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Elsässischer Stolz, Alsatian Pride: l’étape Saverne/Zabern – Lupstein

Hier, la « marche pour la dignité », ou « Alsatian pride » a fait une halte à Saverne. Cette action rassemble une poignée de militants qui défendent le bilinguisme et protestent contre une modification annoncée de son enseignement en 2012.

Cette marche doit rallier Sarre-Union à Colmar entre le 9 et 16 octobre. Dirigée par le conseiller général de Sarre-Union David Heckel et la conseillère municipale Andrée Munchenbach (Schiltigheim) ainsi que Denis Lieb, ancien conseiller général de Sarre-Union, cette Alsatian pride a pour but de protester contre une expérimentation prévoyant de modifier la répartition des heures de l’enseignement bilingue en 2012, changement annoncé par Armande le Pellec, recteur de l’académie de Strasbourg.

«C’est un démantèlement de la filière bilingue qui s’annonce, on veut passer au même résultat avec moins d’heures en allemand», s’inquiète Audrey Kopp, directrice de l’école ABCM, école privée bilingue de Saverne. Le projet prévoit d’ouvrir des classes bilingues avec 16 heures de cours en français et 8 heures en allemand. Jusqu’à présent, les classes bilingues sont paritaires, avec 12 heures dans chaque langue.

Pour soutenir la poignée de marcheurs de l’Alsatian pride, portant quatre grands drapeaux rouges et blancs, cette enseignante est venue devant la mairie avec ses élèves de moyenne et grande section.

Ces derniers ont entonné quelques chants en allemand, tandis que les militants discutaient à bâtons rompus avec le député-maire Émile Blessig, venu à leur rencontre devant la mairie de Saverne.

Accueil des élèves de la classe ABCM

« Si je comprends bien, votre manifestation comprend une part de régionalisme et une part de défense de l’enseignement bilingue ? » « Oui car les deux sont indissociables », estime Andrée Munchenbach. « Il ne faut pas saborder cette double culture ». « Mais le recteur n’a jamais proposé de mettre fin à l’enseignement bilingue », argumente le député-maire.

« Oui, mais passer de 13 heures à 8 heures d’allemand comme le prévoit le recteur en prétendant qu’on aura les mêmes résultats, ça ne marchera pas », rétorque Denis Lieb. « Des postes d’enseignants sont menacés par cet te expérimentat ion » , ajoute-t-il. S’en est suivie une discussion sur le bilinguisme qui a mis à jour les réelles inquiétudes des marcheurs. « En Allemagne, il n’y a pas de chômeurs. Les Alsaciens n’auraient pas ce niveau de vie s’ils ne pouvaient pas travailler en Allemagne. Et s’ils ne savent plus parler allemand, ils vont perdre ces emplois possibles », argumente Denis Lieb.

« La connaissance de l’allemand est évidemment utile dans notre région », convient Émile Blessig. « La question est: pourquoi n’y a-t-il pas beaucoup d’enfants de milieux populaires qui choisissent d’apprendre cette langue ? » s ‘ interroge-t-il . L’élitisme de certaines filières franco-allemandes est reconnu par les défenseurs du bilinguisme eux-mêmes. « Mais il faut dire qu’il y a peu de sites bilingues ! L’Education nationale ne respecte pas ce à quoi elle s’était engagée dans certaines conventions vis-à-vis de la Région ! » s’indigne Denis Lieb.

Une thématique qui sera peut-être abordée au printemps prochain lors des assises du bilinguisme qu’Émile Bles s ig souhai terai t accueillir à Saverne. « J’en ferai la demande officielle au président de Région Philippe Richert », assure-t-il.

« En Alsace on a une double culture qu’il faut redécouvrir » Les manifestants, soutenus par quelques sympathisants, ont offert à l’édile un drapeau rouge et blanc, « le vrai drapeau de l’Alsace », avant de continuer leur rout en direction de Monswiller, Steinbourg et Lupstein. Demain, ils seront du côté de Wissembourg.

Au fil de leur marche, ils espèrent aussi sensibiliser le grand public à la question du bilinguisme. « On a abattu la frontière entre la France et l’Allemagne, il ne faut pas la garder au niveau linguistique ! En Alsace, on n’a pas de frontières dans nos têtes, on a une double culture, qu’il nous faut redécouvrir » estime Andrée Munchenbach.

« L’Éducation nationale a mis l’alsacien au ban de l’école. Elle a puni ceux qui parlaient alsacien, leur a donné honte. Maintenant, elle doit réconcilier les Alsaciens avec leur langue et le réintégrer à l’école », milite cette convaincue du bilinguisme.

Tous ne partagent pas cet avis tranché. « L’Éducation nationale se doit de relayer le bilinguisme. Mais c’est aux parents et aux familles d’initier d’abord la démarche », estime Christophe Dantzer, professeur d’histoire géographie et parent d’élève. La question vaut bien un débat… ou une marche.

Camille Andres

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