Comme souvent en cas d’élections, la presse régionale a demandé à BVA de sonder les Français sur leurs intentions de vote pour les scrutins régionaux des 6 et 13 décembre prochains.

Diffusées le 23 octobre, les enquêtes en question donnaient notamment la droite en tête en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine au premier tour, un léger avantage à la droite en Ile-de-France, et le Front national en tête en Nord-Pas-de-Calais-Picardie.
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Le résultat en Alsace-Champagne-Ardennes-Lorraine (ACAL) a révélé des énormités qu’un(e) journaliste honnête aurait dû relever et critiquer. Ainsi créditer Unser Land de… 3% des intentions de vote est évidemment une plaisanterie quand on connaît les résultats obtenus par cette formation lors des élections départementales. Tout comme les annonces des votes écologistes ou Front de gauche qui paraissent hautement fantaisistes.

Un sondage n’étant pas un vote, il n’est qu’une image instantanée des intentions de vote de citoyens interrogés. La fiabilité d’un sondage est donc proportionnel au nombre de personnes qui ont été sollicitées.

Sollicitée pour donner son avis sur ce sondage, la Commission des sondages a relevé « un défaut de méthode » dans trois sondages réalisés mi-octobre par l’institut BVA à l’occasion des régionales de décembre, qui ôte selon elle à leurs résultats « leur caractère significatif ». La région Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine est concernée.

« Les sondages relatifs aux régions Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, Ile-de-France et Nord-Pas-de-Calais-Picardie apparaissent en effet entachés d’un défaut de méthode qui ôte à leurs résultats leur caractère significatif », conclut la commission.

44,6 millions de Français sont appelés à voter pour ces élections régionales. Le sondage de BVA a interrogé… 12.408 personnes ! En outre le sondage s’est fait par Internet qui est, selon les spécialistes, le moyen le moins sûr d’interroger. Rien ne remplacera le contact direct d’un enquêteur avec le « sondé ».

Pour l’ « ACAL », ce sont… 1.189 personnes qui ont constitué l’échantillon ! Dans la « vraie vie », 3.848.000 électeurs s’exprimeront. Les sondés représentent donc… 0,03% de ceux qui sont susceptibles d’aller aux urnes en décembre. Ils seront 1.277.000 Alsaciens alors que… 444 personnes ont été sollicitées par le sondeur dans notre région.

Ce ne sont pas les seules anomalies qui entachent ce sondage pour lui ôter in fine toute fiabilité. Les listes proposés aux sondés n’étaient pas présentées sous le vraie dénomination, la plupart d’entre elles n’étaient pas encore connues (elles l’ont été qu’à partir du 2 novembre alors que le sondage a été publié le 23 octobre).

Et à présent, la Commission des sondages vient lui porter le coup de grâce.

Mais tout cela n’a pas empêché notre presse régionale de présenter cette enquête comme une information réelle et vérifiée. Comme elle avait publiée, en son temps, le dimanche avant les élections pour le conseil unique, le « OUI » vainqueur. Huit jours après, le « NON » était majoritaire. Une chose réjouissante : on ne peut pas toujours manipuler les électeurs comme on le souhaiterait.

Ce ne sont pas uniquement les sondeurs qui perdent en crédibilité, mais aussi la presse qui les publient sans réserve.

Michel Muller

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