L’ALSACE 8.12.2015

Édition L’histoire de l’Alsace revue et corrigée

Les Alsaciens ont toujours été sages et conservateurs ? Ceux qui ont opté après 1870 ont dû faire le sacrifice de leurs biens ? Pas si sûr… Dans son dernier livre, l’historien Alfred Wahl mène la chasse aux mythes de l’Alsace contemporaine.

Aujourd’hui 05:00 par H. de C. , actualisé Hier à 20:29 Vu 613 fois

Alors que la réforme territoriale a relancé le débat sur la place de l’Alsace entre deux mondes, Alfred Wahl, agrégé d’histoire et professeur émérite des universités, grand spécialiste de l’Allemagne… et du foot, vient, à point nommé, dans son dernier livre, remettre certaines pendules à l’heure, démasquer les contre-vérités, bousculer les politiquement corrects successifs. Bref, rappeler que la réalité n’est jamais aussi simpliste que tentent de le faire accroire les esprits partisans et que l’Histoire s’écrit avec des faits, non avec des opinions.

Rigueur et vigueur

L’ouvrage s’appelle Une nouvelle histoire de l’Alsace contemporaine. Il est rédigé avec rigueur… et avec vigueur. C’est sans circonlocutions : clair, direct, argumenté, et ça n’hésite pas, quand il le faut, à désigner les colporteurs d’erreur. Chaque camp est traité de la même façon. L’introduction donne le ton : Wahl vient combattre les « mythes, déformations, occultations, ignorances et propos engagés, sans cesse répétés, y compris par des notables, et pas seulement politiques. »

Quatre thèmes de l’histoire contemporaine, particulièrement sujets aux versions tendancieuses, sont passés au crible de l’universitaire : les questions de la « protestation » et de l’option après 1870, la bataille autour de l’école interconfessionnelle entre 1871 et 1936, et l’orientation politique des électeurs en-tre 1789 et 1912.

Sur ce dernier point, par exemple, il s’agit de battre en brèche l’idée reçue selon laquelle les Alsaciens sont forcément « raisonnables, sages, refusant toute aventure » , en deux mots « naturellement conservateurs ». Wahl le démontre à qui veut bien l’entendre : « La gauche alsacienne a bien existé » et « les Alsaciens semblent s’être trouvés dans la moyenne nationale pour l’attitude globale à l’égard de la Révolution française, contrairement aux opinions outrancières des chroniqueurs locaux qui affirment que l’Alsace a été le pôle de résistance modèle en France ». C’est d’ailleurs avec cette Révolution, et l’épopée napoléonienne qui a suivi, que la population locale « semble s’être intégrée davantage à l’État français ».

« Un essai »

Autre erreur, parmi beaucoup d’autres, rectifiée ici : la « contre-vérité flagrante » selon laquelle les optants devaient « abandonner leurs avoirs » … S’il y a un sujet où se sont affrontés les pro-Allemands et les pro-Français, c’est bien celui de l’option.

Alfred Wahl prend soin de présenter son travail comme « un essai » et se dit prêt à accueillir « tout normalement » les controverses qu’il pourrait susciter. Mais puisque l’auteur s’est d’abord employé à répondre du mieux possible « aux exigences de la recherche historique » , on voit assez mal ce que l’on pourrait lui reprocher. Chacun devrait au contraire s’empresser de le remercier.

LIRE Une nouvelle histoire de l’Alsace contemporaine , par Alfred Wahl, éd. du Belvédère, 157 pages, 12 €.

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