Ils refusent de se résigner à la fusion de l’Alsace dans la grande région. Pour « redonner la parole au peuple alsacien », « lâché » par les élus des partis jacobins pilotés par Paris, Christiane Maitre et Jean-Philippe Ziegler défendront à la fin du mois les propositions du parti autonomiste Unser Land aux élections départementales dans le canton de Wissembourg.

De gauche à droite : Jean-Philippe Ziegler, Christiane Maitre (titulaires), Christine Philipps et Bruno Jacky (remplaçants). Document remis

De gauche à droite : Jean-Philippe Ziegler, Christiane Maitre (titulaires), Christine Philipps et Bruno Jacky (remplaçants). Document remis

Les deux femmes sont de Betschdorf et les deux hommes de Cleebourg — « mais on ne l’a pas fait exprès », sourient-ils. Christiane Maitre, Jean-Philippe Ziegler, Christine Philipps et Bruno Jacky ont tous participé l’automne dernier aux manifestations contre la création de la grande région Alsace – Lorraine – Champagne-Ardenne. Et lorsqu’il s’est agi de prolonger cette mobilisation par des candidatures aux élections départementales, le lien entre les titulaires Jean-Philippe Ziegler et Christiane Maitre, tous deux membres d’Unser Land (lui, « vieux militant en faveur du bilinguisme », depuis l’origine, elle depuis plus récemment) s’est fait par l’entremise d’Andrée Munchenbach, la présidente du jeune parti régionaliste. Et les deux remplaçants nécessaires, pour leur part sympathisants, ont rapidement été trouvés, début février.

Ni extrémistes ni indépendantistes, plutôt centristes « comme tout bon Alsacien »

« Nous avons tous la même passion pour l’Alsace, résument Christiane Maitre et Jean-Philippe Ziegler. Pendant les manifestations contre la grande région, à laquelle ont participé des gens de tous horizons et toutes générations, nous avons pu constater que le peuple alsacien existe bel et bien. Et en décembre, sa volonté a été ignorée par l’Assemblée : ça a été la goutte d’eau. » « Après avoir été contre la fusion puis brillé par leur absence dans les rassemblements populaires, les représentants régionaux des grands partis nationaux se sont précipités à Paris pour retourner leur veste et se faire introniser “grands maîtres du Grand Est” », abonde Bruno Jacky. « Nous sommes partagés entre déception et colère face à des élus qui ont fait semblant de défendre l’Alsace pour au final montrer que leur intérêt supérieur, c’est leur portefeuille. Ceux qui étaient censés nous défendre nous ont lâchés », prolonge Jean-Philippe Ziegler.

Contre « un mariage forcé, une nouvelle annexion »

Pour que « l’Alsace et les intérêts des Alsaciens ne passent plus au second plan », « on peut garantir qu’on ne se soumettra pas à des ordres venus de Paris, appuie Christiane Maitre : Unser Land est un parti résolument ancré en Alsace et dirigé par des Alsaciens, qui n’entendent pas se laisser dicter la gestion de leur quotidien par un appareil d’état autiste et antidémocratique. »

Le premier objectif des candidats Unser Land est donc « de tenter par tous les moyens de faire échouer la grande région, ce mariage forcé, cette nouvelle annexion ». « Beaucoup de lois sont votées et jamais appliquées, glisse Jean-Philippe Ziegler. Tant qu’on se bat pour une cause, elle n’est pas perdue. » « En Alsace, on est bien disciplinés, mais au final souvent trop gentils. Jetzt langt’s, assez de se faire marcher sur les pieds : il ne suffit pas de râler, il faut s’engager et agir !, appuie Christiane Maitre. Nous sommes d’ailleurs le seul parti à faire circuler la pétition “Alsace, retrouve ta voix” lancée par la Fédération démocratique alsacienne : si elle atteint 130 000 signatures, soit 10 % de l’électorat, le conseil régional serait obligé de délibérer sur la tenue d’un éventuel référendum sur le changement des limites territoriales. »

Dans cette « méga-région sans cohérence et sans âme, les Alsaciens seront ultra-minoritaires, pointent les candidats, par ailleurs titulaires du “Label Elsass”. Nos droits spécifiques hérités de l’Histoire (droit local, régime local d’Assurance-maladie, jours fériés, Concordat), et notre identité (le théâtre alsacien par exemple) seront menacés. Alors que des dialectes germaniques sont parlés ici depuis mille cinq cents ans, l’enseignement de notre langue régionale ne sera pas une priorité dans une région majoritairement monolingue, et cette recentralisation nous isolera du bassin rhénan, une des régions parmi les plus prospères au monde. Le bilinguisme est pourtant un atout formidable pour nos enfants, une ouverture vers l’Europe et une force pour l’insertion sur le marché du travail. Il faut le renforcer ! »

L’Alsace, Unser Land la souhaite donc autonome, comme ses voisines européennes. « On prône une vraie décentralisation à l’écoute du local, pas l’indépendantisme », rappelle Jean-Philippe Ziegler, citant l’exemple des Länder allemands, des cantons suisses ou du Südtirol : « Cette région de langue allemande est une province autonome italienne ; Rome encaisse les impôts et en reverse 90 % à la région, qui se gère elle-même — c’est l’idéal. C’est possible partout en Europe : pourquoi pas en France ? » « Si la Champagne-Ardenne en vient à décider de la réfection de nos routes, et que nos impôts paient les leurs, on va où ?, tempête Christiane Maitre. On en a marre que l’Alsace soit la vache à lait : la grande région était censée générer des économies, et aujourd’hui on nous annonce que les taxes locales vont augmenter de 30 % pour compenser le désengagement financier de l’État ! »

« Ça n’a rien à voir avec un prétendu repli identitaire, précise Jean-Philippe Ziegler. La preuve : je suis marié avec une Cambodgienne, Bruno avec une Hongroise, Christiane avec un Champenois et deux de ses fils vivent au Togo et à la Réunion ! Le repli, il vient de l’État, dont la réforme coupe les relations entre l’Alsace et ses voisins germanophones. Aux Bretons et aux Corses, on ne leur reproche pas de défendre leur identité ! On veut redonner leur fierté aux Alsaciens : quand on est conscient de ses racines et de sa culture, on n’a aucun problème avec les autres, aussi différents soient-ils. » « Contrairement à certaines croyances, on n’a rien d’extrémistes !, martèle Bruno Jacky. On est plutôt de sensibilité centriste, comme tous les bons Alsaciens ! »

« Le vrai vote de protestation »

S’ils sont élus, les candidats Unser Land entendent « conforter les prérogatives du Département en matière d’aide sociale, d’éducation et de culture, de transport et d’aménagement du territoire. » « Il faudra faire mieux avec bien moins, en toute transparence pour montrer aux gens comment sont utilisés leurs deniers : on n’est pas des politiques professionnels, on va gérer en parents. » Désireux de « réveiller les Alsaciens », ils sont convaincus que « le Front national n’est pas la solution » : « Ceux qui pensent rester chez eux ou voter blanc feraient mieux de voter pour nous, conseillent Christiane Maitre et Bruno Jacky. Ils enlèveront une voix aux partis jacobins, et seront entendus : le vrai vote de protestation, c’est Unser Land. »

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