DNA

Audrey Wolf, 34 ans et Rémy Berson, 23 ans, porteront les couleurs « rot un wiss » du parti régionaliste Unser Land dans le canton.

Audrey Wolf et Rémy Berson. photo dna - jean-paul kaiser

Audrey Wolf et Rémy Berson. photo dna – jean-paul kaiser

Elle a embrassé la cause autonomiste pendant les manifestations contre la future grande région, en juin et à l’automne. « Ce projet de fusion me semblait complètement inconstruit, inenvisageable. » Auparavant, Audrey Wolf, 34 ans, longues mèches souples à la Aurélie Filippetti, était « attachée à sa région », sans la porter à fleur de peau. Formatrice dans le secteur automobile, à Strasbourg, après une enfance ersteinoise et dialectophone, elle a « pas mal bougé ». « Mes amis sont d’un peu partout en France. Ils sont les premiers à me taquiner sur ma choucroute et mon baeckeofe. »

« Au-delà du baeckeofe, il y a nos acquis »

Lui, mécanicien poids lourds à Geispolsheim, est un régionaliste de toujours, malgré son jeune âge. Lors des dernières municipales, Rémy Berson s’est fait remarquer en plantant un panneau « Strossburi » à l’entrée de la capitale alsacienne, façon d’interpeller les candidats sur la défense du bilinguisme. Demi-Alsacien « de souche », il s’est mis au dialecte sur le tard, en suivant des cours à l’OLCA. « J’ai adhéré à Unser Land juste après la création du parti, en janvier 2010. La région, je l’ai dans mon cœur. Je voyais bien que ça n’allait pas, et je me demandais comment faire changer les choses. » L’autre mouvement autonomiste, Alsace d’abord, ne l’a jamais tenté : « Ils sont clairement de l’extrême-droite, et diffusent des idées nauséabondes sous couvert de message soi-disant régionaliste. »

Tous deux se disent « plutôt centristes » et sont assez représentatifs du patchwork de la mouvance régionaliste, entre fibre écologiste, défense du dialecte, de l’artisanat local et du made in Elsass . « Ce n’est pas un combat identitaire, insiste Audrey Wolf. Mais quand on entend dire qu’il n’y a pas de peuple alsacien, qu’on remet en cause nos acquis, qu’on fait sauter les barrières de l’Alsace, son histoire n’existe plus. »

Leur premier combat, après bien sûr le rejet de « l’ALCA » (Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes) ? Le bilinguisme à l’école. « Il y a une forte demande dans le canton, notamment dans la ville d’Erstein. Sur 28 communes, il n’y en a que deux qui proposent un enseignement bilingue, Gerstheim et Benfeld, et seulement en maternelle et en élémentaire », observe Rémy Berson. « Aujourd’hui il y a du boulot de l’autre côté de la frontière, encore faut-il parler la langue », renchérit Audrey Wolf.

Autre dossier : le droit local, menacé, selon eux, par les coups de butoirs de Paris. « En Moselle, ils sont déjà en train de revenir sur le repos dominical », note Rémy Berson. « Il ne faut pas se faire d’illusion. Pour que la grande région puisse fonctionner, il faut que tout le monde soit au même régime , avance Audrey. Au-delà du baeckofe, il y a nos acquis, notre histoire. »

Les jeunes candidats défendent aussi les circuits courts dans des termes que ne renierait pas José Bové. « Avec la grande distribution, la ferme des 1 000 vaches, il est où l’homme là-dedans ? » interroge Audrey Wolf. Mais aussi la liberté d’entreprendre contre les pesanteurs administratives. « Il faut mettre en place une structure pour aider les jeunes créateurs d’entreprises, plaide la jeune mère de famille qui a tenté en vain de fonder sa propre société voilà un an. Aujourd’hui, il n’y a pas de mode d’emploi. »

Share This