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Nous sommes réunis par le devoir de mémoire et l’exigence de vérité.
Tout à l’heure se tiendra au même endroit la commémoration officielle de l’armistice de 1918. Il sera rendu hommage aux Poilus morts pour la France; les gerbes et les drapeaux seront tricolores; on entendra la Marseillaise – comme dans la plupart des villes de l’hexagone.

Sauf qu’ici à Strasbourg ou ailleurs en Alsace, comme dans une partie de la Moselle voisine, cela ne correspond pas à l’Histoire vécue par nos grands-parents ou nos arrière-grands-parents. Les soldats alsaciens et mosellans en 14-18 ne sont pas « morts pour la France ». Ils sont entre 30 et 50000 à être morts dans l’uniforme allemand. Tout simplement parce qu’ils étaient citoyens allemands, suite au vote d’une large majorité des députés de l’Assemblée Nationale en 1871: l’Alsace et la Moselle étaient rendues à l’Allemagne, au IIème Reich, « en pleine souveraineté ». Les Alsaciens se sont battus pour le pays qui était redevenu le leur depuis plus de 40 ans.

Leur sacrifice était aussi absurde mais tout aussi honorable que celui des Poilus français contre lesquels ils se sont battus. Pourtant les discours officiels les ignorent et tentent de les effacer de la mémoire collective, comme s’il y avait à avoir honte. Il n’y a pas de honte à avoir! Et notre devoir à nous , enfants de la terre d’Alsace, est de dire les choses telles qu’elles étaient. Tout simplement.

A Bordeaux en 1871, l’Assemblée Nationale a fait fi de l’expression des élus de l’Alsace et ne s’est aucunement souciée de son peuple – à qui on n’a d’ailleurs jamais demandé son avis, ni en 1871, ni en 1918. L’Alsace devenait une partie détachable que l’on cédait en cas de défaite, dans une logique de revanche. Dans cette logique, 1871 préparait 14-18 et ensuite fatalement 39-45.

En 1870 l’idée d’Agénor de Gasparin d’une République neutre d’Alsace aurait pu conduire à une paix durable en faisant de l’Alsace un Etat tampon, un Etat pont, entre les deux grandes puissances rivales. Il n’a pas davantage été entendu que les pacifistes Jaurès ou Ricklin en 1914.

Jean Jaurès a été assassiné et Ricklin et Gasparin ont été effacés de l’Histoire officielle et des mémoires. Eugène Ricklin a pourtant été l’homme politique le plus important de l’Histoire de l’Alsace, puisqu’il a été le premier et le seul président du Landtag Elsass-Lothringen/ Parlement d’Alsace- Moselle en 1911. Mais la mémoire officielle a préféré retenir et honorer dans l’espace public les Joffre et Clémenceau, comme déjà plus tôt un Turenne, dont les rôles ont pourtant été des plus néfastes.

Liewi Friend, nous sommes ici pour corriger l’Histoire qui est transmise. Nous le faisons en rendant hommage à nos malheureux Feldgraue, à ceux qui sont morts et à ceux qui, survivants, ont vécu mépris et honte au retour à la France. Dignité et honneur ne leur seront rendus que lorsque l’Histoire de l’Alsace sera enfin enseignée et connue. Nous sommes là pour susciter cela. Nous reviendrons à d’autres moments pour faire connaître la vérité sur le lieu d’Histoire où nous nous trouvons: de Kaiserplàtz, de Kaiserpàlàst et le Landtag, auxquels aucune plaque de rue ne fait référence. Pourtant cette période non française de notre Histoire nous vaut classement au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Mais dans l’immédiat nous nous battons contre le projet de fusion dont nous menacent le gouvernement et une Assemblée Nationale qui, comme celle réunie à Bordeaux en 1871, pourrait sacrifier notre région à des intérêts obscurs. Le sort de l’Alsace serait une nouvelle fois entre les mains de la majorité de l’Assemblée Nationale ? Les députés de la Corrèze, du Limousin, de l’Ile de France, de Champagne et d’ailleurs décideraient du sort de notre région ? Contre l’avis de la grande majorité de nos élus, contre l’avis de la population? Est-ce là la démocratie? Est-ce là le respect de l’Histoire et du sacrifice de ceux qui nous ont précédés?

Par notre présence ici nous le faisons savoir: nous voulons être respectés pour ce que nous sommes : le peuple alsacien, avec une Histoire qui longtemps n’a pas été la même que celle des autres peuples de France, avec une culture héritée de notre passé germanique et rhénan, une langue que nous voulons préserver, parce qu’elle est un atout et qu’elle est celle qu’on parlé nos parents et les parents de nos parents. Mir welle bliewe wàs mir sin !

Nous le devons à ceux qui se sont battus fer unser Land.

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