2018 était année de commémorations : centenaire de l’armistice et de la « libération » de l’Alsace. 1918 marque certes la fin d’une terrible et absurde boucherie, mais correspond également à la perte de notre autonomie régionale, voire un rendez-vous manqué avec l’indépendance. 1919 a vu les prémices d’un « malaise alsacien » qui perdure toujours aujourd’hui.

Regarder et comprendre le passé nous donne de la force et de l’acuité dans nos analyses de la marche du monde et nous permet de mesurer les néfastes conséquences de la disparition de notre région d’Alsace. Le plus important est cependant de nous tourner vers l’avenir, et le passage à la nouvelle année nous y invite naturellement. Quel centenaire commémorera-t-on en 2119 en Alsace ? Celui d’une résolution fondatrice pour la Collectivité Européenne d’Alsace ? Cela serait peu de chose.

Les centenaires sont des repères chronologiques, mais ils ne veulent pas forcément dire grand-chose. Ce sont les mouvements en profondeur qui font — et défont — les sociétés. En 1919, l’Alsace redevenue française était majoritairement germanophone, et elle le restera encore pendant des décennies. En 2019, elle est majoritairement francophone. Il n’y a pas là de césure précise dans cette évolution, qui est incontestablement un fait majeur dans l’histoire contemporaine de l’Alsace. Un abandon progressif, des renoncements intimes font qu’aujourd’hui l’Elsasserditsch n’est quasiment plus transmis aux jeunes générations.

Les Alsaciens ont semblé se résigner à leur nivellement culturel. Ils se sont soumis au fonctionnement centralisé de la France, se satisfaisant du maintien — provisoire — des particularismes importants que constituent notamment le droit local et le régime local d’assurance maladie. Seule la disparition de l’Alsace dans la techno-structure Grand Est imposée par le pouvoir parisien en 2015 a fait sortir les Alsaciens de leur torpeur. Ils ont alors redécouvert le drapeau historique de l’Alsace. Après avoir flotté au-dessus des manifestations qui se sont succédé contre le diktat de la réforme territoriale, le rot un wiss a flotté en décembre sur les ronds-points : les Alsaciens sont largement associés au mouvement hexagonal des Gilets Jaunes pour contester les réformes imposées par le gouvernement, la surenchère fiscale et la dégradation sociale. La réflexion collective née sur les ronds-points de France, de Navarre et d’Alsace, pousse à une refonte du contrat social, de la Constitution. L’idée du référendum d’initiative citoyenne et d’une réforme de la démocratie représentative vers davantage de démocratie directe et une émancipation des terroirs rejoignent le projet porté par Unser Land.

Il y a un siècle, le retour à la France gommait la Constitution alsacienne-lorraine, liquidait le Parlement régional et mettait fin sans débat à la relative autonomie politique de l’Alsace au sein d’un État fédéral. Puisse l’année 2019 remédier enfin aux régressions démocratiques successives imposées aux Alsaciens ! Puisse 2019 être l’année de la révolution institutionnelle qui libérera les régions et peuples de France du carcan d’un centralisme archaïque et néfaste !

Unser Land invite les Alsaciens à s’associer à la rédaction non pas d’un cahier des doléances, mais à l’élaboration collective du texte fondateur d’une collectivité Alsace de plein droit, dans son propre périmètre : une nouvelle Constitution, qui reposera notamment sur l’affirmation de notre spécificité culturelle et linguistique et sur notre droit à un statut particulier.

https://onreprendlamain.eu/comment-organiser-des-constituantes-pratiquement/

Qu’une bonne santé, physique et morale, vous permette d’être un acteur de cette nouvelle année, d’y agir comme un citoyen alsacien, pour notre Heimet.

Andrée Munchenbach,
Présidente d’Unser Land

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