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Discours du 11 novembre.

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Discours du 11 novembre.

Depuis 4 ans nous nous retrouvons devant ce monument mus par un objectif que nous nous fixons comme un devoir: celui de réparer l’ultime blessure, le coup de grâce infligé aux victimes alsaciennes et mosellanes de la grande boucherie de 1914-1918 par un discours officiel qui les ignore et les nie. Nous sommes réunis pour corriger le discours du secrétaire d’Etat aux anciens combattants qui sera lu par le maire de Strasbourg et qui sera sans doute le même que celui lu dans les autres régions de France. Il sera rendu un hommage exclusif aux soldats morts pour la France, aux valeureux Poilus, dans une approche indifférenciée, une et indivisible, de Brest à Lyon, de Lille à Toulouse, de Bordeaux à Besançon.

En Alsace, en Moselle, ce discours est malvenu et indécent. Il relève de la contre-vérité. Il ne reconnaît pas et ne respecte pas la réalité vécue par nos aïeux. Il relève du négationnisme, intolérable, honteux. A l’endroit où nous nous tenons il est par ailleurs particulièrement absurde.

Nous nous trouvons au coeur de la Neustadt, le quartier auquel son classement au patrimoine mondial par l’UNESCO rend enfin ses lettres de noblesse allemande et à partir duquel devrait se récrire l’histoire transmise. Nous sommes sur le Kaiserplatz, entourés de bâtiments qui rappellent qu’il y a un peu plus d’un siècle, Strasbourg était Strassburg, capitale impériale, capitale du Reichsland Elsass-Lothringen. Les Alsaciens étaient sujets de l’empereur d’Allemagne. Ils étaient Allemands depuis que, par le traité de Francfort en 1871, la France avait cédé l’Alsace et la Moselle au vainqueur de la guerre de 1870. Jusqu’au 11 novembre 1918, les appelés alsaciens et mosellans ont servi dans l’armée allemande. Ils portaient l’uniforme feldgrau.

« Au total, 380 000 ressortissants du Reichsland serviront sous l’uniforme Feldgrau pendant la Première Guerre mondiale. On dénombre peu de déserteurs dans les rangs alsaciens : 20 sur 6 000 Alsaciens-Mosellans engagés dans la bataille de Verdun. »

Les soldats alsaciens-mosellans combattant dans l’armée française représentaient une petite minorité de 20000 individus, aux parcours divers : expatriés d’avant 1914, authentiques déserteurs, prisonniers de guerre enrôlés dans les camps français.

Au regard des chiffres, les familles tiraillées – avec un fils Feldgrau et un autre poilu – représentent des cas tout à fait exceptionnels. Quant aux frères se faisant face, chacun dans un camp, compte-tenu de l’étendue du front et du nombre de théâtres de combat, cette situation est statistiquement hautement improbable et relève du mythe. » (Unsri Gschicht)

Aussi malgré la beauté de sa symbolique, la statue sous laquelle nous nous tenons ne traduit pas la vérité. Elle est mystificatrice et tend, comme le film les deux Mathilde à faire passer l’idée d’une guerre fratricide déchirant l’Alsace et la Moselle. Non, la guerre de 1914-18 n’a pas été une guerre civile opposant deux camps d’Alsaciens, l’un regardant vers la France, l’autre vers l’Allemagne. Elle a été, s’agissant de l’enjeu alsacien-mosellan, une guerre de reconquête revancharde, dont le peuple alsacien n’a eu qu’à souffrir et dont l’issue, au contraire de celle de 1939-45, n’a pas été une libération.

« En 1918, 50 000 d’entre eux [d’entre les soldats du Reichsland] sont morts, principalement sous les balles françaises et russes et 29 000 sont prisonniers. » (Unsri Gschicht)

Nés Allemands, parlant Ditsch, elsasserditsch, ayant fréquenté l’école allemande puis passé le service militaire dans le reste de l’Empire allemand, ils étaient tout naturellement animés de sentiments patriotiques allemands. Ils combattaient parce que c’était leur devoir envers leur patrie. Ils se devaient de protéger leurs familles, leur Heimet, ce Reichsland Elsass-Lothringen, dont les bâtiments qui nous entourent rappellent la modernité économique, culturelle et politique. Ils étaient Allemands et n’avaient pas à en rougir, ni à en souffrir.

La commémoration du 11 novembre 1918, telle qu’elle se pratique sous l’égide du Souvenir Français, avec Marseillaise et drapeau tricolore, est de fait un anachronisme et une imposture. Elle offense la mémoire de nos morts. L’an dernier, lors de la commémoration du centenaire de l’armistice, un drapeau Rot un Wiss avait été hissé à la flèche de la cathédrale. Ce message-là était juste et fort.

Nos Feldgrauen ont droit aux honneurs et aux hommages. Ils ont leur place dans les cérémonies et discours officiels. Nous ne tolérons pas qu’ils soient effacés de la mémoire collective, qu’ils restent les oubliés de l’Histoire.

Si les morts alsaciens et mosellans méritent notre attention particulière, en raison de l’injustice mémorielle qu’ils subissent et que nous voulons réparer, nous voulons honorer toutes les victimes. Quel qu’ait été leur camp, tous les jeunes gens tombés sur tous les champs de bataille méritent notre empathie et notre hommage : ils ont été sacrifiés et sont tous morts pour de mauvaises raisons.

C’est à eux tous que nous pensons en ce jour et pour eux tous que nous déposons cette gerbe. An alle Geopferten.

Strasbourg, 11 novembre 2019

Sag mir wo die Blumen sind,

Sag mir wo die Blumen sind,

wo sind sie geblieben

Sag mir wo die Blumen sind,

was ist geschehen?

Sag mir wo die Blumen sind,

Mädchen pflückten sie geschwind

Wann wird man je verstehen,

Wann wird man je verstehen,

wann wird man je verstehen?

Sag mir wo die Mädchen sind,

wo sind sie geblieben?

Sag mir wo die Mädchen sind,

was ist geschehen?

Sag mir wo die Mädchen sind,

Männer nahmen sie geschwind

Wann wird man je verstehen?

Wann wird man je verstehen?

Sag mir wo die Männer sind

wo sind sie geblieben?

Sag mir wo die Männer sind,

was ist geschehen?

Sag mir wo die Männer sind,

zogen fort, der Krieg beginnt,

Wann wird man je verstehen?

Wann wird man je verstehen?

Sag wo die Soldaten sind,

wo sind sie geblieben?

Sag wo die Soldaten sind,

was ist geschehen?

Sag wo die Soldaten sind,

über Gräben weht der Wind

Wann wird man je verstehen?

Wann wird man je verstehen?

Sag mir wo die Gräber sind,

wo sind sie geblieben?

Sag mir wo die Gräber sind,

was ist geschehen?

Sag mir wo die Gräber sind,

Blumen blühen im Sommerwind

Wann wird man je verstehen?

Wann wird man je verstehen ?

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