DEPECHE

Publié le 1/12/14 13:43 par Christian Rogel
[Colmar] —Dimanche 30 novembre, une des plus grosses manifestations régionalistes qui aient eu lieu en Alsace depuis longtemps a rassemblé 3 à 4 000 personnes dans le centre ville de Colmar. C’est le renouveau de l’autonomisme en Alsace, avec la complicité involontaire du gouvernement.Quelle mouche a donc piqué le Ministère de l’Intérieur quand il a souhaité « mettre les organisateurs devant leurs responsabilités » s’agissant d’une manifestation contre la fusion forcée de l’Alsace avec la Lorraine et la Champagne-Ardennes ? Plusieurs services de police avaient, soi-disant, eu vent du fait que des « casseurs » voulaient l’infiltrer (voir ABP 35833).

Le Collectif «Les Alsaciens réunis » s’est laissé impressionner par cette curieuse communication que le préfet accompagnait d’une profession, un peu saugrenue, de ne pas vouloir attenter à la liberté de manifester. La manifestation officielle était donc annulée, mais le résultat de cette brillante manoeuvre a été que, non seulement, Unser Land-Le Parti alsacien a pu la maintenir « hors de tout cadre légal », selon l’aveu même de la Préfecture du Haut-Rhin, et, elle a rassemblé plus que celle de Strasbourg, le dimanche précédent.

Dimanche 30, à 15 heures, la place de la gare de Colmar était égayée par les couleurs vives des drapeaux alsaciens, celui de la Région Alsace (combinaison de rouge, or et blanc des blasons des départements) et le drapeau « Rot un’ Wis » (Rouge et Blanc), créé en 1872 et qui déploie des couleurs traditionnelles dans le monde germano-austro-suisse (voir ABP 34655). Comme le gwenn ha du, cet emblème prend le dessus de manière évidente, y compris sur les édifices publics, et on voit les deux couleurs déclinées de différentes manières. Personne ne sera surpris d’apprendre qu’au moins trois drapeaux bretons étaient aussi présents, l’un des porteurs étant coiffé d’un bonnet rouge. Un drapeau corse était aussi de sortie. Un défilé s’est ensuite dirigé vers la préfecture devant laquelle ont eu lieu des prises de parole des dirigeants d’Unser Land et d’invités bretons.

Une centaine de motards s’étaient auparavant concentrés à Obernai avant de faire une opération-escargot sur l’autoroute pour se rendre à Colmar où ils ont été accueillis au milieu des fumigènes. Une cinquantaine de cyclotouristes les ont rejoints à l’entrée de la ville, ainsi que de jeunes conducteurs de Vélosolex.

La présidente d’Unser Land-Le Parti alsacien, Andrée Munchenbach, adjointe au maire de Schiltigheim, et connue pour ses convictions écologistes, a appelé à la résistance et à la défense de la Heimat alsacienne, tout en signalant, qu’en France « manifester peut être mortel ». Jean-Georges Trouillet, vice-président du parti, a dénoncé la phrase méprisante de Manuel Valls (« il n’y a pas de peuple alsacien ») et a précisé ( qu’il n’avait) « rien contre les Champenois ou Ardennais », mais, « nous n’acceptons pas une telle remise en cause de notre identité, ou encore de notre langue. Nous n’acceptons surtout pas de ne pas être consultés sur notre avenir… ».

Les deux grandes banderoles portées en tête de défilé étaient révélatrices, car la première, en alsacien, proclamait : « Elsasser sin mir, Elsasser bliewe mir »(Alsaciens, nous sommes, Alsaciens nous restons) et la seconde plus radicale : « L’Alsace avec ou sans la France ». Une pancarte manuscrite énumérait les dates des 5 annexions de l’Alsace depuis 336 ans, de 1678 à… 2014, et proclamait : « Trop subi, trop trahie, notre futur, c’est l’autonomie ».

Pour annoncer la manifestation précédente, Unser Land-Le Parti alsacienavait rappelé, qu’il y a exactement 100 ans, le Maréchal Joffre, entrant dans l’Alsace reconquise, déclarait à Thann : « La France vous apporte, avec les libertés qu’elle a toujours représentées, le respect de vos libertés à vous, des libertés alsaciennes, de vos traditions, de vos convictions, de vos moeurs. » et la commentait ainsi : « cette phrase historique, chaque Alsacien la connaît. Si les mots ont vraiment un sens et que la France n’a qu’une parole, c’est le moment de la tenir » .

Fait remarquable, le président du Conseil général du Haut-Rhin, Charles Büttner, dans la ville siège du département, était venu à la manifestation, ainsi que d’autres élus, dont Christian Chaton, conseiller général, maire de Sainte-Marie-aux-Mines, et le maire écologiste de Kaysersberg, Henri Stoll, sans se soucier, ni de l’ambiance frondeuse, ni de son caractère théoriquement illégal. Charles Büttner a publié, ensuite, un communiqué officiel, disant : « J’étais heureux d’être là au milieu d’hommes et de femmes de toutes générations, notamment ces très nombreux jeunes qui manifestaient dans la bonne humeur et avec conviction. C’était une communion d’hommes et de femmes qui ne peuvent accepter l’humiliation, qui refusent le déni de leur identité et qui ne demandent que le respect de ce qu’ils sont ».

C’est donc un triomphe pour Unser Land-Le Parti alsacien, qui, ayant eu une couverture médiatique locale inespérée, ne peut plus être mis à l’écart par les partis parlementaires de droite et du centre, d’autant qu’il est situé plutôt au centre sur le spectre politique. Il a obtenu en 2011, avec David Haeckel, le siège de conseiller général de Sarre-Union. Membre comme l’Union démocratique bretonne, de la Fédération Régions et peuples solidaires qui réunit des partis autonomistes et régionalistes de France, il va devoir muscler son fonctionnement, et pour faire face à l’afflux d’adhérents et affronter la compétition pour se partager les dépouilles de la (faible) gauche socialiste en Alsace qui a trop suivi les pulsions jacobines de Hollande et de Valls.

Christian Rogel ■
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