À tous les Alsaciens !

Ne nous méprenons pas ! Il n’y a rien à attendre de ces élections régionales. Les enjeux, pour le citoyen, sont exclusivement ceux qu’en attendait le gouvernement. En créant de grands ensembles régionaux, l’idée était de continuer de distendre et d’affaiblir toujours davantage le rapport qui lie le peuple à ses représentants. A l’instar des départementales, en décrétant des cantons deux fois plus grands et un véritable scrutin de listes politiciennes, on continue à casser la démocratie de proximité! Il en sera ainsi des 13 régions comme des grandes circonscriptions électorales des Européennes : des entités anonymes et sans identité.

La démocratie locale est mourante, les élus qui en résultent, impuissants. Le jacobinisme a vérolé, puis détruit, la capacité française de penser. Le pouvoir central, centre absolu, ne peut, ne sait même pas qu’il y a d’autres façons de penser le monde. J’entendais récemment un écrivain s’amuser de la notion de laïcité. « Le monde entier nous l’envie, mise à part tous les pays étrangers ! ». On peut remplacer laïcité par centralisme.

Le centralisme outrancier et funeste est porté par les partis politiques nationaux, des Républicains au PS en passant par les extrêmes, le FN y compris. Ils y trouvent tous leur compte, à s’éloigner de l’œil direct du citoyen sur leur action. Ces élus veulent la démocratie pour avoir un poste, mais non pas pour être, ensuite, contrôlés par le peuple. Ils sont tous complices par paresse, opportunisme, ignorance et servilité. Centralisation des pouvoirs à Paris, centralisation des pouvoirs en quelques chefs, les électeurs ne soutiennent plus le système en place car celui-ci ne sert plus l’intérêt général et ne donne plus lieu à avoir envie de le servir.

La méga-région que la France du 21ème siècle a créée est aussi destructrice de liens, que l’Union européenne est destructrice de diversité. La tendance à l’uniformisation porte en elle la rébellion. L’être humain n’est pas encore un post-humain googlisé à la solde des politiciens vassaux de la finance internationale. Pas encore.

D’ailleurs cette région ALCA, obèse en kilomètres carrés est un microbe en matière de capacités d’agir. Les méga-régions n’auront pas les leviers financiers, encore moins que leurs 22 prédécesseurs. Il sera juste question d’effets de manche et de postes à pourvoir, tandis que les luttes et conflits internes des régions « d’origine » entre elles, vont affaiblir les nouvelles assemblées, les villes au statut de capitale, dans une nouvelle péréquation des moyens, insidieusement orchestrée par le « central ». Les très pauvres et les pauvres se battront « le bout de gras » entre elles et l’Etat, au passage, baissera encore son attribution des fameuses « Dotations Globales de Fonctionnement », objet de toutes « les économies que la France doit faire »…. au détriment, bien sûr, des services à rendre à la population !

Je dis non à la dilution, à une réforme imbécile servie par les partis nationaux. Les Alsaciens membres de ces partis ne devraient même pas présenter des candidatures, pour montrer à l’Etat central que l’Alsace a sa fierté de bretonne de l’Est !

Le baiser de la mort avec la Lorraine (loin de moi toute méfiance à l’égard de nos voisins mais il y a un principe de réalité qui fait que nous partageons très peu de choses) a ouvert la boite de Pandore et, ce qui était impensable, même à Paris, est devenu possible.

L’Alsace peut être fière d’avoir encore ses deux Départements…, qui restent prêts, je l’espère, à incarner l’esprit d’Alsace. À deux voix, ou trois, distinguant ainsi, comme elle le souhaite, la fameuse EuroMétropole Strasbourgeoise, nous pourrions alors continuer de fredonner « Que notre ALSACE est belle… ». Pourtant, pourquoi les Alsaciens devraient encore accepter cette nouvelle proposition loufoque de devenir « département » alors que tout dans leur histoire, leur vécu, leurs particularités, leurs langues leur dit qu’ils sont « Région » ? Les Alsaciens ont vu juste lors du référendum du 7 avril : une voix est apparemment beaucoup plus facile à faire taire…Il fallait en garder trois ! Ils avaient finalement dit non au centralisme, comme ils le diront lors des élections régionales de décembre prochain.

Seule 14 %, soit une infime minorité d’Alsaciens, pensent que l’ALCA est une bonne chose. Je n’ai d’ailleurs entendu aucun candidat commenter ce sondage récent. Il est vrai qu’il est difficile de dire son opposition à la création d’une mégarégion quand on fait campagne pour la diriger et donc cautionner son existence. Il n’y aura pas de campagne, pas de stratégie. Qui peut avoir comme mot d’ordre dans une campagne régionale « nous avons abandonné l’Alsace » ? Le Président de la Région Alsace avait-il reçu mandat des citoyens lors des dernières élections régionales pour cautionner cet alsacide ? Mais quand on rejette 115.000 signataires d’une pétition, il y a peu à attendre en matière de respect de la démocratie…!

On ne peut plus faire confiance en ce que je considère comme des représentants des partis parisiens en région et non des élus alsaciens défendant leur territoire.

Les partis nationaux ont un mauvais bilan au niveau national en ayant fait exploser les dettes et créer un chômage de masse. Ils ont un bilan mortifère en Alsace, puisqu’ils ont, sans respect des chartes et de la démocratie, effacé notre terre. Le FN est centralisateur par essence et ne fait que jouer avec notre désarroi de savoir que notre région à nous, notre petite terre, va disparaitre des cartes…

Il n’y a rien à attendre de ces élections régionales ! Quels que soient ceux que le scrutin enverra à Chalon-Reims-Metz-Nancy-Strasbourg-Saint-Dié, il n’y aura aucune différence! Les Conseils Régionaux, d’aujourd’hui et plus encore de demain, voulus par les jacobins, n’ont aucun pouvoir et presque pas d’argent. Alors, pour faire circuler des trains ou doter des Lycées, point besoin d’élus du peuple!

Il faut donc désormais faire confiance en nos forces et notre caractère issus de nos identités et nos valeurs. Vivent ceux qui ont le courage de traduire leurs identité et convictions en actes !

Charles Buttner,                                                               Le 04 novembre 2015

Président Honoraire du Conseil Départemental du Haut-Rhin et Maire Honoraire de Riedisheim

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