop peut-être, mais avant tout un passionné d’Alsace. Cela fait-il de lui un coupable ? Défendre sa région, sa culture régionale, le droit local, est-ce coupable ? Ouvrir et promouvoir des classes bilingues est-ce coupable ? Je ne suis pas historien, mais des écrits des uns et des autres, je retiens l’homme élu démocratiquement, attaché à sa région natale », ajoutera encore le maire de Dannemarie face à une trentaine de militants du parti autonomiste Unser Land (apparenté à gauche, proche d’Europe Ecologie).

Le centenaire de la Constitution de 1911

Des militants eux-mêmes surpris par ce discours. « C’est la première fois que deux personnalités politiques participent à notre rassemblement », commenta d’ailleurs Daniel Willmé, vice-président d’Unser Land. En effet, la conseillère général (écologiste-Modem) de Schiltigheim, Andrée Munchenbach, se trouvait aussi au cimetière. Elle aussi a souhaité la réhabilitation d’Eugène Ricklin. « Les années nazies ont compliqué l’histoire alsacienne. Mais nous ne devons pas oublier ce grand humaniste que fut Eugène Ricklin ». Appelant à la formation d’une seule région et à la généralisation du bilinguisme, l’élue bas-rhinoise espère que 2011 marquera une « reconquête, par les Alsaciens, de leur histoire ».

2011 coïncidera avec le centième anniversaire de la suppression du paragraphe de la dictature plaçant l’Alsace-Moselle sous l’autorité de l’Empereur et l’octroi par le Reich du statut d’état doté d’un parlement élu au suffrage universel, dont le premier et unique président fut précisément Eugène Ricklin.

Né en 1862 à Dannemarie, maire en 1892, député au Reichstag en 1903, ce centriste catholique tenta, dans le flou de novembre 1918, de faire de l’Alsace un état autonome. Accusé de germanophilie par les autorités françaises en 1919, il est expulsé en Allemagne. Il revient aux affaires en 1925 quand le cartel des gauches d’Edouard Herriot remet en question le particularisme linguistique et religieux de l’Alsace. Fondateur de journaux autonomistes, il est emprisonné en 1928 pour complot contre la sécurité de l’Etat mais se porte candidat à la députation pour le compte de l’Union populaire républicaine. Il est élu et sa peine amnistiée lors de la grâce du 14 juillet. Il termine sa carrière comme maire et conseiller général de Dannemarie où il meurt, sans enfant, le 4 septembre 1935.

« Laissons les historiens faire leur travail », a souhaité hier Paul Mumbach.

Julien Steinhauser

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