Der Volksfreund / L’ami du Peuple (09.07.2010)

Les 17 et 18 juin, une délégation alsacienne conduite par la Conseillère générale de Schiltigheim Andrée Munchenbach fut reçue à Bozen pour une visite d’information par les plus hautes instances politiques et administratives de fa « Province autonome du Südtirol ».
Cette rencontre a pour origine un essai de Bernard Wittmann consacré au Südtirol, « Südtirol – Alsace/Elsass, Histoires croisées », qui lui avait valu une invitation, de la part du Landeshauptmann du Südtirol Luis Durnwalder, à visiter les principales institutions administratives, scolaires, et culturelles de cette province italienne autonome, germanophone à 70%, par ailleurs respectueuse d’une minorité ladine de moins de 5 % de la population.
Précisons d’emblée que le Südtirol est devenu en quatre décennies une «région italienne modèle», autonome et bilingue, sur laquelle nos élus pourraient prendre exemple. Forte de son statut d’autonomie, arraché de haute lutte par les habitants et leurs élus à Rome, en 1972, cette province de la taille de l’Alsace (7.400 km2 contre 8.294 km2 pour l’Alsace), mais moins peuplée puisqu’elle ne compte que 500.000 habitants, s’est depuis appuyée sur sa double culture pour se hisser au plus haut niveau économique et assurer son rayonnement européen. Ce bel exemple de réussite, notamment dans la gestion du fait minoritaire, a fait germer l’idée d’ouvrir cette invitation à des élus et des militants du bilinguisme alsacien.
La Conseillère générale Andrée Munchenbach ayant accepté de conduire la délégation alsacienne forte d’une dizaine de membres – dont le maire de Roeschwoog Michel Lorentz, l’universitaire Stefan Koch, et l’historien Bernard Wittmann – c’est en lien avec l’Eurodéputé sud-tyrolien Herbert Dorfmann qu’un programme de visite sur 2 jours fut établi pour le mois de juin. Soulignons que le Südtirol et l’Alsace ont une parenté linguistique et historique. En effet, l’Alsace habsbourgeoise, du Sundgau aux villages de la Landvogtei de Haguenau, a trois siècles d’histoire commune avec le Tyrol, de 1363 à 1648 ; à partir de 1415 Ensisheim devint même la capitale de l’Autriche antérieure, en lien avec Innsbrück. Aussi, l’idée de réactiver ces liens à travers des projets de jumelages et des partenariats, commerciaux, industriels, touristiques… fit-elle son chemin des deux côtés.
Développer des partenariats
C’est donc avec un intérêt tout particulier que, le 17 juin, la délégation alsacienne commença par la visite du Landtag à Bozen où elle fut reçue par un membre du Landtagspräsidium, la Präsidialsekretärin Maria Kuenzer. Après avoir salué la délégation, elle expliqua le fonctionnement de cette institution – que l’Alsace perdit en 1918  – ainsi que son rôle et ses prérogatives régulièrement renforcées. Au Landtag siègent 35 députés dont 18 du SVP (Südtiroler Volkspartei). Vers 11h00, après une collation dans la salle de réception du Landtag, toute la délégation fut accueillie chaleureusement par le chef de l’exécutif et président de la Province (depuis 1989), Luis Durnwalder.
Pendant près d’une heure, après avoir évoqué les dures luttes du passé qui aboutirent à l’autonomie qui amena l’apaisement, le président expliqua, dans une ambiance détendue autour d’un verre de Gewürtztraminer, les principales options politiques, culturelles et économiques de l’exécutif sudtyrolien. L’après-midi fut consacrée à une rencontre avec le Dr Werner Stuflesser, président de l’EURAC-Europäische Akademie qui regroupe plusieurs instituts, tel le Minderheiteninstitut (Institut pour les minorités) que dirige le Dr Gunther Rautz, où sont étudiés tous les thèmes liés aux problématiques des minorités. L’EURAC emploie actuellement 250 personnes, qui passeront à 500 avec le doublement des bâtiments prévu à partir de 2011.
Le jour suivant fut marqué par la rencontre avec le Dr Peter Höllrigl, responsable de l’administration scolaire pour les écoles allemandes du Land, des programmes, de la formation et des nominations des enseignants germanophones (depuis le Kindergarten jusqu’à l’Université), et plusieurs pédagogues et experts linguistiques dont l’inspectrice des écoles le Dr Ulrike Pircher Wegleiter. Les divers exposés portèrent sur les compétences du Südtirol en matière d’enseignement, notamment d’enseignement des langues, les programmes et le fonctionnement des écoles allemandes qui emploient 5746 instituteurs et où sont scolarisés 45728 élèves. La matinée se termina par une rencontre avec la députée du Landtag Dr Eva Klotz dont le mouvement Süd-Tiroler Freiheit (membre de l’Alliance Libre Européenne) réclame un plébiscite pour le retour du Südtirol au Tyrol autrichien. Cette dernière exhorta les Alsaciens à ne pas abandonner leur langue et ne pas abdiquer leur identité. Au passage, elle nota que «le degré d’acculturation atteint par les Alsaciens offre une vision d’effroi pour les Sud-Tyroliens qui les incite, eux, à une vigilance permanente».
Après un repas à Bozen avec l’eurodéputé Herbert Dorfmann, membre du PPE dont le président européen est l’Alsacien Joseph Daul, et Philipp Achammer, le secrétaire général du SVP parti au pouvoir qui compte dans ses rangs 107 maires (sur 116 au Südtirol) -, la délégation termina son séjour par la visite de la ville de Meran et du Schloss Tirol.
Pour Andrée Munchenbach, «ces premiers contacts avec le Südtirol devraient être l’occasion de créer un nouveau réseau: celui des régions à culture minoritaire ( … ) l’Europe est riche d’expériences de gestion réussie du fait minoritaire, des atouts d’une région minoritaire, des doubles cultures ou du bilinguisme» ajouta la Conseillère générale de Schiltigheim, en remettant, au nom du Président du Conseil général du B.-Rhin, M. J.D. Kennel, des alsatiques aux différents hôtes.
À l’évidence, ce voyage dans la province autonome du Südtirol marqua les esprits alsaciens et dopa le moral de la délégation. On se quitta donc avec la promesse de continuer à travailler au rapprochement de ces deux Régions si proches, mais si différentes dans la réussite.
Michel Bertmann

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