Suite à la révolte des Bonnets rouges le 1er ministre s’engageait le 13 décembre dernier en faveur de la ratification de la Charte européenne des langues régionales. La mobilisation contre l’écotaxe Une et Indivisible, qui devait s’appliquer à tout l’Hexagone, avait-elle fait admettre à nos dirigeants nationaux le fait régional dans toutes ses composantes: économiques, géographiques, culturelles et linguistiques? Eclatait l’absurdité de l’égalitarisme jacobin, y compris dans l’uniformisation linguistique.

Depuis nous attendions avec un espoir prudent la discussion du projet de loi constitutionnelle. La France agirait-elle pour sauver ses langues régionales? Serait-elle enfin cohérente avec elle-même? Elle, qui soutient la co-officialité du français, langue régionale,au Canada (en faveur des dialectophones québécois et des patoisants acadiens), en Belgique (des Wallons), Suisse (des Romands et Romanches), Italie (des Valdotains), etc., admettrait-elle la co-officialité de ses propres langues régionales avec la langue commune de la République? Cela est demandé entre autres par l’Assemblée Territoriale corse, le Conseil Général du Haut-Rhin et les défenseurs des langues bretonne, basque, occitane, alsacienne, etc. Cela est exigé de tous les Etats nouveaux entrants dans l’UE.

Le chef du gouvernement prenait en compte la synergie entre l’affirmation culturelle et linguistique des régions et leur vitalité économique. Il en appelait à un approfondissement de la décentralisation en faveur de régions fortes, innovantes et influentes.

Mais nous constatons un double sabotage.

D’une part, les clauses interprétatives que s’autorise la Commission des lois dénaturent la Charte « made in France ». Celle-ci n’accorderait pas de droits collectifs et ne modifierait pas la règle de l’emploi exclusif du français dans les services publics et leurs rapports avec les usagers. C’est nier la notion même de « langue régionale » que de ne pas la lier à un groupe de locuteurs, un peuple, et à un territoire. C’est avancer à reculons!

 

D’autre part, cette imposture s’inscrit dans le discours du 14 janvier du Président de la République en faveur de la réduction du nombre des régions, impliquant la fusion de l’Alsace et la Lorraine. Or la reconnaissance des langues régionales, que nous attendons du Législateur, est intimement liée au respect des réalités historiques, géographiques et culturelles des régions. A cet égard la fusion de l’Alsace et la Lorraine serait aberrante. Notre Droit local et nos revendications linguistiques se dissoudraient dans un Grand-Est désincarné où nous serions minoritaires. Par ailleurs notre économie se dégrade. Une fusion avec la Lorraine, en situation encore plus difficile, nous tirerait vers le bas. C’est au contraire dans le bassin rhénan et avec la Suisse que se situe notre avenir.

 

Mir lonn uns nitt verseckle!

 

Nous avons été pionniers: Décapole et Ville Libre de Strasbourg, Landtag, Constitution de 1911, Droit local, etc. doivent inspirer fierté au peuple alsacien. Certes, si le 7 avril dernier les deux départements alsaciens avaient mis leurs têtes dans le même bonnet, rot un wiss, cette question contre-nature d’une fusion de l’Alsace et la Lorraine ne se poserait pas. Néanmoins les Alsaciens ont voté en majorité (58%) pour le Conseil d’Alsace. Ne nous laissons pas fourvoyer: la seule fusion qui vaille est celle des deux départements alsaciens et éventuellement, après consultation, d’une partie de la Moselle…

Andrée Munchenbach, le 29 janvier 2014

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