Bernard Wittmann, historien, auteur de L’Alsace demain, plaidoyer pour un statut d’autonomie (éditions Y. Embanner), estime que la collectivité unique permettra « une Alsace majeure, plus unie et solidaire ».

« Le référendum du 7 avril 2013 a fait sortir du bois nos jacobins. Avec le pathos qui les caractérise, ils ressortent leurs arguments exhalant la naphtaline et agitent les vieilles peurs : le conseil unique d’Alsace, c’est « l’explosion du territoire » nous disent-ils ! En juin 1924, lors des débats pour l’adoption des lois instaurant notre droit local, leurs arguments étaient identiques : le droit local fera voler en éclats la « République Une-et-Indivisible » prévenaient-ils ! Or, 90 ans après, la France est toujours là (seuls les nazis osèrent supprimer le droit local).

Dans ce débat opposant les « pour », régionalistes/autonomistes, et les « contre », jacobins/souverainistes, s’affrontent des conceptions irréconciliables de l’homme et de l’État :
– Les premiers font confiance en l’homme qu’ils considèrent comme majeur et digne de responsabilisation, tandis que les seconds, méfiants à son égard, préfèrent le placer sous la dépendance d’un centre omniscient et omnipotent
– Les premiers pensent que la diversité est une richesse pour le pays, alors que les seconds, à travers une vision unitaire du peuple français quasi ethniciste, la considèrent comme un mal à combattre car menaçant l’unité
– Les premiers plaident pour un partage contractuel du pouvoir, tandis que les seconds inscrivent leurs dogmes dans une logique totalisante d’uniformisation, d’homogénéisation et de centralisation.

Or cette mentalité jacobine imprégnant les institutions conduit à des blocages. L’architecture territoriale de la France est archaïque, les scléroses structurelles et psychologiques paralysant le pays, engorgé au sommet, et les initiatives.

Les Alsaciens ne sont-ils pas assez matures pour gérer eux-mêmes les affaires qui les concernent en propre, comme, par exemple, l’enseignement de la langue régionale ? N’ont-ils pas plus de compétences que les « Parisiens » pour diriger leur pays ? L’excédent régulier de notre caisse régionale d’assurance-maladie en est une preuve !

Le système centralisé ne laisse aucune marge de manoeuvre

Mais le système centralisé ne leur laisse aucune marge de manoeuvre. Seul un partage démocratique du pouvoir pourra libérer les énergies régionales bridées par le centralisme jacobin qui barre la voie aux formes pluralistes et délibératives de détermination des aspirations et du bien commun.Soumise à un tel régime, bridée et ponctionnée de partout, l’Alsace s’essouffle ; sa situation socio-économique ne cesse de se dégrader. Elle compte aujourd’hui parmi les régions les plus endettées. La croissance de son PIB se situe en dessous de la moyenne nationale tandis que son taux de progression du chômage est parmi les plus élevés du pays. Quant à son traditionnel bilinguisme pourvoyeur d’emplois frontaliers, il se meurt, victime d’une épuration linguistique destinée à imposer partout le français unique !

L’Alsace doit s’affranchir des logiques de soumission du système centralisé qui la condamnent à la léthargie et à la mendicité. Avec une France en déclin, incapable de se réformer pour se redresser, elle ne pourra compter à l’avenir que sur ses propres capacités à se prendre en main. Or une Alsace unifiée, organisée plus rationnellement, disposant d’une plus grande capacité de prise de responsabilité et d’une Assemblée dotée d’une capacité réglementaire, connaîtra une destinée assurément plus dynamique qu’une Région sans pouvoirs d’un pays centralisé en régression !

Le référendum du 7 avril est une occasion historique offerte aux Alsaciens pour accéder à la responsabilisation. En votant oui, ils auront la possibilité de devenir les acteurs de leur avenir et de mettre sur les rails une Alsace majeure, unie et plus solidaire avec, peut-être, au bout un « Parlement d’Alsace ».

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