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Jean KEPPI  

 

Jean Keppi (26.11.1888 – 19.2.1967)(1) : théoricien de l’autonomisme, démocrate, chrétien et antinazi. Né à Mulhouse d’un père boulanger ; marié et père de cinq enfants. Après des études primaires, entre à l’Ecole normale d’instituteurs à Colmar, puis à l’Oberrealschule de Mulhouse avant d’étudier l’économie politique et le droit public jusqu’en 1913.

 

Dès 1911, il participe à la vie du Zentrum alsacien dont il devient le secrétaire permanent en 1913. Opposé aux nationalismes, suite à « l’affaire de Saverne » (1913), il organise des manifestations de protestation contre le militarisme prussien et se retrouve dans le viseur des autorités.

 

Co-fondateurs de l’UPR, créée dès février 1919, et premier secrétaire général, il lance l’organe du parti La correspondance populaire et s’oppose immédiatement aux notables de l’aile bourgeoise au patriotisme exubérant et coupés des racines populaires. Elu au conseil municipal de Strasbourg en novembre 1919, il accède au poste d’adjoint au maire dont il démissionnera en 1922 pour devenir secrétaire général de la ville de Haguenau.

L’arrogance et le chauvinisme des vainqueurs ignorant la Constitution de 1911 et pratiquant le nettoyage ethnique, leur mépris pour le particularisme alsacien et la langue allemande ainsi que la politique d’assimilation, choquent Keppi. Le retour du centralisme français achèvera de le convaincre de la nécessité d’extraire l’Alsace des griffes des jacobins de Paris. Pour lui, les Alsaciens doivent être associés à la gestion de leur pays.

 

Après la déclaration de Herriot (17.6.1924), il s’engage aux côtés des Heimatrechtler et sera un des principaux artisans du Heimatbund, dont il deviendra le secrétaire général, et le co-rédacteur du Manifeste (5.6.1926) signé par 102 personnalités. Celui-ci prônait l’union, la neutralité religieuse et appelait les Alsaciens-Lorrains à lutter pour les droits de la « minorité nationale alsacienne-lorraine » et l’autonomie sur le modèle de celle d’avant 1918. Déféré devant les instances disciplinaires professionnelles suite aux sanctions gouvernementales frappant les signataires, il est acquitté par le Conseil de discipline de Haguenau.

 

Aux législatives d’avril 1928, Keppi et ses amis manœuvrent habilement pour imposer l’Einheitsfront. L’aile autonomisante, qui adhérait à la politique du Volkstum, l’emportera alors sur les forces conservatrices nationales qui, en novembre, quitteront l’UPR facilitant ainsi son rapprochement avec les partis autonomistes et la création du Volksfront. Les autonomistes iront alors de succès en succès. En 1936, contraint de quitter la mairie de Haguenau après la défaite de l’UPR aux municipales, Keppi est nommé au poste de 3e vice-président du parti. Il sera l’inspirateur de divers textes de l’UPR préconisant l’autonomie administrative et le bilinguisme.

 

Evacué à Périgueux en septembre 1939, il est arrêté en octobre pour atteinte à la sûreté de l’Etat et transféré à la prison de Nancy, ce qui l’amènera à partager le sort des Nanziger. Devant l’avancée des Allemands, les Nanziger sont évacués et finissent par atterrir à Privas. Là, le 14 juillet 1940, des gendarmes les prendront en charge pour les livrer aux nazis qui tenteront de les instrumentaliser. Le 18 juillet Keppi dut signer le « Manifeste » des Trois-Epis.

 

Durant l’Occupation, il ne se compromit pas politiquement avec les nazis, son emploi au Flüchtlingswesen étant purement administratif.

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