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Bernard WITTMANN
25 octobre 2010

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Des fonds européens pour les langues minoritaires

En octobre, la commission du budget au Parlement européen a adopté deux importants amendements présentés par deux eurodéputés de l’intergroupe des « minorités traditionnelles et des communautés nationales » (1) qui réunit les députés issus de minorités et siégeant dans les divers groupes politiques au Parlement.

Le premier amendement, défendu par le député suédophone finlandais Carl Haglund, prévoit l’élargissement du champ d’application du programme Culture de l’Union européenne – d’un montant de 57 millions d’euros – au « soutien en faveur des langues européennes menacées, notamment grâce à la fourniture de documents éducatifs, à la formation des enseignants, à l’enseignement par immersion linguistique et à l’échange des meilleures pratiques en matière de renaissance linguistique ».

Un deuxième amendement – voté par 20 voix contre 18 – élaboré par l’eurodéputé autonomiste corse François Alfonsi, membre de la commission budget, complète celui du député finlandais en précisant expressément que ce fonds de 57 millions d’euros vise notamment « les langues de l’Union européenne qui font partie du patrimoine culturel et littéraire de l’Europe, mais ne sont pas des langues officielles de l’Union ». En clair : dans les Etats membres, toutes les langues minoritaires, quel que soit leur statut, vont dorénavant pouvoir bénéficier de ces fonds.

Ces deux amendements devront néanmoins être validés définitivement lors du vote du budget par le Parlement européen, fin novembre. Mais, d’ores et déjà, il convient de remarquer, comme l’a déclaré le député Alfonsi, que ces votes « représentent un premier succès pour les efforts menés afin de remobiliser, financièrement et politiquement, l’Union européenne dans son soutien aux communautés dont les langues historiques sont menacées de disparition ».

L’Alsace concernée par ces fonds

Les Alsaciens pourraient donc profiter de cette manne européenne pour la pérennisation de leur langue. Reste à savoir si la Région saura profiter de cette aubaine ? Sortira-t-elle de son immobilisme et de sa tiédeur sur la question linguistique en sollicitant ces crédits européens ? Si tel était le cas, il lui faudrait alors réfléchir préalablement à l’utilisation de ces fonds : serviront-ils aux moyens pédagogiques, à la sauvegarde directe de la langue ou plutôt à sa diffusion au sein de l’espace public notamment dans l’audiovisuel ? Ce sera à nos politiques d’en décider et leur choix permettra de mieux situer leur orientation sur la question.

Quant à la France, elle continue de s’obstiner dans son refus de ratifier la Charte européenne des langues minoritaires et régionales. Et la promesse du président de la République d’un projet de loi pour fixer un statut des langues régionales semble à présent définitivement oubliée ! Bon, il reste bien le « Groupe d’études des langues régionales à l’Assemblée nationale » présidé par le socialiste alsacien Armand Jung qui a promis, en coordination avec les eurodéputés, de relancer le texte. Mais, là encore, la termitière jacobine s’active pour bloquer toute initiative …d’autant que le député Jung ne montre guère de pugnacité pour défendre, comme il se devrait, ce dossier !

Dans cette France déclinante, empêtrée dans son dogmatisme et ses luttes idéologiques surannées, où le débat est systématiquement enfermé dans une opposition binaire opposant l’idéal républicain d’universalisme niant les attaches spécifiques et le communautarisme – toujours employé sur un mode dépréciatif – présenté comme un archaïsme enfermant les individus dans des ghettos, où l’idéologie jacobine abstraite de l’unité est incapable d’embrasser la complexité du réel et d’englober les identités régionales et la pluralité des mémoires, où le modèle du citoyen fait fi des appartenances diverses excluant ainsi tout traitement différencié des minorités qui se retrouvent niées, dans ce pays en mal de repères, incapable de concevoir que la diversité est la vraie richesse d’une nation et que le respect des appartenances n’est pas un obstacle à la construction d’un espace commun, il apparaît que l’Europe se présente aujourd’hui de plus en plus à nous comme un ultime recours pour sauver nos langues et nos identités particulières !

Bernard Wittmann

(1) Les députés de l’Intergroupe – dans lequel on retrouve le Sud-Tyrolien Herbert Dorfmann – ont pour objectif de relancer une véritable politique européenne en faveur des langues minoritaires, « afin que la stratégie 2014-2020 de l’Union européenne fasse de leur sauvegarde une priorité ».

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