logo_carre_CMJN lalsaceQuelque 250 personnes ont assisté, hier soir au Foyer Hoffet à Colmar, au seul débat public organisé dans le Haut-Rhin dans le cadre de la campagne des élections départementales qui auront lieu les dimanches 22 et 29 mars. Une confrontation organisée par les « DNA » et « L’Alsace » entre les six binômes candidats dans le canton Ouest.

Mercredi 18/03 par Claude Mislin, Marie-Lise Perrin, Clément Tonnot

Les échanges entre les six binômes candidats aux élections départementales dans le canton Colmar ouest sont restés plutôt tièdes, hier au foyet Hoffet à Colmar.Photo L’Alsace/

Les échanges entre les six binômes candidats aux élections départementales dans le canton Colmar ouest sont restés plutôt tièdes, hier au foyet Hoffet à Colmar.Photo L’Alsace/

« Tant qu’on a de l’argent, on peut imaginer plein de choses. Ce n’est plus le cas. » La petite phrase générique de Frédéric Hilbert, candidat EELV sortant, résume bien la difficulté des candidats aux élections départementales à élaborer des programmes, qui plus est dans un contexte particulier puisque les compétences du Département ne sont pas encore définitivement calées.

Sont présents dans le canton Ouest de Colmar : le Front national, Unser Land, le Front de Gauche, l’UMP-UDI et les Verts soutenus par le PS. Le parti Egalité-Justice a également deux candidats qui n’ont pas jugé utile de venir débattre. Ce qui n’a pas empêché une remplaçante d’affirmer vouloir « convaincre le peuple à revenir aux urnes ».

« On peut soulever des montagnes »

Un débat qui a permis au jeune candidat du FN, Romain Thomann, d’avouer qu’il a eu « une période de doute » en affirmant, il y a quelques jours, qu’il ne se sentait pas « capable d’assumer la fonction d’élu départemental ». « Quand on veut changer le système, on peut soulever des montagnes » , a assuré sa partenaire avec beaucoup plus de conviction. En tout cas, jurent-ils, on ne leur aurait pas forcé la main pour se présenter…

Le binôme du Front de Gauche, parti qui n’a pas le vent en poupe, s’est voulu rassurant : « On ne serait pas là si on n’avait pas d’avenir. » Régine Mariage (PCF) en est sûre : « On existe depuis 1920 et on est là et on sera là. »

Les régionalistes d’Unser Land, avec Gérard Cronenberger bien secondé par Nadia Hoog, profitent du scrutin pour contester la réforme territoriale et alerter sur « la perte des avantages alsaciens » dans le cadre de la grande Région.

En écho à la petite phrase de Frédéric Hilbert, Yves Hemedinger (UMP) a estimé qu’il fallait « faire mieux avec moins ». Il propose notamment la création de plate-formes réunissant tous les acteurs du social. Une manière de faire des économies car « il faut arrêter de taxer les entreprises et les particuliers en gérant avec imagination ». Yves Hemedinger a notamment évoqué l’instauration d’une écotaxe sur les poids-lourds en Alsace. « On avait un ministre alsacien qui ne l’a pas fait » , a répondu du tac au tac Frédéric Hilbert. Un des échanges les plus applaudis de la soirée par un public, il faut bien le dire, pas très « jeune ».

Pourquoi se présenter à des élections départementales lorsqu’on est opposé à la réforme territoriale, comme Unser Land, le Front de Gauche ou l’UMP ? Pourquoi se présenter à des élections départementales lorsqu’on était favorable au conseil unique, comme l’écologiste Frédéric Hilbert ?

« Pour nous, cette élection est un enjeu majeur car le Département a encore un rôle à jouer. » Damien Allain (Front de Gauche)

« Plus que jamais, le Département sera l’échelon clef de la proximité. On n’est pourtant pas beaucoup autour de cette table à avoir souhaité qu’il continue à exister. » Yves Hemedinger (UMP), visant l’écologiste Frédéric Hilbert

« Je suis fier du travail que j’ai fait jusqu’ici en tant que conseiller général et je souhaite le poursuivre. Cela ne m’empêche pas de vouloir réformer les institutions. Je suis par exemple favorable à une réforme du Sénat et cela ne nous empêchera pas d’y envoyer des candidats. » Frédéric Hilbert (écologiste)

« On se rabat sur le Département car c’est tout ce qu’il reste. Vous avez été le démolisseur du conseil unique d’Alsace. » Nadia Hoog (Unser Land), s’adressant à Yves Hemedinger (UMP)

Du Département à la Région

« Nous sommes contre cette grande région. On n’a rien demandé aux Corses, aux Bretons ou à la Région Centre pour qu’ils puissent rester seuls. Pourquoi donne-t-on des extra-wurst à l’Alsace ? » Yves Hemedinger (UMP)

« Réunir les deux départements alsaciens aurait permis de préserver la région de proximité et nous aurait évité cette grande région. » Frédéric Hilbert (écologiste)

« Ce n’est pas encore fait. Beaucoup de lois n’ont jamais été appliquées, comme l’éco-taxe par exemple. Nous avons agi et nous continuons d’agir pour que l’Alsace obtienne le statut de collectivité territoriale à statut particulier. En lançant d’abord la pétition « Alsace retrouve ta voix », puis en faisant appel à l’Europe. Et nous sommes prêts à aller jusqu’au Conseil d’État. » Nadia Hoog (Unser Land)

Institutions
« On souhaite que les institutions de notre pays aillent vers plus de fédéralisme. Car ce n’est pas la taille de la région qui fera sa force, ce sont les compétences qu’on lui donne. » Gérard Cronenberger (Unser Land)

« Nous proposons un conseil citoyen par canton, pour que les électeurs puissent demander aux élus d’appliquer la politique pour laquelle ils ont été élus. » Damien Allain (Front de Gauche).

Solidarité et dépendance

« Nous souhaitons regrouper tous les acteurs de la solidarité sur une même plate-forme, pour que les gens ne soient plus promenés à droite, à gauche, de service en service. » Martine Dietrich (UMP)

« Il faut davantage de contrôles pour éviter les abus. » Romain Thomann (Front National)

« Pour que les Ehpad coûtent moins cher, il faut faire des travaux qui permettent d’économiser l’énergie. » Frédéric Hilbert (écologiste) « Il faut favoriser le maintien à domicile, car c’est ce que les personnes âgées souhaitent et c’est ce qui coûte le moins cher à la société. » Nadia Hood (Unser Land) « Commençons par donner des retraites convenables aux gens pour qu’ils restent autonomes jusqu’au bout. On veut aussi créer une maison de santé par canton, avec le tiers payant pour tous sans distinction. » Damien Allain (Front de gauche)

« Nos aînés ont besoin d’un accompagnement. Il faut que les familles prennent conscience que c’est leur devoir et que ce n’est pas à la société de payer pour eux. » Radia Ounas (Parti Égalité et Justice)

Un débat, même quand il vire au tour de table comme hier, a au moins le mérite de révéler les qualités ou la vacuité des candidats. On ne parlera ici que de ceux qui sont sortis du lot et de ce point de vue, la révélation s’appelle Nadia Hoog : de loin la plus percutante, elle a éclipsé l’autre Unser Land, Gérard Cronenberger, et donné du fil à retordre à un Yves Hemedinger en mode pugnace, dépeint en « démolisseur du Conseil d’Alsace ». Visiblement venu pour en découdre, le premier adjoint de Colmar, a cherché à plusieurs reprises Gérard Cronenberger et Frédéric Hilbert, mais ne les a jamais convaincus d’enfiler les gants. Frédéric Hilbert, pédagogue, a préféré tordre avec le sourire les perches tendues par le binôme UMP. En faisant remarquer à un Yves Hemedinger qui réclamait la fusion des agences touristiques et économiques alsaciennes, qu’avec le Conseil unique, ce serait fait depuis longtemps ! Ou en servant à une Martine Dietrich qui lisait le « mot » de Gilbert Meyer sur le soutien insuffisant du Département aux projets colmariens… la réponse de Charles Buttner.

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