Elle faisait partie des promesses de campagne de Nicolas Sarkozy. Christine Albanel, ex-ministre de la Culture, voulait la mettre en chantier en 2009. La loi supposée fixer un cadre de référence pour les langues régionales est mort née. Curieusement, ce n’est pas le ministre de la Culture qui l’a enterrée, mais Éric Besson, ministre de l’Identité nationale, répondant, mardi, à une question d’une députée socialiste de la Gironde.

« M. Besson ne s’est pas contenté de contester l’opportunité d’un texte, il a souligné les périls que, selon lui, il ferait courir aux principes d’indivisibilité de la République et d’égalité devant la loi. Il relègue dans la marginalité les apports pourtant conséquents des cultures immigrées, européennes ou régionales » estime le député socialiste quimpérois Jean-Jacques Urvoas.

Mais voilà que sur initiative alsacienne, un intergroupe s’est remis au travail et a concocté une proposition de projet de loi.

Mardi le 7 décembre 2010, la présidence de l’Assemblée nationale a enregistré la proposition de loi relative au développement des langues et cultures régionales. Ce texte est issu des travaux du groupe d’études sur les langues régionales à l’Assemblée nationale, présidé par Armand Jung, député PS du Bas-Rhin, qui rassemble des députés de toutes tendances politiques. 59 d’entre eux l’ont cosigné.

Pourquoi ce projet de proposition de loi ?

L’article 75-1 de la Constitution française n’est qu’un leurre, une mise à l’Ecomusée de nos langues régionales car il ne garantit aucun droit ni aucune liberté ! Ce nouveau projet est destiné à décliner la déclaration « purement solennelle », comme le rappelle Armand Jung, de l’article 75-1 de la Constitution française qui reconnaît les 75 langues régionales comme « constitutives du patrimoine de la France ». Armand Jung s’est montré confiant, lors des Rencontres interrégionales qui se sont déroulées à Schweighouse-sur-Moder en novembre 2010, le fief de Marcel Schmitt, quant au devenir de cette proposition.

A Mouans-Sartoux, lors des Universités d’été de Régions et Peuples Solidaires, David Grosclaude, du Partit Occitan, conseiller régional d’Aquitaine, avait souligné l’excellence de cette proposition qui allait plus loin que la Charte minoritaire des langues régionales (que la France n’a jamais ratifiée). Cela constituait une véritable avancée car la reconnaissance constitutionnelle de nos langues impliquait de leur donner un cadre législatif et de créer les outils juridiques nécessaires à leur sauvegarde.

Dans le même temps, Marc le Fur, vice-président UMP de l’Assemblée Nationale, député UMP des Côtes d’Armor dépose également une proposition de loi suite au cavalier seul du député PS Jean-Jacques Urvoas, accusé de tirer la couverture à lui.

Quand en finira-t-on avec cette guerre des égo, ces éternels tiraillements droite-gauche et ces combats d’arrière-garde, purement politiciens ?

D’autant plus que c’était la première fois qu’un texte commun provenant d’un intergroupe était prêt. À l’origine, il émanait de juristes alsaciens et avait ensuite été amendé par le groupe de travail des députés. Ce texte était malgré tout resté très proche du document élaboré par nos responsables alsaciens.

Quelles sont les différences entre les 2 propositions ?

Elles ne divergent guère l’une de l’autre sauf sur 2 points qui n’ont pas été repris par Le Fur :

– l’article 64 : qui permettait la création d’un organisme supra-régional pour l’occitan, ouvrant grand la porte à l’occitanisation de la Provence. Ce que les Provencaux combattent.

– le deuxième : l’obligation d’apprendre la langue régionale, sauf avis contraire spécifié des parents, y compris dès la petite enfance.

Nous partageons entièrement la vision d’Armand Jung sur ce sujet. En effet, le bilinguisme doit s’appliquer à toutes les régions identitaires par obligation d’enseignement dès le plus jeune âge. L’apprentissage d’une langue régionale sur la base du volontariat est voué à l’échec.

Aujourd’hui, les scientifiques s’accordent sur les bienfaits du bilinguisme (0 – 3 ans) pour le jeune enfant. Il stimule son éveil et influe de façon positive sur son développement cognitif.

Ils s’accordent aussi sur le fait que la construction d’un bilinguisme équilibré dépend étroitement de l’âge de démarrage, le plus tôt étant le mieux. Pour qu’un bébé devienne bilingue, il faut lui permettre un contact régulier et stimulant avec chaque langue, en veillant plus particulièrement à la langue minorisée, celle qui est peu ou pas parlée dans la société.

Notre langue est en danger même si elle résiste. La question de sa transmission est une question majeure et décisive pour son avenir. L’alsacien dans sa forme parlée et l’allemand dans sa forme écrite sont un bien collectif.

Revenons au bilan de cette proposition de loi. Qui a gagné ? Personne. Qui a perdu ? Tout le monde et principalement les milieux associatifs qui se battent depuis des décenies pour une reconnaissance de nos langues.

Messieurs les députés, un peu de dignité, nous n’étions jamais aussi près d’un statut pour nos langues !

Tout ça pour rien ?

Dani Willmé

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