Prise de parole devant le Palais de Justice de Strasbourg lors du rassemblement de soutien aux 3 militants anti-GCO décrocheurs du portrait du président Macron.

Je viens exprimer le soutien du parti Unser Land à l’égard des 3 militants inquiétés pour avoir décroché un portrait du président de la République française et lui avoir fait prendre l’air et, si possible, la mesure des premiers dégâts causés par le GCO. Cette promenade visait à le mettre face à ses responsabilités et aux contradictions entre les discours officiels en faveur de la mobilisation pour le climat et la réalité des Grands Projets Inutiles et surtout toxiques, dont le GCO.

Ces premiers dégâts sont environnementaux . Ce sont des dégâts majeurs : massacre des forêts de Kolbsheim et de Vendenheim et plaie ouverte dans les terres du Kochersberg. La population commence peut-être à prendre conscience de ce gâchis scandaleux, tellement visible. Mais elle n’imagine pas encore la catastrophe qui suivra l’inauguration de cette portion d’autoroute, tellement avantageuse pour les camions du transit international – et particulièrement pour les plus polluants d’entre eux. Elle n’imagine pas la LKW Lawine qui transformera notre vallée rhénane en couloir de pollution à haut risque.

Je veux aussi exprimer ma colère, face d’abord à une Justice dévoyée, détournée des vrais enjeux. Le système judiciaire français est en difficulté, par manque notamment de moyens budgétaires et insuffisance de magistrats – la justice française est au bas du tableau des classements internationaux – Elle est 24e sur 28 pour le nombre de magistrats (rapport 2016 de la commission de contrôle européenne. Mais là on dégage du temps de travail de nos magistrats pour auditionner et juger les 3 auteurs de ce que le bon sens devrait considérer comme une aimable plaisanterie, sans incidence réelle, malheureusement.

Ma colère tourne à l’inquiétude quand je considère le fond des choses et l’évolution de nos sociétés. Lucile, Michaël et Sylvain sont des lanceurs d’alerte. Leur procès s’inscrit dans la dérive de l’Etat français vers un régime de censure, y compris de l’humour, et de répression de l’expression militante. Toutes proportions gardées, ils sont dans l’oeil du cyclone, comme un Julian Assange, un Edgar Snowden, ou plus près de nous le journaliste alsacien Gaspard Glanz, poursuivis pour avoir… informé. Au lieu de juger les fauteurs de violence ou les criminels de guerre, on s’en prend à ceux qui alertent l’opinion et énoncent des faits. Les responsables et coupables sont tranquilles. Immunité. Nous sommes effectivement dans un contexte de violence et de guerre. Vous l’avez éprouvé dans vos chairs, lors de certaines actions contre le GCO, les Gilets Jaunes le vivent chaque semaine, nous le constatons dans le saccage de notre environnement. Violence contre l’expression pacifique du droit à vivre dans un environnement sain et épanouissant, guerre avec armes de destruction massive contre la nature et la vie. Au pays, in der Heimat, d’Albert Schweitzer, prix Nobel de la paix et porteur de ce principe fondamental du Respect de la Vie, Ehrfurcht vor dem Leben !

Au moins cela nous permet de nous retrouver, cela prolonge le combat et remet à l’ordre du jour la question des responsabilités dans ce grand saccage.

Au lieu du seul portrait du président de la République, certes le responsable en chef du désastre, c’est toute une galerie de portraits qu’il faudrait faire défiler sur les lieux du crime. A commencer par les portraits des ministres, dits de l’environnement et du développement durable, le décevant Nicolas Hulot, son successeur M. de Rugy, suivis par le portrait des serviteurs zélés de la République, le préfet de Région Jean-Luc Marx en tête.

Responsable d’un parti fédéraliste et autonomiste, prônant le transfert du pouvoir décisionnel dans le périmètre local – je ne peux pas parler de région… – j’aimerais considérer que ceux qui nous veulent du mal sont ceux de Paris, parce qu’ils ne connaissent pas le terrain, parce que pour eux ici, l’Alsace, c’est encore un peu une « province à l’instar de l’étranger effectif » comme après la conquête par Louis XIV : pas tout à fait la France et d’ailleurs plus vraiment l’Alsace, puisqu’elle n’existe plus sur la carte des régions.

Le problème, c’est que le coup de grâce a été porté par les décideurs alsaciens eux-mêmes. Vous connaissez leurs noms. Parmi les politiques, champions de la duplicité et du retournement de veste : MM. Herrmann et Ries.

C’est ces gens-là et avec eux les patrons de la multinationale Vinci , de tous les groupes financiers et du BTP à qui profite cette autoroute à péage, qui devraient comparaître devant les tribunaux. Déni de démocratie, violence sur manifestants pacifiques, crime contre l’humanité à venir. L’Histoire les jugera. Mais cela ne nous console pas.

La récente condamnation de l’Etat français pour n’avoir pas pris de mesure pour protéger la santé des riverains du périphérique parisien est peut-être un signe positif. Puisse le Tribunal de Strasbourg se prononcer avec le même discernement.

A l’évidence, il n’y a pas que les portraits qu’il faut décrocher !

Andrée Munchenbach

Strasbourg, parvis du Palais de Justice, le 26 juin 2019

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