La réforme territoriale française est dans le collimateur de Bruxelles. En effet, depuis des années les Européens demandent à la France d’opérer des réformes pour résorber son déficit budgétaire. Faire des économies, c’était là justement l’objectif principal de la réforme régionale. Le secrétaire d’Etat André Vallini n’avait-il affirmé l’année dernière que, grâce aux économies d’échelle et à la suppression des doublons, cette réforme allait permettre une baisse des dépenses de 12 à 25 milliards par an ! Y croyait-il lui-même ?

Or, à mesure qu’approche la date fatidique du 1er janvier 2016, date du passage des 22 régions à 13, il s’avère que, loin de générer des économies, cette calamiteuse réforme, menée à la hussarde et sans consultation des populations, entraînera même des dépenses supplémentaires avec des surcoûts collatéraux : « Cette réforme va générer des coûts phénoménaux. J’évalue à environ un milliard d’euros le surcoût lié à cette réforme à court terme. Sans compter la multiplication des déplacements, qui est indéchiffrable », explique dans les DNA[1] Jean-Luc Bœuf, spécialiste de la décentralisation.

En effet, au départ, le gouvernement affirmait que la réforme permettrait, entre autres, de diminuer le nombre de fonctionnaires territoriaux. Or, un conseiller de Matignon vient d’annoncer « qu’il n’y aura pas de suppression d’emplois assignée à cette réforme »[2] ! Alors ??? Par contre, on sait à présent qu’il y aura de nouveaux coûts provenant de l’harmonisation des statuts des personnels et des prestations qui se feront inévitablement par le haut.

Et tout le reste est du même tonneau. On peut ainsi déplorer l’absence de clarification des compétences, qui restent confuses, alors qu’elle avait été annoncée avec grand tapage au départ : « Le gouvernement a défini des périmètres avant de définir des compétences », déplore JP Raffarin[3]. Le désordre va donc continuer… mais à plus grande échelle cette fois !

Quand aux nouvelles compétences promises aux régions, on reste là aussi dans le flou, avec une seule certitude cependant : l’Etat n’est aucunement disposé à laisser une quelconque autonomie aux régions, ni de gestion, ni financière !

Ainsi, cette réforme que le gouvernement nous a vendue comme une décentralisation, cache en réalité une volonté de reprise en main de l’Etat désireux de renforcer sa tutelle.

D’ailleurs, Outre-Vosges, de plus en plus de politiques doutent de l’utilité de cette réforme que certains dénoncent comme une réforme idéologique, une magouille politique de la promotion Voltaire, un nouveau coup de Jarnac des socialistes dont ont sait l’attachement historique à la culture jacobine : « Au final, cette réforme territoriale coûtera plus cher que la situation précédente (…) On cherche à saupoudrer les fonctions plutôt qu’à les rationaliser (…) Je crains que la confusion s’installe », maugrée J.-P. Raffarin[4]. D’autres grosses pointures de la politique nationale comme les Républicains Dominique Bussereau et Claude Larcher, président du Sénat, mais aussi le PS Claude Geverc, président du C.R. de Picardie, clament leur scepticisme voire s’insurgent de plus en plus  contre la réforme.

Il n’y a finalement qu’en Alsace où les élites, notamment les politiques, brillent par un étrange silence qui marque bien la résignation dont elles sont hélas coutumières ! Elles sont dans l’acceptation du fait accompli, accompli contre les règles démocratiques, et se taisent. Soucieux avant tout de leur avenir personnel, nos politiques ont déjà pris le train en marche de la méga-région, laissant le peuple alsacien meurtri et déboussolé sur le quai de la gare. D’ailleurs, Philippe Richert, ministre jusqu’en 2012, savait depuis longtemps ce qui nous attendait, que l’Alsace allait être sacrifiée. Et aujourd’hui, il sait mieux que quiconque que cette réforme ne permettra aucune économie et qu’elle contribuera à la paupérisation de l’Alsace… mais il se tait et, droit dans ses bottes, continue sa campagne électorale en plaidant inlassablement pour l’ACAL !!

Il est vrai que la préservation de l’identité de l’Alsace semble être, et ce depuis fort longtemps déjà, le dernier souci des élites alsaciennes.

Et c’est encore au peuple alsacien qu’il reviendra demain de payer les pots cassés de leur démission ! Espérons simplement qu’aux régionales à venir, il n’exprimera pas sa légitime colère en votant pour le FN, mais qu’il fera preuve de maturité politique en votant pour une liste autonomiste/régionaliste.

Bernard Wittmann


[1] In DNA 1.8.2015

[2] In Le Figaro du 1.8.2015

[3] In JDD 26.7.2015

[4] In JDD 26.7.2015

Share This