Manifestation 28 juin 2014 – Touche pas à mon Alsace

La réforme doit être qualitative et non pas quantitative. Ce n’est pas la taille qui fait la force d’une région. Klein ist fein. Il suffit de prendre l’exemple des Länder allemands.

La réforme qu’il nous faut ce n’est pas une réforme de périmètre, mais une réforme de fond. Il faut enfin donner de vrais pouvoirs aux régions, pouvoir décisionnel et autonomie fiscale. Il suffit de songer au problème du transit des camions étrangers sur nos routes qui causent bouchons, pollutions, dégradation des chaussées et insécurité routière. Le problème c’est la LKW Maut, une taxe poids-lourds imposée en Allemagne depuis 10 ans. Depuis 10 ans en Alsace on n’a pas été capable de mettre en place une taxe analogue pour dissuader le report de trafic. Pourquoi? Parce que la décision est prise à Paris et qu’elle devra convenir à l’ensemble de l’Hexagone. Les Bretons n’en ont pas voulu, les Alsaciens n’y auront pas droit. On construira un GCO qui ne résoudra rien… Fuite en avant.

Je suis heureuse que, malgré les intimidations dans la presse, il y ait suffisamment d’Alsaciens courageux pour exprimer leur opposition au projet de fusion avec la Lorraine. Lorsqu’on discute avec les gens, on le vérifie: dans leur grande majorité les Alsaciens ne sont pas d’accord. Ils se sentent trahis par les politiques qui capitulent devant une décision insensée prise à Paris, des « Hosselottel »…

Méfions-nous des concepts trompeurs. « Alsace-Lorraine », ça parle à la mémoire collective mais ça ne correspond à aucune réalité historique. L’Alsace n’a aucune histoire commune avec la Meuse, la Meurthe et Moselle ou les Vosges. Rien qui justifie une fusion. « Une bonne amitié ne fait pas forcément un bon mariage ». S’il doit y avoir fusion, à la limite avec la Moselle ou le territoire de Belfort avec qui l’Alsace a une histoire commune. La Moselle bénéficie comme nous du Droit Local, elle a comme nous sa langue régionale, germanique. Mais l’enseignement bilingue n’est pas le souci premier de la Lorraine majoritairement monolingue. Résultat, hormis à Sarreguemines, il n’y a pas de classe bilingue en Moselle. Qu’adviendra-t-il de notre politique de développement de l’enseignement bilingue lorsque les décisions seront prises par un Conseil Régional où les Alsaciens seront minoritaires. (47 / 73)? Qu’adviendra-t-il de notre Droit Local? Peut-on imaginer que nos 2 jours fériés supplémentaires, vendredi saint et Saint Etienne, seront généralisés à l’ensemble de la grande région? Et notre régime de sécurité sociale, excédentaire?

Par contre n’ayez pas peur de certains mots, n’ayez pas peur du mot « autonomisme ». L’autonomie on la recherche pour les personnes âgées, pour les jeunes. Elle fait la force des régions européennes les plus prospères. N’ayez pas peur, même soyez fiers de votre histoire. Nous devons à ceux qui nous ont précédés, qui se sont battus pour préserver notre Droit local, notre culture, notre langue, d’être ce que nous sommes. Ils se sont battus sous le drapeau rot un wiss, sous ces couleurs qui flottent sur cette place.

Je suis heureuse de voir flotter notre drapeau sur cette place du Château. Il y a eu du chemin de fait. C’est depuis la manifestation interrégionale pour la ratification de la charte européenne des langues régionales et minoritaires le 31 mars 2012, place Kléber, que le drapeau alsacien retrouve droit de cité. Un vrai drapeau, reconnu, comme celui des Corses, des Bretons ou des Basques. Pas une composition artificielle réunissant 2 blasons, celui du Haut-Rhin et celui du Bas-Rhin, non un vrai drapeau, simple et lisible. Qui a sa place sur le fronton de nos mairies, entre le drapeau national et le drapeau européen. Et dont les Alsaciens peuvent être fiers, comme ils doivent être fiers de leurs spécificités et de leur histoire.

Mir welle bliewe, wàs mir sin! Nous ne voulons pas disparaître dans un mariage forcé contre-nature. Et nous le faisons savoir. Un es geht wittersch!

Andrée Munchenbach
Présidente d’Unser Land

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