Graphie intuitive et modulable de l’alsacien

19 janvier 20160

GRIMAL 2016

Graphie intuitive et modulable de l’alsacien

par Patrick Grimm pour Unsri Zittung

Introduction

GRIMAL est un système graphique, qui permet à des francophones « purs » mais aussi à des germanophones d’apprendre à lire et écrire toutes les variantes de l’alsacien facilement.

Il réduit de manière significative le nombre de règles présentes dans ORTHAL dans le seul but de simplifier la tâche à l’apprenant.

Les bases du système GRIMAL

La graphie proposée tend à se rapprocher le plus possible de la graphie de l’allemand, tout en faisant appel aux accents graves ou aigus quand la situation le demande : drèi = drei = trois derfér = dafür = pour cela. Le < e > réduit (ou atone) sera le seul des quatre « e » à ne pas porter d’accent : Gàwel = Gabel = fourchette süfer = sauber = propre. Notez au passage l’emploi de la majuscule pour les noms communs et des trémas…

Le ì (accent grave)

Le signe « ì » (accent grave) est utilisé pour transcrire le son « é » présent dans les parlers alsaciens si son équivalent allemand est orthographié en « i » (ex : Kìnd = Kind = enfant). Dans les autres cas, le son « é » sera transcrit « é » (ex : Gléck = Glück = chance).

La durée des voyelles

En règle générale la voyelle est brève quand elle est suivie de plusieurs consonnes (ex : Zitt = Zeit = temps). Dans le cas contraire la voyelle est longue (ex : Wag = Weg = chemin). En résumé : V + CC = VB ; V + C = VL

Dans certains cas, il faudra doubler la voyelle pour marquer sa durée longue (ex : Bààrt = Bart = barbe). Le < e > réduit (bekumma = bekommen = recevoir) et le « i » suivi d’un « g » en finale (ex : Frittig = Freitag = vendredi) sont toujours brefs. Les monosyllabiques

La voyelle dans les « mots grammaticaux monosyllabiques » (ex : mìt, von, bis, wàs, àb, äb, ob, àn, un, ùn) est toujours considérée comme brève. Remarque : entre les deux brèves dàss / àss (= que) et dàs (= ce, cette) la différence de graphie est d’ordre grammatical : Ar hofft, dàss (àss) dàs junga Maidla morn kummt = Il espère que cette jeune fille viendra demain.

Les particules séparables

Selon le parler local la durée de la voyelle peut être tantôt longue ou brève. Elle est alors signalée orthographiquement : üs # üss (üs-froga # üss-froje = interroger) üf, uf # uff (üf-stoh # uff-steh = se lever)

Les mots composés, les verbes à particule et les substantifs à préfixe

Pour faciliter leur déchiffrage lors de la lecture, les composantes d’un mot composé peuvent être séparées par un tiret (-) : Glàs-sül (= colonne de verre) Butter-flàda (= tartine beurrée) Roll-làda (= volet roulant). On peut également procéder de la sorte pour les verbes à particules : üss-saga (= découper à la scie) i-schlofa (= s’endormir) ver-raisa (partir en voyage) ou les substantifs à préfixe : À-strangung (= effort)

De plus l’emploi du tiret permet de lever certaines ambiguïtés : à-brènna (= brûler) et àb-rènna (= partir en courant).

Les formes contractées

Il est possible de contracter certaines prépositions avec l’article défini, indéfini et le pronom

Ìch kumm mìtem (= mìt dem) Fliager : il vient avec l’avion

Dü schàffsch àbem (= àb dem) Maantig : tu travailles à partir du lundi

As ìsch nìtt vil ànem (= àn ìhm) : il n’est pas bien épais

Ar sìtzt uffem (= uff dem) Vélo : il est assis sur le vélo

Ar sìtzt uffema (= uff einem) Vélo : il est assis sur un vélo

Ar kummt üssem (= üss dem) Zìmmer : il sort de la chambre

Ar kummt üssema (üss einem) Zìmmer : il sort d‘une chambre

üfem, üsem (VL) : si la voyelle de la préposition est longue, elle sera suivie d’une seule consonne

Les formes conjuguées

Seul le radical du verbe conjugué sera retenu pour évaluer la durée de la voyelle. Souvenons nous de la règle V+CC = VB ; V+C = VL à appliquer.

hola (o long) > ich hol, dü hol-sch, ar hol-t (o long), mìr hol-a (o long) = chercher

réda (é long) > ìch rèdd, dü rèdd-sch, ar rèdd-t (è bref), mìr réd-a (é long) = parler

lìga (é long) > ìch lìgg, dü lìgg-sch, ar lìgg-t (é bref) mìr lìg-a (é long) = être couché

léga (é long) > ich lègg, dü lègg-sch, ar lègg-t (è bref), mìr lég-a ( é long) = poser, pondre

sàga (à long) > ìch sàgg (à bref), dü saisch, ar sait, mìr sàga = dire

saga (a long) > ich sag, dü sag-sch, ar sag-t, mìr sag-a = scier

känna (è bref) >ich kàn, dü kà-sch, ar kà-t (à long); mìr känn-a (ä bref) = pouvoir, être capable

kènne (è bref) > ich kènn, dü kènn-sch, ar kènn-t, mìr kènn-a = connaître

L’apostrophe

L’emploi de l’apostrophe, qui peut signaler une élision, mìr – m’r, dìr – d’r, die – d’, est laissé à la libre appréciation des auteurs.

Conclusion

GRIMAL propose un système graphique cohérent qui permet de découvrir ou de redécouvrir le dialecte alsacien et ses nombreuses variantes * sans avoir à apprendre au préalable une multitude de règles plus ou moins complexes. Aussi bien le dialectophone que le germanophone ou le francophone trouveront dans cette méthode des repères qui leur permettront de maîtriser rapidement la lecture et l’écriture du dialecte.

* le parler de Guebwiller a servi de base aux exemples utilisés dans cette présentation

© Patrick Grimm – 2016

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