HEB’DI  3.12.2015

Stéphanie Karmann, femme active et maman strasbourgeoise d’un enfant de 10 ans, était déjà dans l’engagement politique au sein de l’entreprise. Elle a endossé des responsabilités syndicales pour, dit-elle, « une raison simple : me protéger d’un management agressif ! »

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Elle a ensuite élargi cette implication à la négociation collective au niveau des accords d’entreprise. « Il m’a toujours semblé important de montrer que l’on peut résister », et elle adopte donc cette posture pour dire qu’il faut réagir au lieu de laisser les choses se faire. « Même au sein de mon organisation syndicale, j’ai eu à contrer le ronronnement d’un fonctionnement qui ne se pose plus de questions : pourquoi on est là, pour défendre qui et comment ? » Elle devait forcément finir par faire de la politique, non ?!

« C’est toujours une histoire de rencontre… Ça ne vous prend pas comme ça, un beau jour on se dit : « Allez, je vais faire de la politique ! », non ! Ce sont des choses qui prennent du temps, même sans qu’on s’en rende compte, presque malgré soi, à son corps défendant ! On fait de la politique parce que finalement celle-ci s’impose à vous… Je connaissais personnellement depuis 15 ans Andrée Muchenbach, la présidente d’Unser Land, avec qui je n’avais jamais abordé les questions d’ordre politique. Je connaissais son engagement ainsi que ses mandats électifs, elle connaissait mon engagement syndical. Elle m’a sollicitée lors des dernières élections cantonales pour être présente sur la liste de mon quartier… Avant de m’engager, bien évidemment, je me suis posé des questions à propos du parti, je me suis demandé quelles étaient ses valeurs. Andrée m’a appelée un vendredi après-midi et la clôture des listes était le lundi ! Je devais réfléchir, déterminer si j’étais en adéquation avec Unser Land et si on pouvait porter un projet ensemble. « Non, non, non, m’a dit Andrée, tu n’as absolument pas le temps, c’est MAINTENANT ! » Là, je dois avouer que c’est ma curiosité qui a pris le dessus, que j’ai ressenti l’envie de vivre une campagne électorale ! Je me suis dit que je la connaissais bien, en tant que personne, et que je pouvais avoir confiance en ses valeurs humanistes… Du coup, j’ai fait le chemin inverse : j’ai commencé par intégrer le parti et ensuite je me suis appliquée à comprendre la nature d’Unser Land ! »

Sur la table, s’étale devant nous l’inventaire des nombreuses publications – magazines, essais, documentaires, alsatiques – qu’elle dévore avec avidité : pour savoir, il faut d’abord apprendre !

« J’ai décidé de m’immerger de façon culturelle dans ce que je souhaite défendre. Unser Land est, pour moi, une réaction démocratique qui émane de la citoyenneté. Il s’agit d’un mouvement de citoyens puisque nous ne sommes pas des politiques professionnels, nous sommes issus de la « base » du peuple. Et nous disons simplement NON à quelque chose qu’on nous a imposé. On pourrait appeler cela un sursaut de conscience ! Je ne suis pas Alsacienne, je ne parle pas alsacien, mais je vis et j’aime l’Alsace par conviction ! Et plus j’avance dans ma connaissance du parti, plus je me rends compte qu’il est multicolore et riche de sensibilités venues de divers horizons. Nous refusons de laisser la place aux extrêmes, quels qu’ils soient, même si certains se réjouissent que la moindre ambiguïté puisse exister (!) et vont jusqu’à favoriser les amalgames. »

Quels sont les idéaux de ce mouvement ? Ils peuvent paraître flous ou marginaux aux yeux de certains électeurs, c’est une critique que l’on entend parfois.

« Nous émanons de l’humanisme rhénan qui prévaut sur nos territoires, on est donc contre la dialectique gauche/droite, on recherche une autre voie… mais c’est peut-être justement aujourd’hui notre point faible ! Il nous faut communiquer de façon plus claire, plus tranchée, sur des thématiques qui dépassent ce clivage hiératique du monde politique. Nous sommes un peu encore en train de nous construire, d’élargir nos orientations, et nous avons tous ensemble de nombreux débats passionnants et instructifs. Historiquement, les mouvements autonomistes comme Unser Land, ayant à cœur de défendre la culture des régions en France, ne versent pas pour autant dans le nationalisme. La Corse, la Bretagne, le Pays Basque, etc. ont des institutions représentatives qui reconnaissent leurs spécificités. Ces régions sont tout aussi riches de leurs particularités que l’Alsace peut l’être au sein d’un environnement commun qui est la France… Il est tout à fait légitime et vital que ces particularités soient simplement reconnues, respectées. L’Alsace demeure le seul territoire où cette idée est niée ! Donc, on ne remet pas en cause l’entité française, mais on propose de prendre en compte nos particularités régionales. Pour cela, il faut des instances politiques et surtout exécutives ! »

C’est dans cette ambiance « préapocalyptique » que l’on voit poindre l’avènement de l’ACAL. L’échéance est là, à quelques jours, quelques heures. Dur, dur, pour les électeurs…

« L’électeur d’aujourd’hui est multiple. Il peut vivre à la campagne, travailler en ville, avoir des enfants, être artisan à la retraite ou chômeur de longue durée. Le ressenti ne sera pas le même, ce ne sera pas le même vote, et c’est normal. Nous savons que la plupart des gens qui ont voté pour Unser Land (jusqu’à plus de 5% dans certains cantons-villes !) sont des gens proches de la culture alsacienne : ils sont forcément déçus, si ce n’est choqués, de constater qu’il n’y a pas eu de débat autour de la question de l’identité de nos territoires ! Cette grande réforme des régions a été mise en place à toute vitesse, sans concertation ni véritable étude d’impact économique. Pour moi – et j’espère pouvoir travailler dans ce sens avec mes amis d’Unser Land – le terrain de la course à l’économie n’est pas le véritable enjeu, il nous faut réfléchir autrement puisque, même à quatre, nous sommes des nains sur ce terrain-là ! Car de quoi s’agit-il, avec cette ACAL, si ce n’est de créer artificiellement une masse économique qui permettrait de faire levier face aux autres grandes régions européennes ? C’est de la poudre aux yeux et cela n’a aucun intérêt. Ce serait peine perdue. En revanche, valoriser ce que nous sommes, ça c’est faisable !»

On est un peu dans une logique de recentralisation où petit à petit les régions perdent de leurs pouvoirs ? C’est une réaction typique des périodes de crise.

« Et en situation de crise, c’est comme ça, c’est le repli sur soi ! En ce moment, nous vivons une vraie crise au niveau de la représentativité. La fusion est une contrainte pour bon nombre de citoyens qui se sentent pris au piège. Nous n’avons pas les mêmes besoins, pas les mêmes projets, pas les mêmes budgets que nos voisins ! Sans compter la remise à plat du traitement des informations… Harmoniser tous ces différents systèmes, ça va prendre du temps, générer des erreurs, des cas particuliers, ça sera l’enfer ! Et le coût en sera exorbitant ! Tout cela sans créer la moindre valeur ajoutée. Alors oui, il faut réagir, mais pas dans la tiédeur, pas dans l’attentisme, il faut faire des choix et s’impliquer aujourd’hui pour nos territoires, pour nos enfants, pour l’avenir. Et c’est à nous, Unser Land, de révéler cela aux gens pour qu’ils prennent conscience que ce n’est pas juste une carte qui va changer avec l’ACAL, mais bien leur quotidien ! J’espère que je serai assez forte pour emmener ces valeurs, avec les amis des régions, au cœur de leur vote. »

A.F.

 

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