La France est la championne des prélèvements obligatoires et des dépenses publiques (53,8% du PIB, contre 44,3% en Allemagne*). Pourtant le service rendu en retour ne cesse de se dégrader et de se réduire. C’est criant dans le domaine de la santé particulièrement éprouvé en ce moment. Face à la pandémie de Covid 19, la France se distingue en effet par une impréparation crasse et une politique confuse d’adaptation à des carences inouïes en matériel de protection (masques, blouses, gants, etc.), de soin (lits de réanimation, respirateurs) ou de diagnostic, indignes de la 6ème puissance économique mondiale…

Les réformes imposées par les gouvernements successifs à un système de santé, pourtant longtemps reconnu mondialement pour son efficacité et sa qualité, montrent leurs effets désastreux. Suppression de lits, fermeture de services, réduction des effectifs, logiques de rentabilité ont été dénoncées tout au long de l’année écoulée par toutes les catégories de soignants, à travers des manifestations, parfois réprimées violemment, des grèves, des démissions de médecins urgentistes, notamment à Mulhouse.

Mais les décideurs ne semblent avoir pris la mesure du problème que lorsque celui-ci a atteint des niveaux catastrophiques, avec l’arrivée du coronavirus. Se sont alors révélés leur impréparation, leur amateurisme et leur inaptitude à réagir à une urgence inédite. Heureusement, sur le terrain, le professionnalisme et le dévouement des personnels soignants, exposés sans un minimum de matériel de protection, permettent d’éviter le pire. Ils méritent bien évidemment notre respect et notre reconnaissance.

Ils méritent surtout d’être enfin entendus dans leur dénonciation d’une gouvernance hospitalière purement administrative et bureaucratique.

Leur présence dans les instances décisionnelles et gestionnaires s’impose, en lieu et place de cadres ou de représentants politiques qui font la preuve de leur incompétence et de leur irresponsabilité.

Ainsi c’est tout un système qui doit être évalué et remis en cause. A commencer par l’ARS, à l’échelle de la techno-région Grand Est, trop éloignée des réalités locales.

Mais le bilan de M. Rottner, président du Groupement Hospitalier de Mulhouse et d’Alsace du Sud ne doit pas davantage passer à la trappe : son consentement aux mesures néolibérales d’austérité, dont on commence à mesurer le coût humain calamiteux, fait hiatus avec sa prodigalité à la tête du Grand Est pour son budget de communication et d’auto-promotion.

En effet, pendant que l’hôpital public criait sa détresse (en particulier dans sa ville de Mulhouse dont il a été maire et reste 1er adjoint),  M. Rottner sous sa casquette de président de la méga-région s’autorisait les plus folles gabegies à des fins de pur prestige ou de propagande : 3 millions d’euros pour l’acquisition de locaux parisiens, 700 000€ pour des prestations de communication politique pour créer une « nouvelle identité régionale », ordinateurs estampillés offerts à tous les lycéens, péniche publicitaire, foisonnement de logos ridicules sur tous les supports possibles, etc.

A présent il cautionne des statistiques à l’échelle du Grand Est et un lissage des chiffres des victimes qui ne rendent pas compte des réalités et des urgences locales. A ce jour on compte près de 450 décès en milieu hospitalier dans le Haut-Rhin contre 25 dans la Meuse et 2 dans les Ardennes, ce sans préjuger des nombreux décès à domicile ou en EHPAD.  Pour masquer l’incohérence également sur le plan sanitaire de cette grande région, on dénie à l’Alsace le droit à ses propres statistiques  !

Dans ce contexte, l’omniprésence médiatique de M. Rottner est particulièrement insupportable.

Unser Land invite les Alsaciens au discernement et au sens critique quand viendra l’heure des comptes ! Notre exigence d’Alsace est plus que jamais légitime et nécessaire.

Andrée Munchenbach

* Chiffres 2019 de l’Institut de Recherche Economique et Fiscal, cité par l’Ami Hebdo du 28-03-20

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