La crise du covid 19 aura fait éclater aux yeux du monde les dysfonctionnements graves du système de santé français mais également de l’organisation politique du pays.

Pour un investissement comparable  (environ 11% du PIB), la France ne dispose, avant la crise, que de 5000 lits en réanimation, pour 67 millions d’habitants, alors que les 83 millions d’Allemands peuvent compter sur 28 000 de ces équipements. Le bilan humain s’en ressentira dramatiquement.

L’impréparation du gouvernement, ses tergiversations au moment de prendre des décisions vitales – dépistage, isolement, traitement, port du masque, confinement, protection des soignants – ont été sidérants et ont coûté des vies. La situation s’est révélée d’autant plus chaotique que l’épidémie intervenait dans un contexte de délitement des services de soins, dénoncé tout au long de l’année écoulée par toutes les catégories de soignants, à travers des manifestations, parfois réprimées violemment, des grèves, des démissions de médecins urgentistes, notamment à Mulhouse. Les logiques de rentabilité imposées par les réformes successives ont dégradé les conditions de travail et l’accès aux soins : suppression de lits, fermeture de services, réduction des effectifs, insuffisance des équipements…

Malgré l’austérité et l’indigence imposées aux soignants et aux patients français, la part de PIB consacrée à la santé reste comparable à celle de l’Allemagne : environ 11%. La différence réside dans le poids d’une bureaucratie tentaculaire : les fonctions administratives concernent en France 35,2%  du personnel, contre 24,3% en Allemagne. Le différentiel correspond à 100 000 postes de soignants.

Un système technocratique hiérarchisé éloigne de plus en plus les pôles de décision du terrain. Ainsi entre le service de soins et le Ministère où tout se décide, s’intercalent la direction de l’hôpital puis celle du groupement hospitalier, ensuite celle de l’Agence Régionale de Santé, à la tête de laquelle trône un énarque. Cet Ersatz de préfet, exécuteur des décisions ministérielles, n’est pas un médecin et n’est donc pas lié par le serment d’Hippocrate. Ainsi, alors que la crise est encore à un stade paroxystique en Alsace, le directeur de l’ARS du Grand Est, M. Lannelongue, avant d’être ensuite opportunément limogé, confirme son objectif de « rationalisation » impliquant la suppression de 598 emplois et de 198 lits. Dans le même temps des malades alsaciens et mosellans du Covid sont évacués, faute de lits, pour être soignés dans d’autres régions, en Allemagne, en Autriche, en Suisse…

Cette organisation pyramidale, verticale, soumise à l’autorité d’un ministre parisien ou de son préfet est aux antipodes du fonctionnement fédéral allemand et a sa part dans le bilan hexagonal catastrophique.

Les Länder ont les moyens, décisionnels et budgétaires, de politiques adaptées aux besoins et attentes des citoyens. Soucieux de leurs électeurs, les Ministerpräsidenten, ministres-présidents des Länder, ont su sauvegarder le tissu médical local.

Le système hyper-centralisé au contraire démontre à travers une gestion calamiteuse de l’épidémie virale son inefficience et sa nocivité. Combien de vies n’ont pu être sauvées parce que les décisions ruisselant du sommet de l’Etat se faisaient attendre, étaient contradictoires ou n’étaient pas les bonnes ? La cacophonie monarchique durant cette crise est sidérante et dramatique.

Cette même inefficience existe dans l’organisation politique du pays. Alors que la France est championne des prélèvements obligatoires et des dépenses publiques (53,8% du PIB, contre 44,3% en Allemagne), le bénéfice en retour pour les contribuables et les citoyens est là systématiquement ponctionné par une pléthore de mammouths institutionnels et d’administrations, prodigues en frais de fonctionnement divers. Ainsi l’Education Nationale est au 3è rang pour l’importance du PIB qui lui est consacré, mais ses enseignants sont les plus mal payés en Europe et les résultats au classement PISA reculent d’année en année. 

L’organisation politique du pays souffre des mêmes distorsions. Prenons l’exemple du Grand Est. Cette circonscription grande-comme-deux-fois-la-Belgique englobe les 10 départements qui composaient avant la réforme territoriale de 2015 les Régions Alsace, Lorraine et Champagne-Ardenne. Bizarrement la réforme a maintenu le fractionnement, véritable saucissonnage, des champs d’intervention entre la Région et les départements.  Ainsi les départements restent en charge, entre autres, de l’entretien des collèges et des routes, alors que les lycées et les voies ferrées restent du domaine de la grande région… Ce dédoublement, absurde, fait coexister dans le périmètre régional pour des compétences complémentaires et fusionnables, 10 assemblées départementales (soit grosso modo 10x 40 élus)  et une assemblée d’élus régionaux (168 élus ), elle-même doublée d’un CESER (180 membres cooptés). Soit environ 750 conseillers, dont l’utilité pose question ! Chaque structure dispose bien évidemment de son administration, avec directeur, directeur-adjoint, secrétaire, etc.

De l’autre côté du Rhin, le Land du Bade-Wurtemberg est géré par 143 élus au Landtag et délègue 6 députés au Bundesrat à Berlin. Ses compétences sont celles d’un Etat et son budget se monte pour 2020 à 50 MM€. Le budget de la Région Grand-Est est pour 2020 de 3,172 MM€, donc 15 fois moindre. Les dix départements qui interviennent dans le même périmètre disposent de budgets variables : 0,968 MM pour le Bas-Rhin, 0,470 MM€ pour les Vosges. Au demeurant, l’action des collectivités françaises est limitée à la gestion de domaines de compétences bien définis. La suppression de la « clause de compétence générale » limite de fait leur pouvoir politique. Ainsi les régions et les départements ont attendu docilement le feu vert – tardif – du gouvernement, alors même que celui-ci brillait par son incurie, avant de commander des masques ou de faire intervenir les laboratoires vétérinaires.

La gabegie d’argent public dans l’indemnisation d’un personnel politique en surnombre est particulièrement choquante, lorsqu’elle est mise en regard avec la faiblesse de la rémunération des acteurs de la vraie vie – ou de la vie tout simplement -, notamment durant l’épidémie virale : les personnels soignants, mais aussi les enseignants, les éboueurs, les caissières des supermarchés, les livreurs, les postiers, « ceux qui ne sont rien », et qui n’auront pas leur Rolex à 50 ans mais qui s’exposent et portent le pays à bout de bras. Choquante également l’explosion du budget de communication et de propagande au service du président du Grand-Est, par ailleurs président du Groupement hospitalier de Mulhouse. Alors que les urgences de Mulhouse, dont il était maire, sont sous-équipées et ont été débordées par la première vague de malades, M. Rottner dégage 3 millions d’euros afin de créer une « nouvelle identité régionale », offre des ordinateurs estampillés à tous les lycéens, affrète une péniche publicitaire, inonde  tous les supports possibles de logos ridicules, etc.

Cette crise nous fait prendre conscience de l’urgence vitale d’une révolution systémique et structurelle, voire éthique. Notre pays se retrouve en faillite sanitaire, économique et politique. Le centralisme parisien tue ! Sortons-en, en récrivant un nouvelle Constitution qui permette de réorganiser le pays à partir d’entités cohérentes et autonomes, dotées de vrais pouvoirs de décision : nos régions historiques, dont une nouvelle Alsace délivrée du Grand Est !

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